Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a employé des mots durs en appelant les autorités à sévir contre les étrangers qui enfreignent les lois du pays.
« Si vous devez mourir, allez mourir dans votre pays », a-t-il notamment lancé, tout en précisant que son avertissement ne visait pas les étrangers respectueux des lois.
Anutin appelle à sévir contre les étrangers en infraction

Des responsables de la police et de l’administration thaïlandaises lors de la septième phase de l’opération contre les sociétés utilisant des prête-noms à Koh Samui. Photo : Thai PBS World
Le Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a demandé le jeudi 17 septembre 2026 aux gouverneurs des provinces d’utiliser pleinement leurs pouvoirs contre les étrangers impliqués dans des activités illégales ou ayant des comportements jugés inacceptables.
Il a notamment cité ceux qui menacent ou intimident des Thaïlandais, exploitent des entreprises illégalement, travaillent sans autorisation ou utilisent des prête-noms pour contourner la législation.
Les provinces de Phuket et Surat Thani (Koh Samui, Koh Phangan) ont été particulièrement mentionnées, aux côtés d’autres provinces confrontées à des problèmes similaires.
Anutin a salué le travail du ministre adjoint de l’Intérieur Polapee Suwunchwee, qu’il a présenté comme l’un des moteurs de l’application de ces mesures.
Pour le chef du gouvernement, les autorités locales ne doivent plus se contenter de traiter les affaires une par une, mais utiliser les lois existantes pour reprendre le contrôle de la situation.
Il a toutefois distingué les contrevenants des étrangers qui travaillent honnêtement, investissent ou voyagent dans le royaume en respectant ses lois, ses coutumes et sa culture.
Le tourisme et les investissements étrangers restent importants pour l’économie, a-t-il souligné, mais ne doivent pas servir à justifier des activités illégales.
« Si vous devez mourir, allez mourir dans votre pays »

Le cimetière juif de Bang Khla, dans la province de Chachoengsao, dont la licence a expiré en 2023. Photo : The Nation Thailand
C’est en évoquant les lieux de culte et les demandes de création de cimetières privés qu’Anutin a prononcé la phrase la plus remarquée de son intervention.
Le Premier ministre a estimé que l’installation de tels lieux devait respecter la législation, mais également la société et la culture thaïlandaises.
Il a déclaré avoir récemment appris qu’une demande avait été déposée pour établir un cimetière privé.
« Si vous devez mourir, allez mourir dans votre pays. Vous n’avez pas besoin de mourir ici », a-t-il déclaré, avant de demander aux étrangers de ne pas profiter de l’hospitalité du royaume.
Ces propos interviennent dans un contexte de controverses récentes autour de lieux religieux et d’un cimetière privé liés à la communauté israélienne en Thaïlande.
Les autorités ont notamment enquêté sur un cimetière de la province de Chachoengsao dont l’autorisation avait expiré en 2023.
Voir : Vague anti-israélienne en Thaïlande : les enquêtes se multiplient
Anutin a cependant insisté sur le fait que les problèmes évoqués ne concernaient pas une seule nationalité.
Il a cité des ressortissants originaires de différentes régions d’Asie, du Moyen-Orient, d’Asie centrale, d’Europe et d’Afrique.
Selon lui, Thaïlandais et étrangers doivent pouvoir vivre ensemble sans discrimination fondée sur la race ou la religion.
Des expulsions plus rapides, même en cas de recours

Un motocycliste présenté comme Kevin Dimino circule sur une route de Koh Samui. Le ressortissant français est visé par un ordre d’expulsion de Thaïlande. Photo : fournie
Une grande partie de l’intervention d’Anutin a porté sur les expulsions.
Le Premier ministre a demandé aux responsables provinciaux de ne pas hésiter à engager ces procédures lorsque les conditions légales sont réunies.
Il a notamment rejeté l’argument du coût du billet d’avion.
Si les fonds nécessaires ne sont pas immédiatement disponibles, la province peut avancer les frais avant d’être remboursée, a-t-il expliqué.
Anutin s’est montré tout aussi ferme concernant les recours.
Une décision d’expulsion est signée par le ministre de l’Intérieur.
La personne concernée peut ensuite faire appel auprès du Premier ministre.
« Laissez-les faire appel », a-t-il déclaré en substance aux responsables locaux, les appelant à ne pas considérer cette possibilité comme un obstacle à l’application de la procédure.
Cette voie de recours est prévue par la législation thaïlandaise.
Dans le cas récent de l’Israélien Yaacov Ohayon à Koh Samui, par exemple, un délai de sept jours avait été accordé pour contester l’ordre d’expulsion auprès du Premier ministre.
Voir : Thaïlande : un Israélien, premier visé par les nouvelles règles d’expulsion
Anutin a par ailleurs estimé qu’il pouvait être préférable d’expulser rapidement certains étrangers plutôt que de les maintenir en prison en Thaïlande, où leur détention mobilise des ressources publiques.
Des discussions tenues la veille, le 16 septembre, avaient justement porté sur la question de savoir si certaines personnes devaient d’abord purger leur peine avant d’être expulsées.
Le Premier ministre a demandé aux responsables de rechercher les possibilités juridiques permettant, lorsque la loi l’autorise, de privilégier leur départ du territoire.
Police et gouverneurs appelés à mieux coordonner leurs opérations

