La Banque de Thaïlande (BoT) lance une offensive inédite contre l’argent gris, l’or et les cryptomonnaies afin de stabiliser le baht.
- La BoT lance une offensive sans précédent contre l’argent gris, le commerce de l’or et certaines transactions en cryptomonnaies.
- Les banques devront désormais signaler toute transaction suspecte, notamment les échanges massifs d’espèces.
- Le commerce numérique de l’or, qui représente jusqu’à 60 % du PIB en volume de transactions, est accusé d’accentuer la volatilité du baht.
- Les entrées de devises supérieures à 200 000 dollars devront être déclarées avec indication de leur origine.
- La BoT reconnaît que la politique des taux ne suffit plus face aux faiblesses structurelles de l’économie thaïlandaise.
Le gouverneur de la BoT, Vitai Ratanakorn, a annoncé une transformation radicale du rôle de la banque centrale, qui passera d’observateur passif à acteur actif dans la résolution des défis économiques structurels de la Thaïlande.
S’exprimant le mardi 13 janvier 2026 lors du séminaire KKP Year Ahead 2026, Vitai a dévoilé des mesures sans précédent visant à suivre les échanges suspects de billets de banque, à réglementer le commerce numérique de l’or et à surveiller les transactions en cryptomonnaies.
Ces actions ont pour objectif de stabiliser un baht devenu très volatil et de corriger ce qu’il décrit comme des faiblesses structurelles profondément enracinées dans l’économie thaïlandaise.
Ce mercredi 14 janvier, 1 euro vaut 36,71 bahts et 1 dollar US vaut 31,54 bahts.
Voir : Cours du baht thaïlandais (THB) : le taux de change du jour face à l’euro
« Nous ne nous limiterons plus à la simple analyse », a déclaré Vitai.
« Nous allons tendre la main pour prendre l’initiative de résoudre les problèmes structurels.
Si ces questions ne sont pas traitées, elles finiront par avoir un impact sur la stabilité macroéconomique à long terme. »
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Cibler l’impact disproportionné du commerce de l’or

Un vendeur d’or dispose des bracelets en or dans une boutique spécialisée dans le quartier chinois de Bangkok. Photo : Reuters.
L’intervention la plus significative vise le marché thaïlandais du commerce de l’or numérique, massif mais largement non réglementé, qui, selon M. Vitai, représente environ 50 à 60 % du PIB en volume de transactions, un chiffre qu’il a qualifié d’« énorme ».
La BoT a découvert que les jours où le baht s’appréciait, entre 45 % et 62 % de toutes les ventes de dollars dans le pays provenaient des magasins d’or, ce qui créait une forte volatilité des taux de change.
« Il s’agit véritablement d’un problème structurel », a souligné M. Vitai.
La banque centrale demande au ministère des Finances l’autorisation de réglementer les transactions sur l’or qui ont une incidence sur le baht, notamment en exigeant la déclaration des transactions et en limitant éventuellement les volumes de négociation pour les grands acteurs.
Ces mesures devraient être mises en œuvre d’ici la fin janvier.
« Le commerce de l’or est une activité que personne ne réglemente », a déclaré M. Vitai.
« Mais ce que la Banque de Thaïlande demande, c’est l’autorisation de réglementer les transactions d’achat et de vente sur les applications, car elles ont une incidence sur le taux de change. »
Voir aussi : Thaïlande : la hausse du baht liée à des exportations d’or vers le Cambodge
Suivi des flux d’argent gris

Liasses de billets de 1 000 bahts. Photo : Thai PBS World.
Dans une démarche sans précédent, la BoT va utiliser ses pouvoirs élargis pour suivre les flux d’argent suspects, y compris les échanges importants d’espèces.
Les banques commerciales seront désormais tenues de signaler les transactions inhabituelles à la banque centrale.
« Nous allons suivre la trace de l’argent », a déclaré M. Vitai.
« Toute personne échangeant d’importantes sommes d’argent liquide, par exemple plus d’un million de bahts en petites coupures, devra être signalée à la BoT par les banques commerciales. »
Le gouverneur a reconnu franchement le défi :
« Quand j’ai demandé autour de moi, j’ai appris que cet argent serait utilisé pour les élections.
Je sais que les gens viendront échanger des billets de 100, 500 et 1 000 bahts. »
La BoT renforce également les contrôles sur les services de change et les transferts via portefeuilles électroniques afin de prévenir le blanchiment d’argent, avec des systèmes de compensation qui devraient être opérationnels d’ici la fin du mois.
Les entrées de devises étrangères supérieures à 200 000 dollars américains devront désormais faire l’objet d’une déclaration des sources de revenus.
Voir aussi : La force du baht thaïlandais est-elle liée aux réseaux d’escroquerie régionaux ?
Les cryptomonnaies sous surveillance

