Les tensions autour de la présence israélienne s’accentuent en Thaïlande avec de nouvelles manifestations et enquêtes.
À Phuket, une célébration juive a été annulée tandis que les autorités examinent un important réseau d’entreprises lié à Chabad.
Un nouveau sondage montre aussi qu’une large majorité des Thaïlandais interrogés souhaitent une application stricte de la loi aux ressortissants israéliens.
Une célébration juive annulée à Phuket après une manifestation

Des manifestants du mouvement « Save Phuket » rassemblés sous la pluie à Patong, à Phuket, lors de la mobilisation du 11 septembre 2026. Photo : Khaosod
La célébration de Rosh Hashanah, le Nouvel An juif, qui devait se tenir au centre Chabad de Patong, à Phuket, a finalement été annulée pour des raisons de sécurité.
Cette décision est intervenue après une manifestation organisée le 11 septembre 2026 devant le centre, situé dans le district de Kathu.
Plusieurs centaines de personnes ont participé au rassemblement malgré la pluie.
Khaosod English estime leur nombre entre 300 et 500, tandis que The Nation évoque plus de 500 participants.
Des réseaux bouddhistes et musulmans ont rejoint le mouvement « Save Phuket », également appelé Phuket Land Protection Group.
Les manifestants ont marché depuis la plage de Patong jusqu’au centre Chabad en brandissant notamment des pancartes portant l’inscription « SAVE PHUKET NO ISRAEL » et en scandant « Free Palestine ».
Des policiers de Patong et des responsables de l’administration locale ont été déployés pour maintenir l’ordre et gérer la circulation dans ce secteur touristique très fréquenté.
La célébration de Rosh Hashanah devait initialement se dérouler du 11 au 13 septembre et accueillir environ 1 000 participants.

Salle préparée pour les célébrations de Rosh Hashanah à Phuket, finalement annulées pour des raisons de sécurité. Photo : Chabad Phuket
Face aux inquiétudes concernant la sécurité, les organisateurs avaient dans un premier temps accepté de réduire le nombre de participants à environ 700 et de limiter les célébrations à un seul lieu.
L’événement a finalement été entièrement annulé.
Selon les informations communiquées aux participants, cette décision a été prise après une demande de responsables israéliens chargés de la sécurité, qui craignaient des confrontations et une escalade de la situation.
Les personnes qui avaient prévu de participer à l’événement ont également été invitées à ne pas s’approcher du secteur.
Cette mobilisation intervient après plusieurs épisodes de tension à Phuket.
Les autorités avaient notamment dû réagir à une déclaration évoquant un « territoire israélien » à Phuket.
Voir : Un « territoire israélien » revendiqué à Phuket, la Thaïlande recadre
Les autorités enquêtent sur un réseau lié à Gan Chabad

Des policiers et responsables thaïlandais lors d’un contrôle dans des locaux liés à Gan Chabad, dont le réseau d’entreprises fait l’objet de vérifications. Photo : Matichon Online
Dans le même temps, l’attention des autorités thaïlandaises se porte sur Gan Chabad Co., Ltd. et sur un important réseau d’entreprises lié à ses dirigeants.
L’enquête trouve notamment son origine dans l’affaire d’un cimetière juif situé à Samet Tai, dans le district de Bang Khla, dans la province de Chachoengsao.
Le vice-ministre de l’Intérieur Polapee Suwunchwee s’est rendu sur place le 11 septembre.
Gan Chabad avait acquis le terrain et le cimetière avait obtenu une licence lors de son ouverture, il y a environ quatre à cinq ans.
Cette autorisation, accordée en 2021, n’a toutefois pas été renouvelée en 2023.
Des inhumations auraient continué après son expiration, ce qui constitue l’un des éléments désormais examinés par les autorités.
Quatre dépouilles doivent être vérifiées