Des agents des douanes inspectent les bagages de deux Français et deux Suisses arrêtés avec plus de 30 kg de cannabis à l’aéroport de Phuket le 28 juillet 2026. Photo : Douanes thaïlandaises
Anutin a également demandé une coopération plus étroite entre l’administration provinciale et la police.
Les gouverneurs doivent désormais travailler avec les commandants de la police provinciale, notamment dans les opérations visant les activités illégales et le trafic de drogue.
Cette coordination doit toutefois s’accompagner d’une meilleure protection des renseignements opérationnels.
Le Premier ministre a révélé qu’une fuite d’informations survenue la semaine précédente avait empêché une opération de se dérouler comme prévu.
Il a donc demandé au secrétaire permanent du ministère de l’Intérieur et au directeur général du Département de l’administration provinciale de travailler avec la direction de la police nationale afin d’établir un cadre de coopération plus efficace.
Anutin a également évoqué une pratique dont il affirme avoir entendu parler lors de procédures précédant certaines interventions.
Selon lui, des agents crieraient bruyamment dans les locaux, après quoi l’établissement visé fermerait ses portes.
Sans préciser où de tels faits se seraient produits ni attribuer explicitement une intention aux policiers concernés, il a demandé aux gouverneurs d’être capables de repérer ce type de pratique et de mieux protéger les informations opérationnelles contre les fuites.
Voir : La Thaïlande gangrenée par la corruption : faux pères, prête-noms…
Prête-noms, terrains et entreprises illégales dans le viseur

La police thaïlandaise interroge deux suspects arrêtés lors d’une vaste opération contre les prête-noms menée dans les provinces de Phuket, Phang Nga et Krabi le samedi 20 juin 2026. Photo : Bureau des relations publiques de Phuket
La lutte contre les montages permettant à des étrangers de contourner les restrictions thaïlandaises constitue un autre volet de ces instructions.
Anutin a cité les systèmes de prête-noms, les acquisitions de terrains, les entreprises exploitées illégalement, le travail sans permis et l’utilisation de la Thaïlande comme base pour commettre des infractions.
Voir : Prête-noms en Thaïlande : contrôle de 125 622 entreprises dans l’immobilier
Polapee Suwunchwee a de nouveau été mentionné à ce sujet, le Premier ministre indiquant que son adjoint avait été formé au fonctionnement des réseaux de prête-noms.
Les établissements affichant des panneaux interdisant l’entrée aux Thaïlandais sont également dans le viseur.
Anutin a demandé aux gouverneurs de faire retirer ces panneaux lorsqu’ils en découvrent et de vérifier si leurs responsables ont commis d’autres infractions susceptibles d’entraîner des poursuites ou une expulsion.
De nouvelles règles d’expulsion déjà en vigueur

Un ressortissant indien est escorté par des agents de l’immigration après son arrestation à Nonthaburi pour avoir dépassé de plus de 1 200 jours la durée de séjour autorisée en Thaïlande.
Les instructions données aux gouverneurs s’appuient sur un cadre réglementaire entré en vigueur le 28 août 2026.
Voir : La Thaïlande resserre les règles d’expulsion des étrangers indésirables
Plusieurs expulsions très médiatisées ont depuis été décidées, notamment à Koh Samui.
Voir : Thaïlande : après un Israélien, un Français visé par une expulsion
Anutin a désormais demandé aux autorités provinciales d’utiliser pleinement les moyens dont elles disposent et d’appliquer la législation « équitablement, soigneusement et de manière décisive ».
Voir aussi :
- La Thaïlande durcit le ton contre le travail illégal des étrangers
- Prête-noms en Thaïlande : 112 entreprises menacées à Koh Phangan
- Activités illégales d’étrangers en Thaïlande : la corruption pointée du doigt
- Thaïlande : 13 étrangers arrêtés dans la lutte contre les prête-noms
Sources : Khaosod English, The Nation Thailand
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