La prise en charge gratuite de l’hormonothérapie pour les personnes transgenres suscite un débat sur les priorités de santé publique en Thaïlande.
Lancé le 10 juin, le programme doit permettre à environ 20 000 personnes transgenres d’accéder à un traitement hormonal financé par l’État, pour un coût estimé à 145 millions de bahts par an.
Si les défenseurs des droits des personnes transgenres saluent une avancée historique, certains responsables politiques s’interrogent sur l’opportunité de cette dépense alors que les hôpitaux publics font face à des difficultés financières croissantes.
Voir : Thaïlande : six failles mettent le système de santé sous forte pression
Une mesure historique pour les personnes transgenres
Le programme prévoit la distribution de huit médicaments hormonaux répartis en quatre catégories :
- hormones féminines orales et topiques
- hormones masculines injectables
- bloqueurs d’androgènes
- traitements destinés à supprimer la production naturelle d’hormones sexuelles
Les bénéficiaires pourront également accéder à des consultations psychologiques, des examens médicaux ainsi qu’à des analyses de laboratoire permettant de surveiller leurs taux hormonaux, leurs fonctions hépatiques et rénales ainsi que leur état de santé général.
Pour les associations transgenres, cette décision marque l’aboutissement de plusieurs années de mobilisation en faveur d’un accès plus équitable aux soins de santé.
Elle intervient quelques mois après l’annonce de la prise en charge des opérations de changement de sexe par l’assurance-maladie publique.
Voir : L’assurance-maladie de Thaïlande couvre les opérations de changement de sexe
Le conseil d’administration de l’Office national de sécurité sanitaire (NHSO) a approuvé le programme le mois dernier, estimant qu’il répondait à des besoins de santé physique et psychologique reconnus.
Des critiques sur les priorités budgétaires
La mise en œuvre de cette mesure intervient toutefois dans un contexte de fortes tensions budgétaires pour le système de santé publique thaïlandais.
Le sénateur Veerapun Suvannamai figure parmi les principaux opposants au programme.
Selon lui, les choix de financement du NHSO devraient être guidés par l’urgence des besoins sanitaires et leur impact sur l’ensemble de la population.
Il cite notamment la campagne menée depuis plus de dix ans pour intégrer le vaccin conjugué contre le pneumocoque (PCV) dans la couverture universelle.
Ce vaccin pourrait bénéficier à plus de 300 000 jeunes enfants à travers le pays.
« Nous nous battons depuis plus de dix ans pour inclure ce vaccin.
Pourtant, il n’est toujours pas couvert.
Dans le même temps, un budget presque identique a été approuvé pour un traitement qui ne bénéficie qu’à 20 000 personnes », a-t-il déclaré.
Cette comparaison est au cœur des critiques formulées contre le programme.
Selon le sénateur, elle soulève une question plus large sur la manière dont des ressources publiques limitées doivent être réparties entre différents besoins de santé.
Des inquiétudes sur la sécurité de certains traitements
Au-delà de l’aspect budgétaire, le sénateur a également exprimé des inquiétudes concernant certains médicaments inclus dans le programme, notamment les analogues de l’hormone de libération des gonadotrophines (GnRH).
Ces traitements sont déjà utilisés pour diverses pathologies, notamment la puberté précoce, le cancer de la prostate ou encore l’endométriose.
Selon lui, les données disponibles sur leur utilisation à très long terme chez les patients transgenres restent limitées.
Il évoque notamment d’éventuels effets sur la densité osseuse, le développement cérébral et la fertilité, en particulier chez les jeunes patients.
« Il ne s’agit pas de préjugés envers les personnes transgenres, mais d’une question de nécessité et de priorités dans un contexte de ressources limitées », a-t-il affirmé.
Le sénateur a indiqué qu’une audition du NHSO devait être organisée afin d’obtenir davantage d’explications sur cette décision.
Le NHSO défend sa décision
Le Dr Attaporn Limpanyalert, secrétaire général adjoint et porte-parole du NHSO, rejette les critiques selon lesquelles le programme aurait été approuvé sans étude approfondie.
Selon lui, le dossier a fait l’objet de nombreuses discussions entre les membres du comité et différents groupes d’experts avant son adoption.
Il affirme que les préoccupations soulevées au cours du processus ont été examinées par des spécialistes, qui ont conclu que cette prise en charge constituait un investissement justifié pour le système de santé.
Le NHSO précise également que les bénéficiaires devront suivre une évaluation préalable réalisée par des professionnels de santé, notamment des psychologues, avant d’accéder au traitement.
Le programme fait désormais partie du système de santé universel.
Toutefois, le NHSO n’a pas encore publié les critères détaillés d’éligibilité.
Les associations dénoncent une stigmatisation
Les défenseurs du programme estiment que les critiques risquent d’alimenter les préjugés à l’encontre des personnes transgenres.
Kittinun Daramadhaj, président de la Rainbow Sky Association of Thailand, considère que le débat devrait porter avant tout sur l’égalité d’accès aux soins plutôt que sur l’opposition entre différentes catégories de patients.
Selon lui, présenter les minorités comme un poids pour le système de santé risque de renforcer leur stigmatisation.
Au-delà de cette controverse, l’affaire met en lumière un défi récurrent pour les autorités thaïlandaises : comment concilier l’objectif d’un accès équitable aux soins avec des ressources publiques limitées et des besoins de santé toujours plus nombreux.
Alors que le programme entre progressivement en application, le NHSO reste sous surveillance concernant à la fois son processus décisionnel et les choix budgétaires qui en découlent.
Voir aussi :
- Thaïlande : une étude alerte sur la santé des enfants et des adolescents
- La Thaïlande mise sur les visas médicaux pour devenir un hub santé mondial
Source : Bangkok Post
Liens utiles pour préparer votre voyage en Thaïlande
Souscrire une assurance voyage
Réserver bus, train et bateau en Thaïlande
Gérer son argent en voyage avec Wise
Voyage sur mesure avec Evaneos
Vous pouvez nous suivre sur :
Twitter, LinkedIn, Facebook, Google News