La Thaïlande se prépare à une saison sèche longue et caniculaire, avec la menace croissante d’un possible “super El Niño”.
Ce phénomène pourrait perturber l’agriculture, faire grimper les prix alimentaires et fragiliser l’économie du pays.
- Les experts redoutent une baisse des pluies, une pression accrue sur les réserves d’eau et des températures élevées pouvant durer jusqu’en septembre.
- Le riz, la canne à sucre, le manioc, les fruits et plusieurs cultures stratégiques figurent parmi les productions les plus exposées.
- Une baisse des rendements pourrait entraîner une hausse des prix alimentaires et fragiliser davantage les revenus des agriculteurs déjà touchés par la hausse des coûts.
- L’industrie, le tourisme et la consommation intérieure pourraient également subir les effets indirects de la sécheresse et de la chaleur extrême.
- Plusieurs voix appellent le gouvernement thaïlandais à accélérer les réformes agricoles et la gestion durable de l’eau.
Entre pénuries d’eau, hausse du coût des engrais, tensions géopolitiques et baisse attendue des rendements, experts et industriels redoutent une année particulièrement difficile pour plusieurs secteurs clés du royaume.
Une chaleur extrême pourrait durer plusieurs mois

Les spécialistes surveillent de près l’évolution du phénomène El Niño, souvent associé à des températures élevées et à un déficit de précipitations en Asie du Sud-Est.
En Thaïlande, plusieurs analystes estiment que la chaleur pourrait se prolonger jusqu’en septembre, avec des pluies plus faibles que la normale durant le début de la saison des pluies qui devrait arriver à la mi-mai.
Cette situation ferait peser un risque important sur les réserves d’eau, déjà cruciales pour l’agriculture, la consommation des ménages et certaines activités industrielles.
Selon les prévisions de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), il existe 62 % de probabilité qu’un épisode El Niño apparaisse entre juin et août et se prolonge jusqu’à la fin de l’année.
La probabilité d’un El Niño puissant atteint 33 % au quatrième trimestre.
Le riz thaïlandais en première ligne

Riziculteur en Thaïlande. Photo : The Nation Thailand
Le secteur du riz figure parmi les plus exposés.
Culture stratégique pour la Thaïlande, il reste essentiel à la fois pour l’emploi rural, la sécurité alimentaire et les exportations.
Les producteurs dépendants des pluies naturelles ou de petits réseaux d’irrigation pourraient être les premiers touchés.
Dans certaines zones, les agriculteurs pourraient réduire les surfaces semées ou renoncer à certaines cultures faute d’eau suffisante.
Les cultures de canne à sucre, de manioc, de maïs et plusieurs vergers sont également considérées comme vulnérables en cas de sécheresse prolongée.
Les vergers situés dans les zones en pénurie d’eau pourraient même être confrontés à la mort d’arbres, d’après Somporn Isvilanonda, chercheur indépendant en économie agricole spécialisé dans le riz
Même en cas de baisse de production, les exportateurs thaïlandais pourraient ne pas bénéficier pleinement d’une hausse des prix mondiaux, la concurrence régionale restant forte.
Des agriculteurs déjà fragilisés

Pétrolier de la Bangchak Corporation transportant du pétrole brut vers la Thaïlande. Photo : Bangchak
La menace climatique survient dans un contexte économique déjà tendu pour le monde rural.
Les producteurs font face depuis plusieurs mois à la hausse du carburant, des engrais chimiques et des coûts de transport.
Les tensions au Moyen-Orient, ainsi que les perturbations maritimes autour du détroit d’Ormuz, accentuent les inquiétudes sur les coûts logistiques et l’approvisionnement.
Pour de nombreux exploitants, les marges se réduisent dangereusement.
Certains experts redoutent une progression de l’endettement agricole et des prêts non performants.
Le monde rural reste central dans le pays : le secteur agricole ne représente qu’environ 8 % du PIB, mais il emploie encore entre 13 et 14 millions de personnes.
Un problème ancien de revenus agricoles

Noix de coco empilées . Photo : Gildasio Mota
Au-delà de la sécheresse, plusieurs économistes soulignent les faiblesses structurelles du système agricole thaïlandais.
Les producteurs captent souvent une faible part de la valeur finale vendue au consommateur, en raison des coûts intermédiaires, de la logistique et du poids des circuits de distribution.
Certains citent l’exemple de la noix de coco, vendue bien plus cher dans les villes que le prix réellement touché par l’agriculteur à la ferme.
Voir à ce propos : Thaïlande : des sociétés chinoises accusées d’appauvrir les producteurs de noix de coco
Cette situation limite la capacité du secteur rural à absorber les chocs climatiques ou les hausses de coûts.
Une menace pour la consommation intérieure

