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La Banque de Thaïlande abaisse son taux à 1 % : un pari risqué pour l’économie

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Banque de Thailande

La Banque de Thaïlande (BOT) a abaissé son taux directeur à 1 %, surprenant les marchés malgré une croissance du PIB plus forte que prévu fin 2025.

À retenir
  • Le Comité de politique monétaire a voté à 4 contre 2 pour une réduction de 0,25 point, révélant des divergences internes.
  • La croissance reste jugée inférieure à son potentiel pour 2026-2027, avec une reprise inégale entre grands secteurs et PME.
  • Le crédit se contracte, le baht s’est apprécié et les pressions inflationnistes demeurent faibles.
  • Le retour de l’inflation dans la fourchette cible est désormais attendu au second semestre 2027.
  • Les économistes estiment que la politique monétaire ne peut corriger à elle seule les faiblesses structurelles du pays.

Le Comité de politique monétaire (MPC) a procédé à une réduction de 0,25 point de pourcentage à 1,00 %, soit le troisième taux directeur le plus bas au monde après ceux de la Suisse et du Japon.

Cette décision intervient quelques jours seulement après la publication de données indiquant que l’économie thaïlandaise a connu une croissance plus rapide que prévu au quatrième trimestre 2025, avec une expansion de 2,5 % contre 1,5 % selon les prévisions antérieures de la banque centrale.

L’économie thaïlandaise est enlisée depuis des décennies dans une ornière de faible croissance.

Malgré un PIB plus robuste que prévu et des signaux officiels de reprise, c’est surtout le calendrier de la baisse – plus que son ampleur – qui a surpris les marchés.

Les marchés s’attendaient largement à ce que le MPC ramène le taux à 1 % à un moment donné cette année, mais plutôt vers le mois d’avril.

Justification de la baisse du taux

Le secrétaire du MPC, Don Nakornthab, a révélé que le comité avait voté à 4 contre 2 en faveur d’une baisse du taux directeur de 1,25 % à 1,00 %, avec effet immédiat.

Deux membres se sont prononcés en faveur du maintien du taux à 1,25 %.

Don a reconnu que l’économie avait enregistré de meilleurs résultats que prévu fin 2025, grâce à des facteurs temporaires de fin d’année et à une dynamique sous-jacente plus forte dans les investissements privés et les exportations de marchandises.

Cette dynamique devrait se poursuivre en 2026-2027.

Cependant, les perspectives du MPC sont beaucoup moins optimistes.

Selon ses projections :

● La croissance en 2026 et 2027 restera inférieure à son potentiel et inégale entre les secteurs, en raison d’obstacles structurels et d’une concurrence plus intense.

● La reprise est en forme de K :

Certains secteurs, tels que l’électronique et le tourisme, rebondissent, tandis que d’autres, en particulier de nombreuses PME, restent coincés dans la « branche basse » du K et ne se sont pas encore complètement remis du choc du COVID-19.

● Le crédit global continue de se contracter, le baht s’est apprécié et les liquidités pour les PME et les ménages restent limitées.

● Le MPC prévoit une augmentation des risques de baisse de l’inflation

● Les prix de l’énergie ont tendance à baisser (ce qui va changer après l’annonce du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran).

● Des mesures gouvernementales supplémentaires pourraient encore faire baisser les prix.

● La pression du côté de la demande est limitée car la croissance est inférieure à son potentiel et le pouvoir d’achat est faible.

L’inflation globale devrait désormais revenir dans la fourchette cible plus tard que prévu, soit au cours du second semestre 2027 au lieu du premier semestre 2027, tandis que l’inflation sous-jacente devrait également rester faible.

Les risques de déflation sont toujours jugés limités, mais le MPC estime qu’il doit les surveiller de près.

Dans ce contexte, la majorité des membres du comité ont conclu qu’une nouvelle baisse des taux était nécessaire pour :

  • maintenir des conditions financières favorables à la reprise
  • contribuer à alléger le poids de la dette des PME et des ménages
  • ancrer les anticipations d’inflation à moyen terme dans un contexte de risques baissiers croissants

Les deux membres dissidents ont soutenu le statu quo, arguant que les baisses de taux précédentes continuaient de produire leurs effets et que la marge de manœuvre politique était limitée et devait être préservée en raison de l’incertitude qui règne.

