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Le Cambodge lutte-t-il vraiment contre l’industrie des centres d’arnaque ?

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Drapeau cambodgien et centre d'appel

Amnesty International met en doute l’efficacité de la lutte du Cambodge contre les centres d’arnaque qui continuent de prospérer dans le pays.

Suite aux nombreuses pressions internationales, le gouvernement cambodgien avait assuré avoir multiplié les opérations depuis un an, mais plusieurs questions demeurent sur les résultats obtenus et les responsabilités engagées.

Voir : Scambodia : comment le Wall Street Journal humilie le Cambodge

Un an après, le bilan de la répression est contesté

Postes de travail abandonnés dans un centre d'escroquerie en ligne à O'Smach, au Cambodge, lors d'une opération des autorités en avril 2026

Des postes de travail au sein d’un complexe d’escroquerie en ligne à O’Smach, dans l’ouest du Cambodge, photographiés après une intervention des autorités le 7 avril 2026. Photo : AP / Sakchai Lalit

Lorsque le gouvernement de Hun Manet a lancé sa plus vaste campagne contre les escroqueries en ligne en juillet 2025, il avait promis des sanctions contre les fonctionnaires qui refuseraient de coopérer ou qui négligeraient leurs obligations.

Près d’un an plus tard, un rapport d’Amnesty International estime que de nombreux complexes liés aux arnaques en ligne continuent de fonctionner malgré les opérations menées par les autorités.

Les chercheurs de l’organisation ont identifié 86 sites impliqués dans ces activités à travers le pays.

Selon leurs travaux, seules 24 installations présentent des preuves d’interventions des forces de l’ordre.

Amnesty reconnaît toutefois que l’absence d’informations accessibles au public ne signifie pas nécessairement qu’aucune opération n’a été menée.

L’organisation souligne cependant que le manque de transparence entourant cette campagne rend toute vérification indépendante particulièrement difficile.

Cela peut s’expliquer par le fait que plusieurs rapports internationaux ont accusé le gouvernement cambodgien d’être lié à ces réseaux criminels.

Le gouvernement met en avant ses résultats

Chen Zhi et l'ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen

Chen Zhi (à gauche) et l’ancien Premier ministre Hun Sen. L’homme d’affaires chinois a été arrêté puis extradé dans une affaire liée à des réseaux de cyberescroqueries opérant au Cambodge.

Les autorités cambodgiennes contestent fermement les conclusions du rapport.

Chhay Sinarith, ministre d’État chargé de la Commission de lutte contre les escroqueries en ligne, affirme que les forces de l’ordre ont ciblé environ 250 sites et fermé près de 80 % d’entre eux.

En réaction aux accusations d’Amnesty International, il a qualifié les conclusions de l’organisation de « sélectives » et « biaisées », estimant qu’elles ne reflètent pas la réalité des opérations menées sur le terrain.

Le gouvernement met également en avant plusieurs résultats chiffrés.

Selon Phnom Penh, les licences de 25 casinos soupçonnés d’être impliqués dans des activités frauduleuses ont été révoquées.

Près de 1 500 suspects originaires de 19 pays auraient été inculpés, tandis qu’environ 19 000 ressortissants étrangers ont été expulsés et quelque 290 000 autres auraient quitté volontairement le pays.

Voir aussi : Le Cambodge sacrifie un proche du pouvoir accusé de cyberescroqueries

Même Amnesty International reconnaît que la pression exercée par les autorités a probablement contribué à la libération ou à la fuite de milliers de personnes retenues dans ces complexes.

La question de la responsabilité reste sans réponse

Un Thaïlandais a sauté de la fenêtre d'une tour abritant un centre d'appel au Cambodge.

Photo tirée d’une vidéo où l’on voit un homme se jeter d’une tour abritant un centre d’appel au Cambodge. Le suicide est parfois le dernier recours pour les prisonniers de ces centres qui veulent échapper aux tortures.

Au-delà des chiffres avancés par le gouvernement, le rapport met en lumière plusieurs zones d’ombre.

