Une grand-mère circule avec son tricycle électrique sur les routes très fréquentées de Bangkok, provoquant des inquiétudes.
Surnommée « Yai Daeng » (grand-mère Daeng), elle vit seule et tient à conserver son autonomie, quitte à s’aventurer sur des routes où son engin n’est pas autorisé à circuler.
Sur la route en tricycle électrique en pleine heure de pointe

Montage montrant « Yai Daeng », surnommée « Speedy Granny », lors de ses déplacements en tricycle électrique dans les rues de Bangkok. Illustration : Thairath
Déjà connue pour ses déplacements en tricycle électrique, la vieille dame, surnommée « Speedy Granny » (mamie bolide) par certains médias, a été aperçue le 14 septembre 2026 à Bang Khae, dans l’ouest de Bangkok.
Vers 16 h 50, alors que la circulation était relativement dense, elle conduisait son petit tricycle électrique au milieu des autres véhicules.
Des photos ont été publiées par une page Facebook locale.
La scène n’est pas inhabituelle pour les habitants du secteur.
La conductrice est régulièrement aperçue sur les routes et certains riverains demandent désormais aux autorités d’intervenir avant qu’un nouvel accident ne se produise.
Mais derrière cette histoire devenue virale se cache une situation plus complexe.
Une grand-mère qui vit seule et veut rester autonome

« Yai Daeng » est devenue une star sur les réseaux sociaux. Des internautes appellent notamment à la prudence, tandis que d’autres réclament la saisie de son véhicule. Illustration : Thairath
Quelques jours auparavant, une équipe du journal Thairath s’était rendue sur place pour retrouver cette conductrice devenue célèbre sur les réseaux sociaux.
La femme, surnommée « Yai Daeng », est âgée de 85 ans et vit seule dans le lotissement résidentiel de Setthakit, à Bang Khae.
Ancienne employée de la Régie des chemins de fer thaïlandais, elle est aujourd’hui à la retraite et éprouve des difficultés à se déplacer.
Elle utilise également un fauteuil roulant.
Une femme du voisinage, qui l’aide régulièrement sans appartenir à sa famille, a expliqué que la vieille dame tient particulièrement à pouvoir se déplacer par ses propres moyens.
Son véhicule lui permet notamment de faire ses courses et de se rendre au marché.
Elle se déplaçait autrefois jusqu’à Khlong Khwang pour acheter de la nourriture végétarienne.
Il y a plusieurs années, elle avait acheté son premier tricycle électrique pour environ 40 000 bahts (environ 1 043 euros).
Elle en a depuis acquis un second.
Ce moyen de transport répond aussi à un problème très concret : selon la femme qui s’occupe d’elle, certains taxis refusaient de la prendre lorsqu’ils la voyaient avec son fauteuil roulant.
Il y a encore deux ou trois ans, elle pouvait sortir vers 23 heures ou minuit pour acheter de la nourriture dans des supérettes.
Elle se déplace moins fréquemment aujourd’hui, notamment parce qu’une femme du voisinage lui apporte quotidiennement de quoi manger.
Elle avait déjà été blessée dans un accident

« Yai Daeng » circule avec son tricycle électrique au bord d’une route de Bangkok, malgré la proximité des véhicules et l’étroitesse de la chaussée.
Les inquiétudes des habitants ne sont pas seulement liées à son âge.
La grand-mère a déjà été aperçue adoptant des comportements dangereux, notamment en roulant à contresens et en heurtant un cône de signalisation de la police.
Le 5 septembre, des habitants l’ont par ailleurs vue conduire sous une forte pluie, alors qu’une roue de son véhicule semblait déformée.
Plus préoccupant : elle avait déjà été victime d’un accident au début de l’année 2026.
Alors qu’elle franchissait un pont, son engin a été percuté par une voiture arrivant derrière elle.
Le véhicule s’est renversé.
La grand-mère est tombée sur la chaussée mais a échappé de peu à une chute dans le canal.
Elle a notamment souffert d’une fracture à une côte et a dû observer plusieurs mois de convalescence.
L’automobiliste impliqué aurait pris en charge une partie des dommages.
Sa carrière à la Régie des chemins de fer lui a par ailleurs permis de bénéficier d’une couverture pour ses soins médicaux.
Une fois remise, elle a recommencé à prendre le guidon pour ses déplacements.
Les services sociaux sont déjà venus à son domicile

La femme du voisinage qui s’occupe régulièrement de “Yai Daeng”. Photo : Thairath
La situation de cette femme âgée vivant seule a déjà attiré l’attention des autorités.
Des représentants du ministère thaïlandais du Développement social se sont rendus à son domicile pour évaluer sa situation.
Selon la femme qui s’occupe d’elle, « Yai Daeng » leur aurait cependant expliqué qu’elle était capable de se débrouiller seule.
Aucun suivi concret n’aurait ensuite été mis en place.
Son cas illustre ainsi la difficulté d’intervenir auprès d’une personne âgée qui souhaite préserver son indépendance malgré les risques liés à ses déplacements.
Ces petits véhicules ne sont pas adaptés aux grands axes

Une femme âgée au guidon d’un tricycle électrique, un type de véhicule utilisé notamment par les personnes souhaitant conserver leur autonomie dans leurs déplacements.
Le cas de « Yai Daeng » a également relancé en Thaïlande le débat sur l’utilisation des petits tricycles électriques par les personnes âgées.
Ces engins sont devenus populaires parce qu’ils permettent aux personnes ayant des difficultés à marcher de conserver une certaine mobilité.
Mais les modèles concernés ne disposent pas des caractéristiques nécessaires pour être immatriculés afin de circuler sur la voie publique.
Selon Prommin Kanthiya, directeur du Bureau du réseau pour la réduction des accidents, interrogé par Thairath, leur puissance et leur vitesse sont généralement trop faibles pour répondre aux critères d’immatriculation.
Ils sont davantage adaptés à de petits déplacements dans des espaces privés, des communautés résidentielles ou sur certaines voies secondaires qu’à la circulation sur de grands axes.
Leur faible vitesse et leur structure offrent également peu de protection en cas de collision avec une voiture.
D’après les dispositions légales citées par les médias thaïlandais, l’utilisation sur la voie publique d’un véhicule qui ne peut pas être immatriculé peut exposer son conducteur à une amende pouvant atteindre 10 000 bahts.
Une entrave à la circulation peut également être sanctionnée d’une amende de 400 à 1 000 bahts, tandis que la circulation sur un trottoir peut entraîner une amende allant jusqu’à 5 000 bahts.
Un problème qui dépasse le cas de cette grand-mère

« Yai Daeng » circule de nuit en tricycle électrique sur une route de Bangkok, face à une voiture arrivant dans l’autre sens.
L’affaire met en lumière une question plus large dans une Thaïlande confrontée au vieillissement de sa population.
Ces petits véhicules électriques peuvent apporter une réelle liberté de déplacement aux personnes âgées, particulièrement lorsqu’elles vivent seules ou disposent de peu de solutions de transport.
Mais leur présence sur les grands axes expose leurs conducteurs à des risques importants.
Le Bureau du réseau pour la réduction des accidents estime que les réponses doivent associer les familles, les communautés et les pouvoirs publics.
Pour les personnes âgées vivant seules, des services de transport ou une assistance pour les courses et les déplacements médicaux pourraient notamment limiter la nécessité d’utiliser ces engins sur des routes dangereuses.
Malgré son précédent accident et les inquiétudes des habitants, « Yai Daeng » continue de prendre la route à 85 ans pour préserver sa liberté de déplacement.
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Sources : Khaosod English, Thairath, Thairath, Thairath
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