La Thaïlande pourrait conserver son taux directeur à seulement 1 % pendant toute l’année 2027, après une série de six baisses successives.
Ce taux, parmi les plus bas au monde, vise à soutenir une économie marquée par une reprise très inégale entre grandes entreprises, PME et ménages.
Le taux directeur thaïlandais pourrait rester à 1 % en 2027

Des responsables de la Banque de Thaïlande présentent la politique monétaire du pays lors d’une conférence de presse. Photo : Bank of Thailand
La Banque de Thaïlande (BoT) pourrait conserver des taux d’intérêt particulièrement bas pendant encore plus d’un an.
Le Comité de politique monétaire (MPC) a maintenu le 26 août son taux directeur à 1 %, à l’unanimité.
Il s’agit de la troisième réunion consécutive sans changement depuis la dernière baisse décidée en février.
Ce taux de 1 % est l’aboutissement d’un important cycle d’assouplissement monétaire.
Entre octobre 2024 et février 2026, la Banque de Thaïlande a abaissé son taux directeur à six reprises, pour un total de 150 points de base.
Don Nakornthab, gouverneur adjoint de la BoT chargé de la politique monétaire, a déclaré à Reuters que le taux actuel figurait « parmi les plus bas au monde ».
Il qualifie la politique monétaire thaïlandaise de « très, très accommodante », tout en estimant qu’elle reste nécessaire pour remettre l’économie sur la bonne voie.
SCB EIC, le centre de recherche économique de la Siam Commercial Bank, estime que le taux pourrait rester à 1 % pendant le reste de 2026 et durant toute l’année 2027.
La croissance thaïlandaise a nettement ralenti au deuxième trimestre

Économie en Thaïlande. Illustration : The Nation Thailand
Le maintien de taux très bas s’explique notamment par la fragilité persistante de l’économie.
Le PIB thaïlandais a progressé de 1,9 % sur un an au deuxième trimestre 2026, contre 2,8 % au trimestre précédent.
La Banque de Thaïlande maintient pour l’instant ses prévisions établies en juin, avec une croissance de 2,3 % en 2026 et de 1,8 % en 2027.
Selon Don Nakornthab, la croissance devrait néanmoins dépasser 3 % au troisième trimestre avant de revenir autour de 2 % au dernier trimestre de l’année.
SCB EIC prévoit de son côté une croissance de 2,2 % en 2026 et de 2,1 % en 2027.
Les nouvelles prévisions de la Banque de Thaïlande seront publiées lors de la prochaine réunion de politique monétaire, prévue le 28 octobre.
Une reprise « en K » portée par l’IA et les grandes entreprises

Illustration de l’intelligence artificielle.
Derrière les chiffres de croissance se cache une économie de plus en plus contrastée.
SCB EIC parle d’une reprise « en K » : certaines activités progressent rapidement tandis que d’autres restent à la traîne.
La branche ascendante est notamment constituée des grandes entreprises liées aux investissements, aux marchés internationaux et aux nouvelles technologies.
Les exportations électroniques bénéficient du cycle mondial d’investissement dans l’intelligence artificielle, tandis que les investissements directs étrangers soutiennent les infrastructures numériques et technologiques.
Mais ces activités utilisent beaucoup de biens d’équipement, de matières premières et de composants importés.
Leurs retombées sur l’emploi, les revenus et les entreprises locales restent donc limitées.
De l’autre côté, les PME, les entreprises dépendantes de la demande intérieure, les travailleurs informels et les ménages à faibles revenus connaissent une reprise beaucoup plus lente.
Le crédit illustre également cette divergence : les PME restent confrontées à des conditions de financement difficiles alors que les prêts aux grandes entreprises progressent.
400 milliards de bahts pour soutenir l’économie
Le gouvernement tente parallèlement d’atténuer ces déséquilibres par des mesures budgétaires.
Selon SCB EIC, les premiers 200 milliards de bahts d’un décret d’urgence portant sur un total de 400 milliards doivent soutenir l’activité et contribuer à réduire les pressions liées au coût de la vie durant le reste de 2026.
La seconde enveloppe de 200 milliards de bahts doit notamment financer des projets liés à la transition énergétique et apporter davantage de soutien à l’économie en 2027.
Ces mesures interviennent alors que la consommation privée devrait ralentir au second semestre, sous l’effet d’une progression limitée des revenus du travail, du niveau élevé de l’endettement des ménages et des difficultés d’accès au crédit.
L’inflation et les exportations évoluent mieux que prévu

Conteneurs dans un port de Thaïlande.
Certains indicateurs sont néanmoins plus favorables qu’attendu.
Don Nakornthab estime que l’inflation globale pourrait se situer autour de 2 % cette année, contre une prévision de 2,8 % établie par la banque centrale en juin.
Les exportations pourraient de leur côté enregistrer une croissance supérieure aux 14 % envisagés en juin.
Cette vigueur des exportations ne suffit toutefois pas encore à entraîner l’ensemble de l’économie, ce qui explique en partie le maintien d’une politique monétaire très accommodante.
Voir : La Thaïlande exporte beaucoup plus, mais son déficit commercial explose
Pourquoi une nouvelle baisse des taux n’est pas privilégiée

