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La Thaïlande gangrenée par la corruption : faux pères, prête-noms…

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Manifestation contre la corruption en Thaïlande

Faux pères, cartes roses frauduleuses, prête-noms et tricherie aux concours : les scandales de corruption se multiplient en Thaïlande.

Vanich Kittichai, chroniqueur au Bangkok Post, estime que ces affaires ne sont pas isolées : elles révèlent un problème plus profond, où l’intérêt personnel prend le pas sur l’intérêt collectif.

Des scandales qui révèlent un problème plus profond

Siège de la Commission nationale anticorruption de Thaïlande (NACC)

Une employée municipale balaie devant le siège de la Commission nationale anticorruption (NACC), l’organisme chargé de lutter contre la corruption en Thaïlande.

Faux actes de naissance, cartes roses obtenues frauduleusement, tricherie aux concours de la fonction publique ou encore prête-noms utilisés par des opérateurs économiques étrangers : la liste des affaires s’allonge.

Pour Vanich Kittichai, il ne suffit plus de considérer ces scandales comme des cas isolés ou simplement liés entre eux.

Ils seraient les différentes manifestations d’un même problème : la recherche du gain personnel au détriment de l’intérêt collectif et, à terme, de la stabilité du pays.

La vulnérabilité de certains fonctionnaires, mais aussi de simples citoyens, face à la corruption est depuis longtemps dénoncée en Thaïlande.

Les dernières affaires devraient cependant conduire à s’interroger plus profondément sur ce qui pousse autant de personnes à compromettre les fondements de la stabilité du pays pour leur propre intérêt.

Le chroniqueur estime que la Thaïlande souffre ainsi d’une forme de « myopie », aussi bien au niveau individuel qu’institutionnel.

Certains privilégieraient les bénéfices immédiats sans mesurer les conséquences à long terme pour la société, tandis que les autorités ne parviendraient pas suffisamment à prévenir ces comportements.

Plus de 1 300 enfants étrangers enregistrés à Din Daeng

Policiers devant le poste de police de Din Daeng à Bangkok

La police de Din Daeng, à Bangkok, a annoncé cette semaine les résultats d’une importante opération contre la fraude aux « cartes roses » liée notamment à de faux enregistrements de domicile et de naissance. Photo : Bangkok Post

L’une des affaires récentes les plus importantes concerne le district de Din Daeng, à Bangkok.

Mardi dernier, sept personnes, dont trois fonctionnaires, ont été placées en garde à vue après la découverte de plus de 1 300 enfants étrangers enregistrés comme résidents d’un complexe de logements sociaux du district.

Ces faux enregistrements ont conduit à la délivrance de « cartes roses ».

Ces cartes d’identité à 13 chiffres permettent à leurs détenteurs d’accéder à des services publics thaïlandais, bien qu’ils ne soient pas citoyens thaïlandais.

Selon les informations rapportées, le Département de l’administration provinciale n’aurait commencé à détecter les anomalies qu’en avril.

Le nombre de personnes enregistrées dans les logements concernés était anormalement élevé.

Plus surprenant encore, des centaines de détenteurs de cartes roses étaient officiellement domiciliés à seulement quelques adresses.

Dans certains cas, des dizaines de personnes étaient enregistrées dans un seul logement, à peine assez grand pour accueillir une petite famille.

Des documents signés à l’avance et des identités usurpées

Les investigations ont ensuite révélé d’autres pratiques frauduleuses.

Certains documents auraient notamment été signés avant même leur utilisation, tandis que des signatures auraient été falsifiées afin d’usurper des identités.

Pour le moment, les enquêteurs remontent jusqu’en 2017.

L’enquête pourrait cependant devoir s’étendre à une période encore plus ancienne.

L’ampleur potentielle de l’affaire dépasse également largement Din Daeng.

D’après les dernières informations, la méthode utilisée pour obtenir frauduleusement les cartes roses dans ces logements aurait probablement été employée à l’échelle nationale.

Si cette hypothèse est confirmée, des milliers d’autres cas pourraient être concernés dans le pays.

Un réseau impliquant fonctionnaires, hôpitaux et faux pères

Police thaïlandaise arrêtant un fonctionnaire impliqué dans un trafic de faux actes de naissance à Nakhon Ratchasima

La police arrête un fonctionnaire soupçonné d’être impliqué dans un trafic de faux actes de naissance à Pho Klang, dans la province de Nakhon Ratchasima. Photo : Prasit Tangprasert/Bangkok Post

Le démantèlement de l’opération a permis de mettre au jour un réseau impliquant plusieurs catégories de personnes.

Des fonctionnaires de district, du personnel hospitalier et des hommes thaïlandais auraient participé à un système permettant de vendre de véritables actes de naissance faisant frauduleusement passer des nouveau-nés étrangers pour des ressortissants thaïlandais.

