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Cambodge : l’industrie des arnaques pèserait jusqu’à 60 % du PIB

3 commentaires 8 minutes à lire
Drapeau cambodgien et centre d'appel

L’industrie des centres d’arnaque au Cambodge aurait atteint une ampleur économique considérable, selon des responsables du Congrès américain.

Ses revenus pourraient représenter jusqu’à 60 % du PIB officiel du pays, tandis que des parlementaires américains réclament l’examen de nouvelles sanctions contre les personnes et structures soupçonnées de soutenir ces réseaux.

Une industrie criminelle qui brasse des milliards de dollars

Journalistes visitant un centre d’arnaque à Phnom Penh au Cambodge

Des journalistes visitent un centre d’arnaque à Phnom Penh, au Cambodge, le 11 mars 2026. Photo : Heng Sinith/AP

Deux présidents de commissions de la Chambre des représentants américaine ont demandé à l’administration de Donald Trump d’intensifier son action contre les vastes réseaux de cyberescroquerie implantés en Asie du Sud-Est.

Dans une lettre datée du 15 septembre 2026, Brian Mast, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, et John Moolenaar, président de la commission spéciale sur la Chine, soulignent notamment l’ampleur prise par cette industrie au Cambodge.

Ils citent une estimation selon laquelle les revenus annuels générés par les centres d’arnaque cambodgiens pourraient atteindre entre 12,5 et 19 milliards de dollars.

Le chiffre le plus élevé représenterait environ 60 % du PIB officiel du Cambodge pris comme référence dans l’étude.

Cette proportion doit toutefois être interprétée avec prudence : il s’agit d’une estimation des revenus générés par les escroqueries comparée au PIB, et non d’une mesure officielle de la contribution de cette activité à l’économie cambodgienne.

Les parlementaires américains évoquent également des estimations faisant état d’environ 400 000 victimes de traite originaires de plus de 70 pays dans les centres d’arnaque d’Asie du Sud-Est.

Des centres d’arnaque liés à la traite des êtres humains

Un Thaïlandais a sauté de la fenêtre d'une tour abritant un centre d'appel au Cambodge.

Photo tirée d’une vidéo où l’on voit un homme se jeter d’une tour abritant un centre d’appel au Cambodge. Le suicide est parfois le dernier recours pour les prisonniers de ces centres qui veulent échapper aux tortures.

Derrière ces milliards de dollars se cache une industrie qui ne repose pas uniquement sur des escrocs volontaires.

De nombreux travailleurs sont recrutés à l’étranger avec de fausses offres d’emploi avant d’être conduits dans des complexes sécurisés où ils sont contraints de participer à des escroqueries en ligne.

Les réseaux utilisent notamment de faux investissements dans les cryptomonnaies, des arnaques sentimentales et la technique dite du « pig butchering », qui consiste à gagner progressivement la confiance d’une victime avant de lui soutirer d’importantes sommes d’argent.

Les rapports cités par les parlementaires américains font état de travail forcé, détentions illégales, violences et actes de torture dans certains complexes.

Voir : Cambodge : échappés des centres d’escroquerie, des survivants décrivent l’enfer

Plusieurs victimes ont été torturées à mort parce qu’elles ne remplissaient pas les quotas ou refusaient d’arnaquer leurs concitoyens, voir :

Les autorités américaines considèrent désormais ces centres non seulement comme un problème de cybercriminalité, mais aussi comme une menace liée à la traite des êtres humains, au blanchiment d’argent et à la criminalité transnationale.

Des responsables cambodgiens soupçonnés de protéger les réseaux

Chen Zhi, fondateur du Prince Group, aux côtés de l’ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen

Chen Zhi, le fondateur du Prince Group, accusé d’avoir dirigé un vaste réseau de centres d’arnaque au Cambodge aux côtés de l’ancien Premier ministre Hun Sen. Photo : réseaux sociaux de Hun Sen

La lettre américaine va plus loin en mettant en cause les structures qui permettraient à cette industrie de prospérer.

Brian Mast et John Moolenaar citent des rapports accusant la corruption, la protection de certains responsables et les liens avec des membres des élites politiques d’avoir favorisé le développement des centres d’arnaque au Cambodge.