Le cimetière juif de Bang Khla, dans la province de Chachoengsao, dont la licence a expiré en 2023. Photo : The Nation Thailand
Quatre dépouilles se trouvaient dans le cimetière lors des contrôles.
Les autorités ont ordonné la vérification de leur identité et des causes de leur décès avant d’autoriser leur transfert.
Trois personnes auraient été inhumées après l’expiration de la licence et leurs dépouilles doivent être déplacées.
Une quatrième aurait été enterrée pendant la période où l’autorisation était encore valable, mais les autorités ont demandé des vérifications supplémentaires.
La société souhaitait transférer les dépouilles vers un cimetière du secteur de Charoen Krung, à Bangkok, où se trouvent déjà environ 49 tombes de ressortissants israéliens.
Un réseau qui pourrait compter jusqu’à 40 entreprises
Gan Chabad Co., Ltd. existait bien avant l’ouverture du cimetière de Chachoengsao.
La société a été enregistrée en mars 2008 avec un capital de 30 millions de bahts.
Ses activités déclarées comprennent notamment les services liés aux cimetières et crématoriums ainsi que l’achat, la location et la gestion de biens immobiliers.
Les autorités ont identifié des liens entre des personnes associées à Gan Chabad et au moins 25 autres sociétés, dont le chiffre d’affaires cumulé dépasserait 4 milliards de bahts.
Selon une source du ministère de l’Intérieur citée par les médias thaïlandais, le réseau examiné pourrait même s’étendre à une quarantaine d’entreprises.
Parmi les sociétés citées figure The Kosher Place (Thailand) Co., Ltd., active dans la restauration casher.
D’autres entreprises sont liées au tourisme et proposent des services à une clientèle juive et israélienne.
Certaines accueilleraient également des personnes venant en Thaïlande pour une période de convalescence ou de rétablissement après une maladie ou des expériences liées à un conflit.
Des soupçons de recours à des prête-noms

Des fidèles participent à une activité religieuse à la Chabad House de Patong. Photo : Kosher Traveling
Le ministère de l’Intérieur travaille avec le ministère du Commerce, le Département des enquêtes spéciales (DSI) et le Bureau de lutte contre le blanchiment d’argent afin de vérifier la légalité des structures concernées.
Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si certaines sociétés ont eu recours à des prête-noms thaïlandais pour le compte d’investisseurs étrangers.
La situation de Gan Chabad elle-même doit cependant être distinguée de ces soupçons.
Ses trois directeurs autorisés possèdent la nationalité thaïlandaise et la société est donc enregistrée comme une entité juridique thaïlandaise.
Trois personnes liées au cimetière sont également nées en Israël avant d’obtenir la citoyenneté thaïlandaise et disposent légalement du droit de posséder des terrains dans le royaume.
À ce stade, aucune infraction n’a été établie contre Gan Chabad ou l’ensemble du réseau actuellement examiné.
Ces vérifications rejoignent une autre enquête des autorités sur des Israéliens naturalisés thaïlandais ayant acquis des terrains, dans un contexte de surveillance accrue des montages immobiliers impliquant des étrangers.
Voir : La Thaïlande enquête sur des Israéliens naturalisés qui achètent des terres
La naturalisation du rabbin Kantor examinée

