Amnesty International affirme que des centres d’escroquerie au Cambodge sont le théâtre de tortures, de viols et de travail forcé, sur la base de témoignages de survivants récemment échappés.
Après les récentes pressions internationales sur les centres d’appels frauduleux au Cambodge et l’arrestation de Chen Zhi, l’un des principaux responsables, de nombreuses victimes ont réussi à s’échapper des centres dont le fonctionnement a été perturbé.
Voir : Le Cambodge sacrifie un proche du pouvoir accusé de cyberescroqueries
Mais si des Thaïlandais ont pu rentrer dans leur pays, d’autres se retrouvent abandonnés sans aide et sans moyens de subsistance.
Nouvelle alerte d’Amnesty International

Des clôtures barbelées sont visibles à l’extérieur d’un complexe du Great Wall Park, ancien centre d’appels frauduleux dans la ville de Sihanoukville, au Cambodge. Photo : Reuters
Dans une enquête publiée en juin 2025, Amnesty International avait accusé le gouvernement cambodgien de permettre l’esclavage et la torture dans ses complexes d’escroquerie assimilés à de véritables camps de travail forcé.
Dans ces complexes, des victimes étrangères sont réduites en esclavage, torturées et retenues contre leur gré afin de mener des arnaques en ligne à l’échelle mondiale.
Le rapport, intitulé I Was Someone Else’s Property (« J’étais la propriété de quelqu’un d’autre »), documentait au moins 53 centres d’escroquerie et dénonçait l’inaction — voire la complaisance — des autorités cambodgiennes.
Dans un nouveau rapport publié en janvier 2026, Amnesty affirme que des milliers de personnes ont été libérées ou se sont échappées ces dernières semaines de ces complexes frauduleux.
Selon l’ONG, cette vague d’évasions a provoqué une crise humanitaire, particulièrement visible à Phnom Penh, où de nombreux survivants se retrouvent sans passeport, sans argent, sans soins médicaux et sans aide de l’État.
Les chercheurs d’Amnesty indiquent avoir interrogé 35 survivants, tous échappés ou libérés au cours des six semaines précédant la publication, dont au moins 11 au cours de la semaine précédente.
L’organisation rapporte des témoignages d’abus extrêmes : passages à tabac, torture, mauvais traitements et agressions sexuelles, certaines attribuées aux dirigeants de ces centres.
Amnesty dit avoir rencontré deux femmes enceintes affirmant avoir été violées.
Parmi les punitions décrites figurent également des violences graves, notamment un doigt sectionné et une gorge entaillée.
Voir aussi : Cambodge : mort atroce d’un Thaïlandais torturé dans un centre d’appel
Amnesty estime que ces évasions concernent au moins 17 complexes et affirme que les témoignages recueillis concordent avec plus de 25 vidéos géolocalisées montrant des évasions ou libérations observées début janvier.
Le cas de 32 Thaïlandais échappés de centres d’escroquerie

Des responsables thaïlandais et cambodgiens procèdent aux formalités administratives lors du rapatriement de travailleurs thaïlandais échappés de centres d’escroquerie au Cambodge. Photo : PPTVHD36
C’est dans ce contexte que 32 ressortissants thaïlandais ont récemment réussi à s’échapper de centres d’escroquerie au Cambodge, avant d’être pris en charge par les autorités de leur pays.
À leur retour en Thaïlande, l’un d’entre eux a dénoncé des conditions de détention terribles, évoquant notamment des passages à tabac et la menace de vente d’organes.
Les autorités thaïlandaises se sont rendues dans la province cambodgienne de Koh Kong pour accueillir le groupe ayant réussi à s’échapper.
Mme Kalaya Prasitphak, chef du district de Khlong Yai dans la province de Trat, accompagnée de 182 marines et agents d’immigration, s’est rendue au poste-frontière de Ban Cham Yeam, à Koh Kong.
Cette opération visait à ramener en Thaïlande les 32 travailleurs thaïlandais, après coordination avec l’ambassade de Thaïlande à Phnom Penh, afin de faciliter leur rapatriement pour des raisons humanitaires.
Un premier examen a révélé que tous étaient en bonne santé.
Toutefois, six d’entre eux, faisant l’objet d’un mandat d’arrêt, ont été séparés pour être poursuivis judiciairement.
Un témoignage glaçant sur les centres d’escroquerie au Cambodge
M. Riew, une victime de la traite des êtres humains originaire de la province de Surat Thani, a déclaré avoir été trompé pour travailler comme administrateur dans la province de Sa Kaeo.
Il a ensuite été envoyé à Bavet, dans la province de Svay Rieng, puis transféré à Poipet, où il a été contraint d’escroquer ses compatriotes thaïlandais.
Selon son témoignage, les conditions de vie dans ces centres étaient terribles, avec des victimes de nombreuses nationalités détenues ensemble.
Ceux qui n’atteignaient pas leurs quotas d’escroquerie étaient battus et maltraités physiquement.
Les soins médicaux n’étaient pas pris en charge et coûtaient entre 100 et 300 dollars américains, a-t-il ajouté.
Une évasion risquée lors d’une descente de police
Au milieu de l’agitation provoquée par une descente de police le 17 janvier, lui et ses amis se sont enfuis dans une forêt, où ils se sont cachés pendant plus de deux heures.
Ils ont ensuite réussi à rejoindre Phnom Penh et à demander l’aide de l’ambassade thaïlandaise.
Riew a averti les Thaïlandais tentés par ce type d’emploi de ne pas se laisser tromper par les publicités, affirmant que la réalité est comparable à un enfer, où les plus malchanceux sont maltraités physiquement jusqu’à la mort, et leurs organes revendus ensuite.
Est-ce la fin des centres d’escroquerie au Cambodge ?

Femme dans un centre d’appel.
Si certains centres de cybercriminalité, peut-être liés au magnat arrêté Chen Zhi, ont fait l’objet de visites policières ou ont été désorganisés à la suite de l’arrestation de leur chef, de nouveaux apparaissent déjà.
Les autorités thaïlandaises continuent d’identifier de nouveaux réseaux opérant au Cambodge.
Le Centre anti-fraude en ligne (ACSC) a ainsi confirmé, le 5 janvier 2026, la découverte d’un nouveau centre d’escroquerie situé à environ 50 kilomètres de Poipet.
Selon l’agence, les organisations criminelles se déplacent et se reconstituent très rapidement après les opérations coordonnées menées en Thaïlande, en Chine et en Birmanie, exploitant les failles transfrontalières pour poursuivre leurs activités.
Rappel : d’après un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les centres d’appels frauduleux, soutenus par le gouvernement cambodgien, contribueraient à hauteur de 40 à 60 % du produit intérieur brut du Cambodge.
Voir aussi :
Cybercriminalité au Cambodge : Trip.com met fin à son partenariat
Conflit Thaïlande–Cambodge : l’armée dit viser les cybercriminels et les casinos
Le Cambodge provoquerait la Thaïlande pour protéger ses centres d’escrocs
Enfer des centres d’appel au Cambodge : un Sud-Coréen torturé à mort
Source : Amnesty International, Amnesty International 2, DailyNews Online
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