Cryptomonnaies. Illustration : Photospirit
La banque centrale examine également le marché des cryptomonnaies, où Vitai a révélé que 40 % des vendeurs d’USDT (stablecoin) sur les plateformes thaïlandaises sont des étrangers qui « ne devraient pas faire de transactions en Thaïlande ».
Bien que le volume quotidien des transactions en cryptomonnaies atteigne 2,8 milliards de bahts, il reste très inférieur à celui du marché des changes, estimé entre 10 et 15 milliards de bahts.
La BoT surveille néanmoins ce secteur de près afin d’y détecter d’éventuelles activités liées à l’argent gris.
Une marge de manœuvre limitée pour la politique monétaire

Banque de Thaïlande.
M. Vitai a brossé un tableau sombre des défis économiques auxquels est confrontée la Thaïlande, soulignant que la croissance du PIB est passée d’une moyenne de 5 % à seulement 2 % actuellement, avec des projections de 1,5 à 1,7 % pour 2026, contre un taux de croissance potentiel de 2,7 %.
Le gouverneur a souligné l’efficacité limitée des outils traditionnels de politique monétaire.
Malgré quatre baisses de taux d’intérêt totalisant 1 %, l’effet stimulant sur le PIB n’a été que de 0,18 % sur deux ans.
« Si nous baissons les taux d’intérêt de 0,5 %, cela n’augmentera l’inflation que de 0,1 % », a-t-il expliqué.
Le taux directeur thaïlandais étant désormais le troisième plus bas au monde, M. Vitai a souligné :
« La politique des taux d’intérêt n’est qu’un outil parmi d’autres.
Elle ne peut pas tout résoudre, car il s’agit de problèmes structurels. »
Voir : La Banque de Thaïlande abaisse ses taux face au ralentissement économique
Crise du crédit aux PME

Restaurants dans la rue Banthat Thong à Bangkok. Photo : Khaosod
La situation du crédit aux PME, qui est négative depuis 13 trimestres consécutifs (36 mois), est particulièrement alarmante.
« Si le crédit est négatif, la création de liquidités dans le système d’activité économique disparaît.
C’est un vrai problème », a averti M. Vitai.
Pour y remédier, la BoT a signé le 15 janvier un accord visant à mettre en place un nouveau mécanisme de garantie pour les prêts aux PME dans les secteurs compétitifs, notamment l’électronique intelligente, l’agriculture transformée, le tourisme et la logistique.
Défis structurels à venir

Économie en Thaïlande. Photo : The Nation Thailand
La Thaïlande est confrontée à de multiples difficultés structurelles.
Notamment un endettement élevé des ménages (parmi les plus élevés au monde), le vieillissement de la main-d’œuvre, l’incertitude politique, la corruption et une faible productivité due à des années de sous-investissement.
« Nous sommes confrontés à des problèmes d’inégalité, tant en termes de revenus que d’accès aux opportunités », a noté M. Vitai, ajoutant que le pays avait connu sept ministres des Finances au cours de ses cinq années au ministère des Finances.
Le gouverneur a souligné que la résolution de ces problèmes nécessite une collaboration :
« Les économistes analysent pour nous aider à comprendre, mais ce que je voudrais dire, c’est que je pense que nous sommes à un moment où nous devons nous entraider.
Nous devons aider à résoudre les problèmes ensemble. »
Malgré les défis à relever, M. Vitai a fait preuve d’un optimisme prudent :
« Si nous parvenons à surmonter les obstacles et à traverser cette année difficile, nous espérons que l’année prochaine, 2027, sera bien meilleure.
L’économie thaïlandaise reviendra à la normale. »
Le passage agressif de l’analyse à l’action de la part de la BoT marque un changement significatif dans l’approche de la Thaïlande pour remédier à ses vulnérabilités économiques.
La banque centrale reconnaît que les problèmes structurels ne peuvent être résolus uniquement par des ajustements des taux d’intérêt.
Voir aussi :
Hausse du baht : la Thaïlande devient trop chère pour ses touristes fidèles
Baht trop fort : la Thaïlande est en train de perdre la bataille du riz
L’économie de la Thaïlande « au bord du précipice »
Source : The Nation Thailand
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2 commentaires
Le cerveau des politiciens commence à sortir de sa léthargie.
Espérons qu’il ne soit pas trop tard.
Le travail est colossal.
Tout ça, à cause de 2 journalistes basé à Singapour, qui ont commencé à enquêter!!!
Dont acte !!!
Wait and see…
Curieux de voir si les mesures que la BOT compte mettre en place et qui seront activées dès la fin de ce mois auront une influence à très court terme sur la cotation internationle et la stabilité du bath et, à plus long terme si la BOT mettra en place les outils informatiques et les ressources humaines nécessaires pour gérer et maintenir l’efficacité de l’influence qu’elle veut imprimer activement sur les flux monétaires et boursiers pour faire fléchir la valeur de bath au delà des 38thb/1 euro et l’y maintenir à long terme…
Et quand je parle d’un taux de change de 38 THB/1 euro, c’est, pour ma part, un minimum sous lequel le baht ne devrait pas remonter (« remonter » en valeur, c’est-à-dire « descendre » arithmétiquement).
En tout cas, si cette volteface de la BOT portera ses fruits (et on sera très vite fixé), je me pose la question de savoir pourquoi elle a tardé à ce point pour réagir par rapport à une situation qui perdure depuis quasi 2 ans !