Voir : Thaïlande : le scandale des « faux enfants » créés par des réseaux chinois

Parmi les personnes récemment arrêtées figure un homme de 53 ans identifié uniquement sous le nom de Pradit.

Les enquêteurs ont découvert qu’il était officiellement enregistré comme le père de six enfants nés de trois femmes différentes.

L’affaire des « faux pères » rejoint, selon lui, celle des centaines de Thaïlandais interpellés pour avoir servi de prête-noms.

Ces derniers auraient permis de légitimer des entreprises qui, sans ce montage, n’auraient pas pu exercer leurs activités en Thaïlande.

Des fonctionnaires au cœur de plusieurs systèmes de fraude

Des policiers et enquêteurs inspectent une maison à Nonthaburi où un réseau est soupçonné d'avoir falsifié des copies d'examen pour des concours de la fonction publique

Des policiers et des enquêteurs perquisitionnent une maison de la province de Nonthaburi, où des copies d’examen de candidats à des postes dans la fonction publique locale auraient été falsifiées afin de garantir leur réussite aux concours. Photo : Police thaïlandaise

La quasi-totalité de ces délits implique, selon la tribune, des employés administratifs ou d’autres fonctionnaires.

Certains auraient fermé les yeux sur des documents manifestement incorrects.

D’autres auraient participé activement à la validation de documents falsifiés.

Vanich Kittichai évoque également des milliers de personnes qui auraient obtenu des postes dans la fonction publique grâce à la corruption ou à la tricherie.

Voir : Thaïlande : un réseau truquait les concours de la fonction publique

Pour lui, l’accumulation de ces affaires pose une question fondamentale : combien de systèmes frauduleux devront encore être découverts avant que les autorités reconnaissent que des services publics essentiels sont profondément touchés ?

Le caractère parfois particulièrement flagrant de ces infractions témoignerait également d’un sentiment d’impunité bien ancré.

Une « corrosion » qui ronge le pays de l’intérieur

La fraude liée à la citoyenneté, les fausses déclarations commerciales et la corruption dans la fonction publique ne devraient donc plus être considérées séparément, estime le chroniqueur.

Leurs conséquences finissent par se rejoindre et constituent ce qu’il décrit comme une « corrosion collective » qui ronge le pays de l’intérieur.

Les arrestations et les expulsions ne suffiraient pas à inverser cette tendance.

Une politique davantage axée sur la prévention serait nécessaire.

Vanich Kittichai propose notamment de mettre en place un système de sélection destiné à mieux évaluer l’intégrité des fonctionnaires.

Un travail plus profond devrait également être mené afin de faire prendre conscience des conséquences que des gains personnels à court terme peuvent avoir sur l’ensemble de la société.

Repenser l’éducation morale face à la corruption

Élèves thaïlandais assis à leur bureau dans une salle de classe

Des élèves dans une salle de classe en Thaïlande. Photo : Pramote Polyamate

Cette réflexion devrait également passer par l’éducation.

Selon le chroniqueur, l’éducation morale en Thaïlande accorde traditionnellement beaucoup d’importance au « respect des aînés » et à la « conduite courtoise ».

Elle devrait davantage insister sur le sacrifice personnel et la capacité à résister aux tentations lorsque l’intérêt collectif est en jeu.

L’objectif serait de combattre cette recherche du bénéfice immédiat qu’il considère comme le dénominateur commun des différents scandales.

Il estime que les personnes impliquées ne mesurent pas suffisamment les dommages durables que leurs décisions individuelles peuvent infliger à la société et aux institutions.

Vanich Kittichai va jusqu’à proposer de parler de « trahison »

La tribune avance finalement une proposition beaucoup plus radicale.

Pour obtenir des résultats plus rapides, Vanich Kittichai estime que les crimes évoqués devraient être regroupés dans une même catégorie d’infraction : la « trahison ».

Selon son raisonnement, falsifier des déclarations de logement, de naissance ou d’enregistrement d’entreprise revient à compromettre l’ordre public.

Mentir ou tricher pour accéder à une fonction publique constituerait également une atteinte à la décence publique.

Il s’agit d’une proposition du chroniqueur et non de la qualification juridique actuellement appliquée à ces infractions.

Pour lui, si ces comportements sont alimentés par une incapacité à envisager leurs conséquences à long terme, il faut montrer beaucoup plus clairement ce que pourrait devenir le pays si ces pratiques continuaient à se généraliser.

Faux pères, prête-noms, fraude administrative ou tricherie dans la fonction publique auraient ainsi un même point commun : faire passer un avantage personnel immédiat avant l’intérêt de la collectivité.

Voir aussi :


Source : Bangkok Post

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