Selon Amnesty, certains complexes ont continué à fonctionner après des interventions policières et plusieurs responsables présumés semblent avoir échappé à toute poursuite.

L’enquête documente également des témoignages selon lesquels certains sites auraient été avertis à l’avance de l’arrivée des forces de l’ordre.

Une survivante affirme notamment que les personnes détenues dans un complexe de Chrey Thum ont été transférées vers un autre site près de Poipet avant l’arrivée de la police.

D’autres témoignages évoquent la présence de véhicules militaires à proximité de certains complexes.

Ces accusations ne sont pas nouvelles.

Des observateurs internationaux avaient déjà signalé que certaines opérations pouvaient être compromises par des fuites ou des avertissements préalables.

Le gouvernement cambodgien répond que les réseaux criminels transnationaux sont particulièrement mobiles et adaptent constamment leurs méthodes afin d’échapper aux autorités.

Cette explication ne répond toutefois pas à la question centrale soulevée par le décret gouvernemental de juillet 2025 :

Des fonctionnaires ont-ils réellement été tenus pour responsables lorsque des centres d’arnaque ont continué à fonctionner sous leur surveillance ?

À ce jour, les autorités n’ont pas indiqué publiquement si des responsables ont été mutés, suspendus ou licenciés dans le cadre du mécanisme disciplinaire annoncé lors du lancement de la campagne.

Les victimes dénoncent des violences et un manque de protection

Des responsables thaïlandais et cambodgiens procèdent aux formalités administratives lors du rapatriement de travailleurs thaïlandais échappés de centres d’escroquerie au Cambodge

Des responsables thaïlandais et cambodgiens procèdent aux formalités administratives lors du rapatriement de travailleurs thaïlandais échappés de centres d’escroquerie au Cambodge. Photo : PPTVHD36

Le rapport d’Amnesty International s’attarde également sur le sort des personnes ayant réussi à s’échapper de ces centres.

L’organisation a recueilli les témoignages de 73 survivants originaires de 16 pays différents.

Beaucoup décrivent des situations de traite d’êtres humains, de travail forcé, de détention arbitraire et de violences physiques.

Le document fait également état de torture, de mauvais traitements et de violences sexuelles.

Voir : Cambodge : échappés des centres d’escroquerie, des survivants décrivent l’enfer

Six femmes ont notamment déclaré avoir subi des viols commis par des responsables de ces complexes ou sur leurs ordres.

Selon Amnesty, certaines victimes ayant réussi à fuir ont ensuite été traitées comme des contrevenants à la législation sur l’immigration.

Plusieurs auraient été placées en détention, condamnées à payer des amendes pour dépassement de visa ou privées d’assistance juridique.

L’organisation estime que ces pratiques illustrent les lacunes persistantes dans la protection et l’accompagnement des survivants.

Le Cambodge peine à convaincre sur les résultats de sa répression

Des clôtures barbelées sont visibles à l'extérieur d'un complexe du Great Wall Park, ancien centre d'appels frauduleux dans la ville de Sihanoukville, au Cambodge

Des clôtures barbelées sont visibles à l’extérieur d’un complexe du Great Wall Park, ancien centre d’appels frauduleux dans la ville de Sihanoukville, au Cambodge. Photo : Reuters

Le gouvernement cambodgien assure poursuivre sa lutte contre une industrie criminelle devenue l’une des plus importantes de la région.

Pour Amnesty International, le débat ne porte plus sur l’existence des opérations de police, mais sur leur efficacité réelle.

La question est désormais de savoir si ces interventions permettent de démanteler les réseaux criminels ou si elles poussent simplement les organisations à se déplacer et à s’adapter.

Près d’un an après le lancement de la campagne nationale, l’efficacité de la répression continue donc de faire débat.

Pour de nombreux observateurs, la crédibilité de cette lutte dépendra autant du nombre de centres fermés que de la capacité des autorités à empêcher leur réouverture dans d’autres régions et à demander des comptes aux responsables lorsque ces activités continuent de prospérer.

Voir aussi :


Source : Khaosod English

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