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La Thaïlande est-elle vraiment en train de s’effondrer ?

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Bangkok en Thaïlande et son quartier d’affaires au lever du soleil

La Thaïlande affiche une économie relativement stable, mais sa faible croissance contraste de plus en plus avec le dynamisme de plusieurs de ses voisins.

Le pays pourrait ainsi éviter une véritable crise tout en restant durablement à la traîne en Asie du Sud-Est.

Cette analyse s’appuie sur une tribune de Kornkit Disthan, rédacteur en chef adjoint et responsable de l’actualité internationale de The Better, qui s’interroge sur le risque de décrochage économique de la Thaïlande face à ses voisins.

La Thaïlande parmi les économies les moins « misérables »

Centre commercial Icon Siam à Bangkok

Centre commercial Icon Siam à Bangkok. Photo : Icon Siam Mandarin Oriental

À première vue, la situation économique de la Thaïlande est loin d’être alarmante.

Le pays s’est classé troisième parmi les économies les moins « misérables » dans l’indice annuel de misère de Hanke (HAMI), derrière Taïwan et Singapour.

Selon les données rapportées par le South China Morning Post, ce classement repose notamment sur plusieurs indicateurs économiques favorables.

Les prix à la consommation ont diminué de 0,3 %, tandis que le taux de chômage s’est établi à seulement 0,8 % et que l’indice retient une croissance du PIB réel par habitant de 2,5 %.

Ces chiffres donnent l’image d’une économie relativement stable, caractérisée par une faible inflation et un marché du travail qui continue d’absorber une grande partie de la population active.

Mais cette stabilité masque une autre réalité : la Thaïlande connaît une croissance nettement plus faible que la plupart de ses voisins d’Asie du Sud-Est.

Une croissance inférieure à presque tous ses voisins

Vue de Hô Chi Minh-Ville au Vietnam

Vue de Hô Chi Minh-Ville au Vietnam. Photo : Lê Minh Phát

La comparaison avec les autres économies de la région est particulièrement révélatrice.

Selon les données citées par Kornkit Disthan, la croissance du PIB par habitant atteint 6,4 % au Vietnam.

Voir : Économie : la Thaïlande stagne tandis que le Vietnam progresse

Elle s’élève à 4,8 % aux Philippines et au Cambodge, 4,2 % en Indonésie, 3,8 % en Malaisie, 3,4 % au Brunei et 2,9 % au Laos.

La Thaïlande n’affiche pour sa part qu’une croissance de 2,6 %, devant Singapour, à 2,3 %, et le Timor oriental, dont l’économie se contracte de 3,3 %.

La Thaïlande se retrouve ainsi parmi les économies les moins dynamiques de l’ASEAN, alors même qu’elle demeure l’une des plus importantes de la région.

Certains relativisent cette comparaison en soulignant que plusieurs pays qui progressent plus rapidement disposent d’économies beaucoup plus petites et bénéficient encore d’un important potentiel de rattrapage.

Kornkit Disthan compare cet argument à celui de « fourmis poursuivant un éléphant ».

Mais il ne suffit pas à écarter la question de fond : la croissance thaïlandaise reste faible alors que plusieurs économies voisines réduisent progressivement leur retard.

Une faible détresse économique malgré une croissance lente

Touriste dans le marché de Chatuchak à Bangkok

Touriste dans le marché de Chatuchak à Bangkok.

La situation est cependant plus complexe qu’une simple comparaison des taux de croissance.

La Malaisie, le Cambodge et le Vietnam figurent eux aussi parmi les économies présentant un niveau relativement faible de détresse dans l’indice HAMI, tout en enregistrant une croissance nettement supérieure à celle de la Thaïlande.

Une croissance plus rapide ne signifie donc pas nécessairement davantage d’inflation, de chômage ou de difficultés économiques pour la population.

À l’inverse, le bon classement de la Thaïlande dans le HAMI ne signifie pas que son économie dispose de perspectives particulièrement solides.

Une faible inflation permet de maintenir les prix relativement stables, tandis qu’un chômage très bas limite les risques de détresse économique immédiate.

Mais des prix stables et le maintien de l’emploi ne garantissent pas une progression rapide du niveau de vie ni un avenir économique dynamique.

La Thaïlande pourrait donc ne pas être confrontée à un « effondrement » économique, contrairement à ce qu’affirment certains contenus diffusés sur les réseaux sociaux.

Le risque serait plutôt celui d’une longue période de croissance insuffisante à laquelle le pays finirait par s’habituer.

Kornkit Disthan utilise à ce sujet la métaphore de la « grenouille bouillie » : à force de s’adapter à une situation qui se détériore progressivement, le pays pourrait ne prendre conscience du problème que lorsqu’il sera devenu beaucoup plus difficile à résoudre.

Le piège du revenu intermédiaire menace toujours la Thaïlande

Slogan de l'OCDE sur un panneau

Slogan de l’OCDE (OECD en anglais) : De meilleures politiques pour de meilleures vies.

Cette situation est d’autant plus importante que la Thaïlande cherche depuis plusieurs années à franchir une nouvelle étape dans son développement.

Le pays appartient à la catégorie des économies à revenu intermédiaire supérieur et est désormais engagé dans le processus d’adhésion à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Voir : Thaïlande : le pari fou de modifier 2 lois par semaine pour rejoindre l’OCDE

Mais atteindre le niveau des économies développées nécessite une hausse durable de la productivité, des investissements et des activités à forte valeur ajoutée.