Problèmes structurels au-delà de la politique monétaire

La BOT elle-même reconnaît que la lenteur de la croissance due à des facteurs structurels ne peut être corrigée par les seuls taux d’intérêt.

Elle appelle à une action politique coordonnée pour stimuler la productivité et la compétitivité, et pour soutenir les secteurs vulnérables par des mesures financières ciblées.

Cette préoccupation est partagée par les analystes de marché.

Kobsidthi Silpachai, responsable de la recherche sur les marchés financiers à la Kasikornbank, s’attendait initialement à une baisse des taux en février avant la publication des données du PIB pour le quatrième trimestre 2025.

Il anticipait une faible croissance des prêts, une baisse des recettes de TVA et une diminution du nombre de touristes, qui pourraient même indiquer une récession.

Après la publication de chiffres du PIB plus solides, son équipe a repoussé sa prévision de baisse des taux au mois d’avril, d’où sa surprise face à ce timing soudain.

Kobsidthi partage le diagnostic de la BOT concernant une économie en « K » et de profondes inégalités, mais s’interroge sur la mesure dans laquelle une baisse des taux directeurs peut contribuer à résoudre les problèmes sous-jacents de la Thaïlande.

Il fait valoir que la baisse des taux d’intérêt ne résout pas les inégalités de revenus et de richesse.

Elle ne s’attaque pas à la corruption, au gaspillage économique et social et ne permet pas non plus de conclure des accords de libre-échange.

En outre, elles ne résolvent pas le vieillissement démographique ni les contraintes liées à la main-d’œuvre, n’améliorent pas le capital humain ni la productivité et ne peuvent empêcher les inondations, les sécheresses ou d’autres freins structurels.

Selon lui, il s’agit là de problèmes liés à l’offre, alors que les baisses de taux stimulent principalement la demande et allègent les coûts de financement.

Conséquences de la baisse des taux

En ce qui concerne le baht, M. Kobsidthi note que la monnaie thaïlandaise ne s’est que légèrement affaiblie par rapport au dollar américain après cette décision.

Ce lundi 2 mars, 1 euro vaut 36,70 bahts et 1 dollar US vaut 31,15 bahts.

Voir : Cours du baht thaïlandais (THB) : le taux de change du jour face à l’euro

« Pour qu’une monnaie se déprécie de manière significative, les marchés doivent généralement croire qu’un cycle de baisse des taux est en cours, et qu’il ne s’agit pas d’une mesure ponctuelle », a expliqué M. Kobsidthi.

Compte tenu des conditions actuelles, il considère que 1 % est un niveau neutre à plancher dans ce cycle, sauf en cas de récession manifeste.

Toute faiblesse du baht générée par cette baisse seule devrait donc être de courte durée.

Pour les épargnants et les retraités, il souligne que le taux directeur affecte principalement les taux d’intérêt à court terme.

Ceux qui dépendent des revenus de leur épargne devront peut-être se tourner vers des placements à plus long terme, par exemple des obligations d’État ou des fonds obligataires, mais ils devront trouver un équilibre entre leurs investissements et leurs propres besoins de liquidités.

M. Kobsidthi doute que cette baisse contribue réellement à soutenir l’économie.

Il décrit les taux d’intérêt comme « le prix de l’argent par rapport au temps ».

Dans le cas de la Thaïlande, la baisse actuelle pourrait surtout « gagner du temps », en réduisant modestement le coût du capital sans garantir qu’il soit investi de manière productive pour soutenir la prospérité à long terme.

Le gouverneur de la BOT, Vitai Ratanakorn, avait précédemment suggéré que la croissance potentielle du PIB thaïlandais cette année devrait être d’environ 2,7 %, contre environ 2 % selon les prévisions officielles de la banque centrale.

Il reste difficile de savoir si la dernière baisse des taux, associée aux mesures supplémentaires attendues de la part de la BOT et du nouveau gouvernement, suffira à porter la croissance réelle à son niveau potentiel, après une expansion du PIB de 2,4 % l’année dernière.

Voir aussi :

Économie : la Thaïlande stagne tandis que le Vietnam progresse

L’économie de la Thaïlande « au bord du précipice »


Source : Thai PBS World

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