La Thaïlande veut rejoindre l’OCDE d’ici 2028, un objectif ambitieux qui nécessiterait de modifier au moins 244 lois.
Le gouvernement dispose de moins de trois ans pour mener ces réformes et espère achever le processus avant la fin du mandat d’Anutin Charnvirakul.
Un rythme de réforme intenable ?

Le Premier ministre Anutin Charnvirakul préside une réunion du Comité consultatif mixte public-privé (JPPCC), le lundi 22 juin 2026, à la Maison du Gouvernement. Photo : Maison du Gouvernement
Concrètement, le gouvernement et les ministères concernés devraient modifier environ deux lois par semaine.
Compte tenu de la bureaucratie notoire de la Thaïlande et des profondes divisions au sein du corps législatif, il est permis de douter que cet objectif puisse être atteint.
La semaine dernière, Anutin a mis en place un comité de pilotage chargé de superviser le processus d’adhésion à l’OCDE.
Présidé par le Premier ministre lui-même, ce comité coordonnera les travaux entre le Conseil national de développement économique et social (NESDC), l’OCDE et les administrations concernées.
Anutin a fait de l’adhésion à l’OCDE l’une des principales priorités de son gouvernement.
Celui-ci doit désormais démontrer sa capacité à mobiliser l’ensemble de l’appareil d’État autour de cette ambition, alors même qu’il est confronté presque quotidiennement à des questions de gouvernance et de responsabilité.
Une ambition vieille de plus de trente ans

Slogan de l’OCDE (OECD en anglais) : De meilleures politiques pour de meilleures vies.
L’adhésion à l’OCDE est une ambition de longue date de la Thaïlande, depuis plus de trois décennies.
Les gouvernements successifs ont estimé qu’elle aiderait le pays à échapper au piège du revenu intermédiaire, de plus en plus ancré.
L’OCDE est largement considérée comme un catalyseur de réformes après deux décennies de performances économiques décevantes par rapport aux pays voisins.
Voir : Pourquoi la Thaïlande reste considérée comme « l’homme malade de l’Asie »
Une adhésion renforcerait également la crédibilité économique du pays auprès des investisseurs internationaux et rapprocherait la Thaïlande des standards des principales économies développées.
Un contexte économique sous tension

Économie en Thaïlande. Photo : The Nation Thailand
Les perspectives économiques de la Thaïlande s’assombrissent dans un contexte de tensions géopolitiques de plus en plus instables et d’une guerre commerciale menée par les États-Unis.
Le pays s’efforce de diversifier ses marchés d’exportation, d’améliorer le climat d’investissement et d’attirer davantage de capitaux étrangers dans les secteurs émergents.
Sa croissance future dépendra fortement de l’élargissement de ses débouchés au-delà de sa dépendance traditionnelle vis-à-vis des États-Unis et des autres économies occidentales.
Au cours des derniers mois, les chocs économiques ont considérablement affecté le niveau de vie malgré l’aide du gouvernement.
La marge de manœuvre budgétaire se réduit : de mai à juin, le pays a enregistré des déficits totalisant 500 milliards de bahts.
Si cette pression persiste, elle pourrait compromettre les efforts de la Thaïlande pour échapper au piège du revenu intermédiaire et devenir une économie moderne et de haut niveau.
Voir : Comment la Thaïlande veut devenir un pays riche d’ici 2038
Entre rapprochement avec l’OCDE et les BRICS