Parmi les personnes dont ils demandent l’examen figurent plusieurs personnalités cambodgiennes de premier plan.

La liste comprend notamment Neth Savoeun, vice-Premier ministre et ancien chef de la police nationale, Sar Sokha, ministre de l’Intérieur, Dy Vichea, haut responsable de la police et gendre de Hun Sen, ainsi que Hun To, neveu de l’ancien Premier ministre.

Voir aussi : Centres d’appel au Cambodge : l’étau se resserre sur la famille de Hun Sen

Leur présence dans cette liste ne signifie pas qu’ils ont été reconnus coupables d’une infraction.

Les parlementaires demandent aux autorités américaines d’examiner les informations disponibles afin de déterminer si les critères permettant d’imposer des sanctions sont remplis.

Washington doute de l’efficacité de la répression au Cambodge

Des clôtures barbelées sont visibles à l'extérieur d'un complexe du Great Wall Park, ancien centre d'appels frauduleux dans la ville de Sihanoukville, au Cambodge

Des clôtures barbelées sont visibles à l’extérieur d’un complexe du Great Wall Park, ancien centre d’appels frauduleux dans la ville de Sihanoukville, au Cambodge. Photo : Reuters

Officiellement, le gouvernement cambodgien dit avoir multiplié les opérations contre les centres d’escroquerie sous la pression internationale.

Voir : Coup dur pour les cybercriminels au Cambodge et en Birmanie

Mais les parlementaires américains estiment que ces actions n’ont pas nécessairement démantelé les réseaux financiers et politiques qui permettent à cette industrie de fonctionner.

Selon les informations citées dans leur lettre, certains centres ont simplement déménagé tandis que de nouveaux complexes ont continué à apparaître.

Cette situation alimente depuis plusieurs mois les interrogations sur la volonté et la capacité des autorités cambodgiennes à éradiquer réellement cette industrie.

Voir : Le Cambodge lutte-t-il vraiment contre l’industrie des centres d’arnaque ?

Le poids pris par ces réseaux avait également conduit le Wall Street Journal à employer le surnom particulièrement humiliant de « Scambodia » pour évoquer le royaume.

Voir : « Scambodia » : comment le Wall Street Journal humilie le Cambodge

Les États-Unis ont déjà frappé plusieurs réseaux cambodgiens

Chen Zhi menotté et escorté par des policiers chinois après son extradition du Cambodge

Chen Zhi, fondateur du Prince Group et accusé d’avoir dirigé un vaste réseau de cyberescroqueries, escorté par la police à son arrivée en Chine après son extradition du Cambodge. Photo : Handout

La nouvelle initiative du Congrès intervient après une série de mesures américaines contre des organisations implantées au Cambodge.

Les États-Unis ont notamment imposé des sanctions contre le Prince Group et son fondateur Chen Zhi, accusé d’avoir dirigé un vaste réseau criminel reposant sur des centres d’arnaque et le travail forcé.

Longtemps proche des plus hautes sphères du pouvoir cambodgien, Chen Zhi a notamment été conseiller de Hun Sen avec un rang équivalent à celui de ministre.

Sa chute s’est accélérée fin 2025 : après la révocation de sa nationalité cambodgienne, il a été arrêté au Cambodge puis extradé vers la Chine le 7 janvier 2026 à la demande des autorités chinoises.

Voir : Le Cambodge sacrifie un proche du pouvoir accusé de cyberescroqueries

Les autorités chinoises poursuivent depuis leurs procédures contre lui.

En 2026, le Trésor américain a poursuivi son offensive contre les structures financières et commerciales associées à ces réseaux.

Le sénateur cambodgien Kok An et plusieurs personnes et entreprises de son réseau ont également été sanctionnés par Washington pour leur implication présumée dans des centres d’arnaque ciblant notamment des victimes américaines.

La Thaïlande a de son côté procédé à plusieurs saisies d’actifs soupçonnés d’être liés à des réseaux opérant depuis le Cambodge.

