De plus en plus d’étrangers se retrouvent sans domicile à Bangkok après avoir épuisé leurs ressources financières.
Victimes d’escroqueries, de pertes d’emploi ou de projets de retraite qui tournent mal, certains touristes se retrouvent piégés en Thaïlande, incapables de financer leur retour dans leur pays.
Une crise discrète derrière le succès du tourisme thaïlandais

Un étranger sans domicile est assis sur un trottoir à Bangkok. Photo : The Nation Thailand
Grâce à son coût de la vie relativement abordable et à des conditions d’entrée accessibles, la Thaïlande attire chaque année des millions de visiteurs étrangers.
Mais derrière l’image de destination paradisiaque se cache une réalité beaucoup moins connue.
Une enquête du média The Disclosed révèle qu’un nombre croissant d’étrangers finissent sans domicile dans les rues de Bangkok.
Selon la Fondation Issarachon, cette situation résulte souvent d’un enchaînement de difficultés : escroqueries, perte soudaine de revenus, manque de préparation financière ou absence de solution de secours.
Une fois leurs économies épuisées, ces voyageurs ne peuvent plus acheter un billet de retour.
Beaucoup dépassent alors la durée autorisée de leur visa, se retrouvent en situation irrégulière et perdent l’accès au travail légal, au logement et aux soins.
L’illusion d’un paradis à bas coût

La Thaïlande attire chaque année des millions de touristes séduits par son coût de la vie et ses nombreuses attractions.
Pour de nombreux voyageurs, les difficultés commencent bien avant de se retrouver à la rue.
Les réseaux sociaux présentent souvent la Thaïlande comme une destination où il est possible de vivre longtemps avec peu d’argent.
Les formalités d’entrée relativement simples renforcent parfois ce sentiment de sécurité.
« Je suis convaincu que cela joue un rôle », explique Friso Poldervaart, cofondateur de la Bangkok Community Help Foundation.
« Les restrictions d’entrée en Thaïlande sont un peu trop laxistes pour le moment. Il est très facile d’y rester longtemps.
On ne vous demande pas de billet de retour et les assurances ne vérifient généralement pas si vous disposez de fonds suffisants. Beaucoup de gens arrivent sans véritable préparation », explique-t-il.
Lorsque la réalité ne correspond plus aux attentes, les difficultés financières peuvent rapidement s’accumuler.
En seulement huit mois, la Bangkok Community Help Foundation indique avoir aidé 45 étrangers sans domicile fixe.
L’association précise toutefois que ce chiffre ne représente qu’une partie des personnes concernées, beaucoup ne demandant jamais d’aide ou n’étant orientées vers elle que par leur ambassade.
Des victimes piégées par un cercle vicieux

Des policiers et des travailleurs sociaux thaïlandais rencontrent un touriste allemand sans abri près de la plage de Jomtien à Pattaya après un appel à l’aide relayé par les médias locaux.
Le parcours qui conduit certains étrangers à vivre dans la rue à Bangkok correspond rarement au stéréotype du touriste faisant la fête ou refusant simplement de rentrer chez lui.
Beaucoup sont au contraire pris au piège d’un cercle vicieux provoqué par des escroqueries modernes.
Victimes d’arnaques sentimentales ou de fraudes aux cryptomonnaies, ils perdent parfois l’ensemble de leurs économies.
Voir : Il se retrouve sans-abri en Thaïlande après le vol de son argent à Pattaya
Dans certains cas, les banques internationales gèlent ensuite leurs comptes par mesure de sécurité.
Pour débloquer les fonds, les titulaires doivent souvent se présenter physiquement dans une agence de leur pays d’origine.
Le problème devient alors insoluble : sans accès à leur argent, ils ne peuvent plus acheter le billet d’avion qui leur permettrait justement de rentrer.
Le visa expire, les amendes pour dépassement de séjour s’accumulent et ces victimes se retrouvent en infraction avec la législation thaïlandaise sur l’immigration.
« Cette tendance constitue un défi nouveau et croissant pour les autorités gouvernementales », estime Adchara Saravari, secrétaire générale de la Fondation Issarachon.
Elle évoque également le cas de retraités étrangers ayant vendu tous leurs biens pour réaliser leur rêve de vivre en Thaïlande.
Lorsque leurs investissements échouent ou que leurs projets personnels s’effondrent, ils se retrouvent sans aucune sécurité financière.
En situation irrégulière, ils ne peuvent plus travailler légalement, louer un logement ni bénéficier du système de santé public.
Le Centre of Dreams, refuge des étrangers en détresse