Fruits dans un marché thaïlandais. Photo : Michael Luenen
Une baisse des revenus agricoles ne toucherait pas uniquement les campagnes.
Les ménages ruraux constituent une part importante de la consommation intérieure thaïlandaise.
Si leur pouvoir d’achat recule, plusieurs secteurs pourraient en ressentir les effets : commerce, services, distribution ou encore automobile.
Dans un contexte où l’économie thaïlandaise cherche encore à renforcer sa demande intérieure, un choc agricole prolongé serait particulièrement malvenu.
Tourisme et industrie également exposés

Touristes et commerçants dans un marché de nuit de la vieille ville de Phuket. Photo : Achadthaya Chuenniran
Les conséquences potentielles dépassent largement les champs.
Les industries fortement consommatrices d’eau pourraient être contraintes de revoir leur production si les réserves diminuent.
Certaines zones industrielles suivent déjà de près l’évolution des barrages et réservoirs.
Le tourisme pourrait aussi subir indirectement les effets d’une chaleur extrême prolongée, d’une dégradation de la qualité de l’air ou d’une baisse des activités extérieures dans certaines destinations.
Les hôtels et établissements touristiques pourraient voir leurs coûts augmenter, notamment pour l’eau et l’énergie.
Des récoltes en baisse et une qualité dégradée

Durians préparés pour l’exportation.
Des responsables du secteur agroalimentaire estiment que la production agricole moyenne pourrait reculer d’environ 10 %, selon l’intensité du phénomène.
Les légumes et fruits pourraient afficher des tailles irrégulières, une qualité moindre et une durée de conservation réduite.
Les élevages ne seraient pas épargnés : sous forte chaleur, les animaux grandissent souvent plus lentement et nécessitent davantage de ressources.
Ces difficultés pourraient ensuite se répercuter sur les prix alimentaires.
La question sensible de l’eau

Réservoir d’eau à Phuket. Photo : The Nation Thailand
Le retour d’El Niño remet aussi au premier plan la gestion de l’eau en Thaïlande.
Les autorités devront arbitrer entre usages agricoles, besoins domestiques, industrie et développement de nouveaux secteurs comme les centres de données, gourmands en énergie et parfois en refroidissement.
Même si ces infrastructures restent encore limitées par rapport à d’autres pays, plusieurs observateurs estiment que la planification à long terme devient indispensable.
Voir : La Thaïlande devient un hub majeur pour les centres de données et les services cloud
Des réformes réclamées

Panneaux solaires en Thaïlande.
Face à ces menaces, experts et représentants économiques appellent la Thaïlande à accélérer la modernisation du secteur agricole.
Parmi les pistes avancées figurent :
- développement de systèmes d’irrigation plus efficaces ;
- pompes solaires et panneaux solaires pour réduire les coûts énergétiques ;
- meilleure logistique entre fermes et marchés ;
- aides ciblées vers la productivité ;
- montée en gamme des productions agricoles.
Certains citent aussi l’exemple du Vietnam, qui a progressivement réorienté une partie de son agriculture vers davantage de valeur ajoutée.
Un test majeur pour la Thaïlande en 2026

El Niño : sécheresse et phénomènes extrêmes illustrés par un sol craquelé et des vagues violentes.
Si le phénomène El Niño se confirme dans les prochains mois, la Thaïlande pourrait affronter simultanément plusieurs chocs : sécheresse, inflation alimentaire, pression sur les revenus ruraux et ralentissement économique.
Pour le royaume, l’enjeu dépasse donc largement la météo : il s’agit aussi d’un test de résilience économique et agricole.
Voir aussi :
La Thaïlande et l’ASEAN face au risque d’un « super El Niño » en 2026
El Niño pourrait faire perdre jusqu’à 2 000 milliards de bahts à la Thaïlande
La Thaïlande n’est pas prête pour affronter les dangers posés par El Nino
Source : Bangkok Post
Toutelathailande est un média indépendant financé uniquement par la publicité. Merci de soutenir notre travail.
Liens utiles pour préparer votre voyage en Thaïlande
Souscrire une assurance voyage
Réserver bus, train et bateau en Thaïlande
Gérer son argent en voyage avec Wise
Voyage sur mesure avec Evaneos
Vous pouvez nous suivre sur :