Voir : Thaïlande : nouvelles saisies liées à un réseau d’escrocs au Cambodge

Un ancien vice-ministre thaïlandais apparaît également dans la liste

L’affaire concerne directement la Thaïlande puisque Vorapak Tanyawong, ancien vice-ministre thaïlandais des Finances, fait partie des 28 personnes et entités dont les parlementaires américains demandent l’examen.

Korn Chatikavanij, vice-président du Parti démocrate et ancien ministre des Finances, a profité de cette révélation pour critiquer les autorités thaïlandaises.

Il leur reproche notamment leur manque de réaction face aux réseaux transnationaux d’escroquerie et estime que les autorités étrangères ont fini par agir faute de mesures suffisantes dans la région.

Vorapak Tanyawong a fermement rejeté les soupçons le concernant.

Dans une déclaration publiée le 17 septembre, il a affirmé n’avoir jamais participé, soutenu ou eu connaissance d’activités liées aux centres d’arnaque, au blanchiment d’argent, à la traite des êtres humains ou à la cybercriminalité.

Il a également rappelé que la lettre des parlementaires américains constitue une demande d’examen et non une décision de justice ou une sanction.

L’ancien responsable thaïlandais affirme avoir contacté l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain afin de savoir comment transmettre des documents et éléments permettant de défendre sa position.

Voir aussi : Kidnappings de touristes en Thaïlande : l’immigration accusée, elle dément

28 personnes et entreprises dans le viseur des parlementaires américains

Au total, la lettre demande aux autorités américaines d’examiner 26 personnes et deux entreprises soupçonnées d’avoir des liens avec les réseaux d’escroquerie d’Asie du Sud-Est.

Les deux parlementaires souhaitent notamment déterminer si certaines d’entre elles peuvent faire l’objet de sanctions dans le cadre du Global Magnitsky Human Rights Accountability Act et d’autres dispositifs américains visant la criminalité transnationale et la cybercriminalité.

Les administrations concernées sont invitées à examiner les dossiers et à déterminer, dans un délai de 180 jours, si les critères juridiques nécessaires sont remplis.

La lettre du 15 septembre n’impose donc elle-même aucune sanction.

Elle illustre néanmoins la pression internationale croissante sur une industrie criminelle devenue l’un des principaux problèmes de sécurité en Asie du Sud-Est.

Voir aussi :


Sources : Khaosod English, U.S. House Foreign Affairs Committee, The Nation Thailand et The Nation Thailand.

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3 commentaires

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DAVE 17 septembre, 2026 - 14 h 28 min

Ces centres bénéficient forcément de la complicité des autorités corrompues, et aux plus hauts niveaux, car franchement ils ne doivent pas être difficiles à repérer au vu de leur taille, consommations d’électricité et de bande passante, etc.

Réponse
Toutelathailande logo 114x114
Rédaction Thaïlande 17 septembre, 2026 - 17 h 45 min

Effectivement Dave,

Et il y a eu aussi plusieurs suicides de personnes prisonnières qui se sont jetées du haut de ces centres d’appels.

À chaque fois la police a dû être appelée mais n’a pas, a priori, enquêté pour savoir d’où ils s’étaient jetés et pourquoi…

Réponse
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HANSSON 18 septembre, 2026 - 1 h 46 min

Le problème ne sera jamais réglé…

Enlevez 60 % du PIB du Cambodge et le pays est en faillite !!!

Les États-Unis ou n’importe quelle autre instance internationale que ce soit peuvent tonitruer, enquêter, protester autant qu’ils veulent, ça ne changera rien fondamentalement.

Le Cambodge est dirigé par une dictature familiale, tout comme (sans être comparable politiquement-quoique-!) la Corée du Nord. La corruption a été élevée au rang d’institution nationale et internationale faisant intervenir différents conglomérats d’entreprises, dont des casinos, pour blanchir les milliards de dollars que rapportent ces centres d’appels frauduleux et qui emploient une main d’œuvre réduite à l’état d’esclaves modernes.

Si un État ou une instance internationale en capacité de réduire ces centres d’appels et cette organisation étatique mafieuse avait vraiment l’intention d’agir, elle devrait carrément faire un coup d’État pour renverser cette dictature, instaurer une démocratie et libérer les esclaves de ces centres d’appels…

Donc, rien ne changera !!!

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