La Thaïlande demeure l’un des pays les plus inégalitaires au monde, une élite accaparant la richesse au détriment de la majorité.
Derrière les chiffres chocs se cache une crise morale et politique qui menace directement la stabilité du royaume à l’approche des élections du 8 février.
- La Thaïlande figure toujours parmi les pays les plus inégalitaires au monde, avec une élite qui concentre l’essentiel des richesses.
- Les 1 % les plus riches détiennent environ un tiers de la richesse nationale, tandis que la moitié la plus pauvre en possède moins de 3 %.
- Les inégalités foncières sont extrêmes : 1 % des propriétaires contrôlent près de 40 % des terres privées.
- La pauvreté devient héréditaire, alimentée par le décrochage scolaire, la précarité de l’emploi et l’absence de protection sociale.
- Les élections du 8 février constituent un test majeur de la volonté politique de lutter contre cette fracture sociale.
Un éditorial du Bangkok Post :
Les inégalités en Thaïlande ne sont pas seulement injustes, elles sont immorales.
Elles déterminent qui aura un avenir et qui n’en aura pas bien avant que les efforts, le talent ou les choix n’aient la moindre importance.
À l’aube de cette nouvelle année, l’ampleur des disparités en Thaïlande devrait nous inquiéter.
En 2018, la Thaïlande était classée au dernier rang mondial en matière d’inégalités de richesse.
Des années plus tard, elle figure toujours parmi les dix pays les plus inégalitaires au monde.
L’année dernière, elle était classée dernière dans l’ASEAN, selon le Rapport mondial sur les inégalités.
Une concentration extrême des richesses en Thaïlande

Riches en Thaïlande. Illustration : Bangkok Post
Les chiffres sont frappants, les 1 % de Thaïlandais les plus riches contrôlent environ un tiers de la richesse nationale.
Les 10 % les plus riches en détiennent près de 60 %.
La moitié la plus pauvre de la population possède moins de 3 %.
En termes de revenus, les 10 % les plus riches touchent plus de la moitié de tous les revenus, tandis que les 50 % les plus pauvres ne se partagent que 14 %.
L’écart de revenus entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres varie de 16 à 42 fois.
Des inégalités foncières parmi les plus graves au monde

Pauvre et riche en Thaïlande. Photo : Dickelbers
Les inégalités foncières en Thaïlande sont parmi les plus importantes au monde.
Des études montrent que les 10 % les plus riches possèdent plus de 60 % des terres privées.
Les 1 % les plus riches détiennent à eux seuls environ 40 % de tous les titres fonciers.
Un puissant magnat possède plus de 600 000 rai (960 km2) alors que des millions d’agriculteurs, qui constituent l’épine dorsale de l’économie rurale, ont peu ou pas de terres à cultiver.
Au bas de l’échelle, le tableau est sombre.
Les 50 % les plus pauvres de la population ne possèdent que 5 % des terres.
L’écart entre les 20 % les plus riches et les 20 % les plus pauvres est stupéfiant : 325 fois.
Quand la pauvreté devient héréditaire

Une enseignante visite la maison d’une fillette de 4 ans qui vit avec sa grand-mère aveugle.
Sans terre, sans actifs ni économies pour amortir les chocs, la vie offre peu de sécurité et encore moins de chances d’échapper à la pauvreté.
C’est pourquoi la pauvreté en Thaïlande est chronique et non temporaire.
Selon l’Equitable Education Fund, près d’un million d’enfants ont abandonné le système éducatif, principalement en raison de la pauvreté.
De nombreux parents sont des travailleurs journaliers ou n’ont pas d’emploi stable.
Lorsque l’argent vient à manquer, la scolarité est souvent la première victime.
La génération suivante commence sa vie avec un retard déjà important.
Travailler ne suffit plus pour sortir de la pauvreté

Travailleurs dans une usine en Thaïlande. Photo : Khaosod
Le travail ne garantit pas pour autant de sortir de la pauvreté.
Environ 260 000 personnes quittent chaque année leur foyer à la recherche d’un emploi.
La plupart sont jeunes.
La plupart n’ont pas fait d’études au-delà du secondaire.
Ils trouvent du travail dans des usines, des magasins et des services informels, mal rémunérés et précaires.
Maladie, vieillesse : les nouvelles trappes de la précarité

Personne âgée avec un enfant dans un hôpital en Thaïlande. Photo : Bangkok Post
La maladie aggrave la situation.
Pour de nombreuses familles à faible revenu, tomber malade est un désastre financier.
Certains retardent leur traitement.
D’autres n’ont pas les moyens de se rendre à l’hôpital.
La maladie entraîne une perte de revenus, des dettes et une pauvreté encore plus grande.
La vieillesse ne signifie pas la retraite.
Selon l’Office national des statistiques, au moins un senior sur cinq vit avec moins de 100 bahts par jour.
Les deux tiers n’ont aucune épargne.
Un sur quatre ne possède aucun actif.
Plus d’un tiers des 14 millions de personnes âgées travaillent encore, non par choix, mais par nécessité.
Il en résulte un cycle qui se renouvelle.
Un enfant né dans la moitié inférieure de la société thaïlandaise n’a que 35 % de chances de s’élever socialement.
Près de la moitié de la population est pauvre ou risque de sombrer dans la pauvreté, selon le Bureau du Conseil national de développement économique et social.
La pauvreté n’est pas un phénomène marginal, mais national.
Face à cette réalité, affirmer que les pauvres sont pauvres parce qu’ils ne font pas assez d’efforts est non seulement faux, mais aussi immoral.
Les pauvres travaillent souvent plus dur et dans des conditions plus difficiles que la plupart des gens.
Ce qui leur manque, ce ne sont pas les efforts, mais les opportunités et un système prêt à les leur offrir.
C’est pourquoi les inégalités sont un problème moral et politique, et pas seulement économique.
On ne peut plus se concentrer uniquement sur la réduction de la pauvreté.
Le problème plus profond est l’extrême concentration des richesses, ainsi que les politiques et les croyances culturelles qui la protègent.
D’autres pays nous offrent une leçon claire.
Les sociétés où les inégalités sont faibles disposent de systèmes de protection sociale complets.
La protection sociale n’est pas considérée comme une aumône faite aux pauvres, mais comme un droit pour tous, couvrant l’éducation, les soins de santé, la sécurité des revenus et le développement des compétences.
C’est pourquoi le système de santé universel de la Thaïlande mérite un soutien politique plus fort.
Il en va de même pour le soutien à l’éducation sans discrimination, qui suit le rythme des changements sur le marché du travail et des évolutions technologiques.
L’investissement dans le capital humain n’est pas un coût, mais le fondement d’une économie résiliente.
Lorsque les gens sont en bonne santé, éduqués et en sécurité, ils innovent et contribuent davantage.
Les élections du 8 février, test décisif pour la Thaïlande