Passants dans une rue commerçante de Thaïlande.
Le maintien du taux à 1 % ne signifie pas que la Banque de Thaïlande se prépare nécessairement à l’abaisser davantage.
SCB EIC estime qu’une nouvelle baisse aurait une efficacité limitée pour les ménages et les PME qui rencontrent des difficultés d’accès au crédit.
Le problème tient notamment au risque de crédit, que des taux directeurs encore plus bas ne suffiraient pas à résoudre.
Des mesures financières ciblées, notamment pour restructurer les dettes et améliorer l’accès des PME au financement, pourraient être plus efficaces.
La Banque de Thaïlande ne ferme cependant aucune porte.
Don Nakornthab considère le niveau actuel comme approprié « pour l’instant », mais souligne qu’une baisse comme une hausse restent possibles selon l’évolution de l’économie.
Une nouvelle réduction pourrait notamment se justifier en cas de crise, mais le responsable de la banque centrale précise qu’aucune crise de ce type n’est actuellement en vue.
La Fed relève ses taux pour la première fois depuis plus de trois ans

Siège de la Réserve fédérale américaine (Fed) à Washington. Photo : Wysiati
La situation contraste avec celle des États-Unis.
Le 16 septembre, la Réserve fédérale américaine a relevé son principal taux directeur de 25 points de base, pour le porter dans une fourchette de 3,75 % à 4 %.
Il s’agit de la première hausse des taux américains depuis plus de trois ans.
La Banque de Thaïlande ne considère toutefois pas qu’elle doive suivre automatiquement ce mouvement.
Selon Don Nakornthab, cette hausse était largement anticipée par les marchés et son impact immédiat sur la Thaïlande reste limité.
Les deux pays se trouvent surtout dans des situations économiques différentes :
La Thaïlande cherche encore à soutenir une croissance inférieure à son potentiel tout en composant avec un endettement élevé des ménages et des difficultés persistantes pour de nombreuses PME.
Des taux bas qui pèsent aussi sur le baht

Billets de 1 000 bahts sur des billets de 1 dollar américain.
Le maintien de taux très bas en Thaïlande, alors que les rendements restent plus élevés dans d’autres grandes économies, peut influencer les mouvements de capitaux et la valeur du baht.
La monnaie thaïlandaise a perdu environ 5,7 % face au dollar depuis le début de l’année.
Ce vendredi 18 septembre, 1 euro vaut 38,22 bahts et 1 dollar US vaut 33,27 bahts.
Voir : Cours du baht thaïlandais (THB) : le taux de change du jour face à l’euro
La Banque de Thaïlande ne considère toutefois pas nécessairement cette dépréciation comme défavorable.
Un baht plus faible peut soutenir les exportations et l’économie, à condition que son évolution reste ordonnée et ne devienne ni excessive ni trop volatile.
SCB EIC estime par ailleurs que la Banque de Thaïlande dispose de réserves internationales suffisamment importantes pour intervenir face à une volatilité excessive du marché des changes.
Plusieurs risques pèsent sur 2027

Conteneurs, graphiques économiques et flèche en baisse illustrant les difficultés de l’économie thaïlandaise. Illustration : The Nation Thailand
Le scénario d’un taux maintenu à 1 % pendant toute l’année 2027 reste une prévision de SCB EIC et non un engagement de la Banque de Thaïlande.
Plusieurs risques pourraient modifier les perspectives économiques.
SCB EIC cite notamment la possibilité de nouvelles mesures douanières américaines, en particulier contre les surcapacités de production et le transbordement de marchandises.
Un éventuel épisode de Super El Niño pourrait également réduire la production agricole, affecter les revenus des agriculteurs et le pouvoir d’achat dans les provinces tout en faisant augmenter les prix alimentaires.
S’ajoutent les tensions géopolitiques et le risque de nouvelles fluctuations des prix mondiaux de l’énergie.
Les difficultés persistantes des ménages et des PME constituent un quatrième risque susceptible de peser sur la consommation et la demande intérieure.
Voir : Trois tempêtes économiques frappent de plein fouet la Thaïlande
La prochaine décision de politique monétaire de la Banque de Thaïlande est attendue le 28 octobre.
À plus long terme, Don Nakornthab estime qu’il pourrait falloir quatre à cinq ans à l’économie thaïlandaise pour retrouver son potentiel de croissance, évalué autour de 2,7 %.
Voir aussi :
- La Thaïlande mise sur l’économie de suffisance contre les inégalités
- En Thaïlande, les PME étranglées par un « tsunami » de dettes
- La Thaïlande prise en étau entre la Chine, le Japon et les États-Unis
- Thaïlande : les investissements étrangers bondissent de 37 %
Sources : Reuters, Bank of Thailand, SCB EIC — taux directeur, SCB EIC — perspectives Q3 2026, Federal Reserve
Liens utiles pour préparer votre voyage en Thaïlande
Souscrire une assurance voyage
Réserver bus, train et bateau en Thaïlande
Gérer son argent en voyage avec Wise
Voyage sur mesure avec Evaneos
Vous pouvez nous suivre sur :
Twitter, LinkedIn, Facebook, Google News