Une Américaine de 57 ans raconte comment elle s’est retrouvée sans domicile à Bangkok après avoir perdu son emploi. Photo : The Nation Thailand
Face à cette situation, le Centre of Dreams, géré par la Bangkok Community Help Foundation, accueille désormais de nombreux ressortissants étrangers.
Initialement destiné aux Thaïlandais sans domicile, ce refuge héberge aujourd’hui des personnes venues notamment d’Allemagne, des États-Unis, du Japon et de plusieurs autres pays.
Parmi elles figure « Jane », une Américaine de 57 ans dont le prénom a été modifié afin de préserver son anonymat.
Après avoir quitté un emploi à Wall Street, elle a travaillé pendant cinq ans comme conseillère en ligne.
Convaincue de pouvoir poursuivre cette activité à distance, elle a décidé de s’installer en Thaïlande.
À peine trois à quatre semaines après son arrivée, elle a toutefois perdu son emploi.
Ses économies avaient déjà été utilisées pour financer un circuit touristique non remboursable aux Philippines et à Kuala Lumpur.
Très vite, elle n’a plus été en mesure de payer son logement ni les amendes liées au dépassement de son visa.
« Juste avant de découvrir le Centre of Dreams, je pensais que j’allais mourir ici, en Thaïlande », raconte-t-elle.
Affaiblie par la malnutrition et la déshydratation, elle envisageait de vivre dans un temple bouddhiste.
« La plupart des gens m’avaient conseillé d’aller vivre dans un temple bouddhiste. Mais on aurait dit qu’il fallait y rester pour toujours.
Ce n’est pas mon objectif. Je veux rentrer chez moi et trouver un emploi. Être au chômage et sans domicile fixe, ce n’était pas ce que j’avais prévu », explique-t-elle.
Elle raconte qu’elle a ensuite été abordée par d’autres étrangers sans domicile, qui lui ont indiqué où trouver un endroit sûr ou un canapé pour dormir.
Cette solidarité improvisée lui a fait prendre conscience qu’elle était loin d’être un cas isolé.
Un vide humanitaire et administratif
Les ONG jouent aujourd’hui un rôle essentiel pour organiser les rapatriements en coopération avec les familles, les compagnies aériennes et les consulats.
Les ambassades disposent toutefois de moyens limités et ne peuvent généralement pas financer directement le retour de leurs ressortissants.
Pendant les longues démarches administratives nécessaires à la vérification des identités et à l’organisation des retours, les associations restent souvent le seul soutien disponible pour éviter que ces personnes ne se retrouvent durablement à la rue.
Alors que la Thaïlande poursuit sa stratégie de promotion du tourisme international, cette situation soulève une question de fond : qui doit prendre en charge les voyageurs étrangers qui se retrouvent sans ressources dans le pays ?
En l’absence d’un dispositif coordonné entre les autorités thaïlandaises, les services sociaux et les représentations diplomatiques étrangères, les ONG continueront d’assurer seules cette mission.
Sans évolution du système, d’autres voyageurs pourraient à leur tour se retrouver piégés en Thaïlande, sans ressources et incapables de financer leur retour.
Voir aussi :
- Touristes un jour, sans-abri le lendemain : la crise qui frappe la Thaïlande
- Il voulait une retraite de rêve en Thaïlande, il finit ruiné et emprisonné
- Le nombre de sans-abri est en augmentation en Thaïlande
Source : The Nation Thailand
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