Le tourisme reste l’un des principaux moteurs de l’économie thaïlandaise, mais il ne suffit pas à lui seul à assurer cette transformation.

La capacité du pays à renforcer son industrie, développer l’innovation et créer davantage de valeur ajoutée sera déterminante pour éviter de rester durablement enfermé dans le « piège du revenu intermédiaire ».

Les investissements thaïlandais partent aussi à l’étranger

Une autre interrogation concerne les mouvements de capitaux.

De grandes entreprises thaïlandaises investissent désormais massivement dans des pays voisins, notamment au Vietnam, où elles profitent d’une économie en forte expansion.

Ces investissements peuvent générer des bénéfices pour les groupes thaïlandais, mais leurs effets sur l’économie nationale sont plus complexes.

Des capitaux investis à l’étranger ne produisent pas nécessairement les mêmes effets en Thaïlande en matière de création d’emplois, d’investissement productif ou de réinvestissement des bénéfices.

Dans le même temps, la Thaïlande reste dépendante des investissements directs étrangers pour développer certaines activités industrielles.

Le Vietnam se trouve dans une situation comparable.

L’importance des investissements étrangers ne peut cependant pas être mesurée uniquement par les capitaux qui entrent dans un pays : il faut également tenir compte des bénéfices qui en ressortent et de la part de la valeur créée qui reste dans l’économie locale.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien de capitaux entrent ou sortent du pays, mais quelle part de la richesse créée reste effectivement dans l’économie thaïlandaise.

Une croissance trop faible pourrait accentuer les inégalités

Passants dans une rue commerçante de Thaïlande

Passants dans une rue commerçante de Thaïlande.

La lente progression du PIB par habitant pose également la question du partage de la richesse.

Dans une économie de marché, les détenteurs de capitaux peuvent accumuler de la richesse beaucoup plus rapidement que le reste de la population, un phénomène particulièrement visible dans de grandes économies comme celle des États-Unis.

La situation est moins prononcée dans plusieurs pays européens, où des systèmes de protection sociale plus développés permettent de redistribuer une partie des gains issus de la croissance économique.

Pour la Thaïlande, une croissance trop faible du revenu par habitant pourrait donc s’accompagner d’une aggravation des inégalités et de la vulnérabilité économique.

Si cette tendance se poursuit et que le secteur formel ne crée pas suffisamment de nouvelles opportunités, davantage de personnes pourraient également être poussées vers l’économie informelle.

Pour autant, les mouvements de capitaux ne constituent pas en eux-mêmes le problème. Les investisseurs recherchent naturellement les marchés offrant les meilleures opportunités et les meilleurs rendements.

Les questions essentielles sont plutôt de comprendre pourquoi les capitaux thaïlandais recherchent des opportunités à l’étranger, pourquoi certains capitaux étrangers quittent le pays et pourquoi la Thaïlande peine à attirer suffisamment de nouveaux investissements.

La Thaïlande ne s’effondre pas, mais risque de décrocher

Les indicateurs actuels ne décrivent pas une économie thaïlandaise en situation d’effondrement.

Le faible chômage et la stabilité des prix constituent au contraire des protections importantes contre une détérioration brutale de la situation économique.

Mais ces résultats favorables ne doivent pas masquer les difficultés structurelles.

La Thaïlande progresse aujourd’hui moins rapidement que la plupart de ses voisins, alors que plusieurs économies d’Asie du Sud-Est attirent des investissements et développent rapidement leurs capacités industrielles.

Le véritable risque pourrait donc être moins celui d’une crise soudaine que celui d’un décrochage progressif.

La Thaïlande dispose encore d’une économie importante et d’un niveau de revenu par habitant relativement élevé à l’échelle de l’ASEAN, mais ces acquis ne garantissent pas qu’elle conservera durablement son avance.

Un débat économique devenu aussi politique

Kornkit Disthan estime enfin que cette situation est difficile à dissocier du climat politique thaïlandais.

Face aux difficultés du pays, certains Thaïlandais réagissent selon lui à travers le prisme du nationalisme, voire du « fanatisme nationaliste ».

La forte polarisation politique peut alors rendre difficile la distinction entre une préoccupation sincère pour l’avenir du pays et une volonté émotionnelle de le défendre à tout prix.

L’auteur appelle ainsi à dépasser ce qu’il décrit comme la « haine irréfléchie » et le « fanatisme incontrôlé ».

Il défend à l’inverse une forme de « nationalisme ambitieux », qui consiste à vouloir que le pays s’améliore plutôt qu’à se contenter d’affirmer qu’il est déjà formidable.

Il rappelle que le Japon, la Corée du Sud, Singapour et la Chine ont eux aussi traversé des périodes durant lesquelles leur avenir était incertain, avant de parvenir à transformer profondément leur économie.

Ces transformations ont demandé du temps, mais elles ont également nécessité d’accepter les difficultés, de s’adapter et de regarder au-delà de la situation immédiate.

La Thaïlande dispose encore de nombreux atouts.

Mais maintenir sa position en Asie du Sud-Est nécessitera davantage que de préserver la stabilité actuelle : le pays devra reconnaître ses faiblesses et retrouver les moteurs d’une croissance durable et à plus forte valeur ajoutée.

Voir aussi :


Source : The Better

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