Élections en Thaïlande.
Photo : Fortify Rights
Les élections générales du 8 février en Thaïlande sont un test de la volonté politique.
Tous les partis parlent de démocratie et promettent la croissance.
Si l’on laisse les inégalités telles quelles, ces promesses resteront vaines.
Une croissance sans équité ne peut durer.
Une croissance sans équité engendre l’instabilité.
Une démocratie sans égalité ne peut survivre.
Les disparités ne sont pas inévitables, mais le résultat de choix politiques et moraux.
À l’aube de 2026, la question qui se pose à la Thaïlande est simple : allons-nous lutter contre les inégalités ou accepter la société injuste qu’elles engendrent ?
Voir aussi :
2025, l’année qui a fait vaciller la Thaïlande : séisme, scandales, guerre
La Thaïlande va lancer un plan d’urgence pour sauver son tourisme en crise
Thaïlande : le marché immobilier est au bord du gouffre
Source : Bangkok Post
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3 commentaires
Face à ce bilan très peu reluisant pour la Thaïlande, les hommes politiques et tous les responsables des pouvoirs économiques et sociaux du pays devraient marcher la tête basse et rentrer sous terre au lieu de fanfaronner sur les affiches électorales !…
Au vu des partis qui se présentent aux élections de février prochain et à leurs leaders qui feront partie des futurs parlement et gouvernement, je ne vois vraiment pas ce qui va changer en 2026 et durant les années suivantes…
Aucun réformateur digne de ce nom n’émerge du panier de crabes qui regroupe les habitués des scrutins, les patriarches et oligarques de l’establishment thaïlandais qui, dans 2 mois, se retrouveront les fesses bien confortablement installées dans les fauteuils du parlement et des assemblées gouvernementales…
A l’horizon, aucune nouvelle figure indépendante, en rupture de programme politique avec les partis classiques, aucune personnalité ne semble émerger, se manifester pour venir bouleverser la donne en renversant la tendance politique du pays pour y instaurer un régime plus équitable, plus social en luttant contre la corruption généralisée bien installée parmi les institutions, les élites et la haute bourgeoisie qui dirigent le pays et maintiennent plus de 50 % de la population dans une ignorance et une éducation basique, et perpétue à travers cette jeunesse défavorisée, une classe ouvrière et moyenne incapable de faire les choix nécessaires à un changement fondamental de la société, laissant les enfants en âge scolaire à l’état de moutons crédules et croyant aux promesses qui ne sont et ne seront jamais tenues…
Cela fait des décennies que les mêmes refrains sont distillés par tous les leaders de partis, promettant monts et merveilles à la population, décrivant un avenir rose et plein d’étoiles à tous les Thaïlandais pour, dès qu’ils sont élus, se concentrer sur des alliances leur permettant de gonfler encore plus leur matelas financier déjà bien garni, à coup de millions de baths issus de la corruption des administrations d’État, des milieux politiques et économiques opportunistes à la tête du Royaume.
Rien ne changera… les mêmes qui ont échoué depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui sont toujours là, et seront toujours là en février 2026 pour diriger le pays avec des alliances politiques qui transpirent le profit personnel, alors que pendant ce temps-là, plus de 40% de la population ont juste de quoi se vêtir, se nourrir de riz et de légumes, et s’abriter entre des murs fait de planches de bois et de ciment et un toit de tôles rouillées, sans aucune perspective d’avenir et de mieux-être pour leurs enfants…
Alors, oui, les Thaïlandais vont aller voter ce 8 février, mais quand ce vote se résume à choisir entre des hyènes, des scorpions, des serpents et des mantes religieuses, il ne saurait pas sortir des urnes des pur-sang et des cavaliers incorruptibles capables de distribuer les richesses du pays à tous ceux qui les auront élus…
Il faudrait déjà qu’ils existent, et jusqu’à présent, personne ne s’est fait connaître et ne se déclare capable de relever le défi de faire de la Thaïlande un État de droit démocratique dans les faits et les lois, socialement égalitaire, économiquement fort, équitable au niveau de la redistribution des richesses pour toutes les classes de la population et vierge de toute corruption, ce qui n’est absolument pas le cas présentement.
Allez… du balai !!!
On peut se rendre compte que dans nos soi-disant démocraties occidentales, on suit le même chemin et à vitesse grand V…
Donc ça ne changera certainement pas en 2026, à moins d’une grave crise… qui avec le temps pourra déboucher sur du changement ou pas !!!
Bien triste humanité…
Certes, mais on retrouve cela dans beaucoup d’autres pays et surtout les pays occidentaux.