Logo des BRICS et drapeau thaïlandais. Illustration : The Nation Thailand
Parmi les membres de l’ASEAN, l’Indonésie et la Thaïlande ont toutes deux entamé le processus d’adhésion à l’OCDE en 2024.
Parallèlement, elles ont aussi cherché à resserrer leurs liens avec les BRICS.
L’Indonésie a franchi une étape en janvier en devenant le premier membre de l’ASEAN à rejoindre les BRICS, tandis que la Thaïlande, la Malaisie et le Vietnam sont devenus pays partenaires de ce groupe.
Sous le bref mandat du gouvernement de Srettha Thavisin, la volonté de la Thaïlande d’adhérer à ces deux organisations aux orientations divergentes avait laissé perplexes de nombreux amis et alliés.
Sous la direction d’Anutin et compte tenu de son calendrier ambitieux pour l’OCDE, tout approfondissement des liens avec les BRICS devrait désormais se faire avec davantage de prudence.
Voir : BRICS+ : la Thaïlande renforce ses liens avec la Chine et la Russie
Trois priorités pour réussir l’adhésion
À en juger par les commentaires des responsables thaïlandais et de l’OCDE, la Thaïlande a jusqu’à présent réalisé des progrès encourageants dans son processus d’adhésion.
L’adhésion à l’OCDE exigera toutefois de profondes réformes nationales, que la Thaïlande a traditionnellement du mal à mettre en œuvre.
Lors de discussions avec des responsables thaïlandais impliqués dans ce processus, trois grandes priorités se sont dégagées.
La première priorité consiste à renforcer la gouvernance, la transparence et la confiance du public.
La Thaïlande devra également adhérer à la Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption, qui impose des cadres juridiques et institutionnels solides pour prévenir la corruption dans les transactions commerciales internationales.
La deuxième priorité est d’aligner les lois et les pratiques nationales sur les normes de l’OCDE, notamment en matière d’investissement, de libéralisation financière, de relations de travail et de politique de la concurrence.
Ces réformes structurelles remettront inévitablement en cause de puissants monopoles et des intérêts établis.
Certaines pourraient également accroître les coûts pour les entreprises et la main-d’œuvre dans certains secteurs.
Enfin, le gouvernement Anutin devra adopter une approche coordonnée à l’échelle de l’ensemble de l’administration tout en construisant un large consensus national.
Compte tenu de la fragmentation de l’appareil d’État et du caractère parfois obsolète des lois et réglementations, le respect des exigences de l’OCDE prendra du temps.
Ces réformes étant globales et de grande envergure, elles pourraient également s’avérer politiquement sensibles.
Un effort national coordonné sera donc essentiel pour que la Thaïlande puisse respecter l’échéance de 2028.
Pour un gouvernement démocratiquement élu, un consensus national large et durable est crucial.
L’expérience passée a montré que les accords internationaux impliquant des réformes économiques et institutionnelles peuvent se heurter à une forte résistance de la part des législateurs, du secteur privé, des travailleurs, de la société civile, du monde universitaire et du public.
Vers une transformation économique plus large

Illustration générée par IA.
Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkaew, a également exposé les défis que pose l’OCDE pour la Thaïlande.
S’exprimant au siège de l’OCDE à Paris le mois dernier, il a déclaré que la transformation économique du pays nécessiterait de nouvelles priorités axées sur l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les centres de données, les véhicules électriques et la fabrication verte.
Le gouvernement vise également à faire passer la Thaïlande du statut d’utilisateur de technologies à celui de développeur et d’innovateur technologique.
Une telle transition nécessitera des investissements accrus dans les ressources humaines, en particulier dans le développement des compétences et l’apprentissage tout au long de la vie.
Elle passera aussi par une intégration plus poussée dans les chaînes d’approvisionnement régionales et les réseaux technologiques et énergétiques.
Un objectif à la mesure de l’ambition thaïlandaise
Tout bien considéré, l’ambition de la Thaïlande d’adhérer à l’OCDE et de devenir un pays à revenu élevé d’ici 2037 exigera un haut niveau de compétitivité économique, de résilience et de durabilité.
D’autres membres de l’ASEAN ont déjà renforcé leurs structures économiques et leurs cadres de gouvernance afin d’attirer les investissements étrangers.
Reste à savoir si la Thaïlande parviendra à mener ces réformes à temps pour satisfaire aux exigences de l’OCDE.
Voir aussi :
- Thaïlande-UE : les négociations sur l’accord de libre-échange accélèrent
- La Thaïlande classée 7e meilleur pays d’Asie pour créer une entreprise
- La Thaïlande veut réduire le nombre de fonctionnaires et miser sur l’IA
Source : Bangkok Post
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