Le rabbin Yosef Chaim Kantor, figure du mouvement Chabad en Thaïlande, dont les conditions de naturalisation sont examinées par les autorités thaïlandaises.
Parmi les personnalités dont la situation retient l’attention figure le rabbin Yosef Chaim Kantor, l’un des fondateurs de Gan Chabad et une figure importante du mouvement Chabad en Thaïlande.
Installé dans le pays depuis 1993, il a obtenu la nationalité thaïlandaise, tout comme plusieurs membres de sa famille.
Les autorités cherchent désormais à déterminer sur quelle base leurs demandes de naturalisation ont été approuvées.
La procédure est encadrée par la loi thaïlandaise sur la nationalité de 1965.
Parmi les critères normalement applicables figurent notamment un revenu mensuel minimum de 80 000 bahts, au moins trois années de déclarations fiscales, le statut de résident permanent et cinq années consécutives d’inscription sur un registre de domicile thaïlandais.
Des exceptions existent cependant, notamment pour certaines personnes mariées à des ressortissants thaïlandais, des investisseurs ou celles considérées comme ayant rendu des services exceptionnels au pays.
L’examen porte donc sur les conditions dans lesquelles la naturalisation du rabbin Kantor et de membres de sa famille a été accordée, et ne constitue pas en lui-même la preuve d’une irrégularité.
Environ 1 200 cimetières et crématoriums inspectés
L’affaire de Chachoengsao a par ailleurs entraîné une opération beaucoup plus vaste.
Le ministère de l’Intérieur a ordonné la vérification d’environ 1 200 cimetières et sites de crémation à travers la Thaïlande.
Les autorités doivent notamment contrôler la validité de leurs licences, identifier leurs responsables et vérifier leur conformité avec la réglementation.
Polapee Suwunchwee a insisté sur le fait que ces inspections ne visaient aucune nationalité en particulier.
Sondage : plus de 77 % réclament une application stricte de la loi

Montage illustrant le débat sur l’application de la loi aux ressortissants israéliens en Thaïlande, au cœur d’un récent sondage NIDA. Image : The Nation Thailand
Ces développements interviennent alors qu’un sondage du NIDA Poll donne une indication du climat actuel dans une partie de l’opinion publique thaïlandaise.
L’enquête a été réalisée du 8 au 10 septembre 2026 auprès de 1 410 personnes âgées de 18 ans et plus à Bangkok, Chachoengsao, Chonburi, Surat Thani, Phuket et Mae Hong Son.
Le sondage était intitulé « Jewish people », mais les questions publiées portaient en réalité sur les Israéliens en Thaïlande.
Les résultats doivent également être interprétés comme les perceptions et expériences déclarées par les personnes interrogées et non comme la confirmation que les faits évoqués ont réellement eu lieu ou constituent des infractions.
Sur l’ensemble des 1 410 participants, 76,38 % avaient entendu dans les médias ou sur les réseaux sociaux des informations concernant des comportements jugés inappropriés ou illégaux attribués à des Israéliens.
5,11 % déclaraient avoir directement vécu une telle expérience.
Les questions plus détaillées ont ensuite été posées aux 1 164 personnes ayant entendu parler de ces affaires ou déclaré y avoir été confrontées.
Parmi elles, 77,49 % souhaitent une application stricte de la loi aux ressortissants israéliens concernés.
45,45 % souhaitent également réduire la durée de séjour autorisée aux Israéliens en Thaïlande et 38,49 % demandent que l’ambassade d’Israël encadre plus strictement le comportement de ses ressortissants dans le pays.
La loi, les terrains et les prête-noms parmi les principaux griefs
Le sondage apporte également un éclairage sur les raisons de ce mécontentement.
Parmi les 1 164 personnes concernées par cette partie de l’enquête, 71,22 % citent en premier lieu un manque de respect de la loi thaïlandaise.
46,39 % évoquent des paroles impolies ou des attitudes méprisantes envers les Thaïlandais, tandis que 45,96 % mentionnent un manque de respect envers la culture thaïlandaise.
Les questions immobilières et commerciales occupent également une place importante.
31,44 % des répondants concernés dénoncent le recours présumé à des prête-noms thaïlandais pour détenir des terrains et 29,04 % évoquent le même procédé pour posséder des entreprises.
Ces préoccupations font directement écho aux vérifications actuellement menées par les autorités sur les structures de sociétés liées à Gan Chabad, même si l’enquête n’a pas encore établi que de tels montages ont été utilisés par les entreprises concernées.
Enfin, 19,93 % des répondants citent parmi leurs griefs la création d’un cimetière destiné aux Israéliens sans consultation de la population locale.
Ce résultat intervient alors que le cimetière de Chachoengsao fait précisément l’objet d’un conflit concernant sa licence et son implantation.
Une pression croissante autour de la présence israélienne

Des participants au rassemblement « Save Phuket » à Patong affichent des banderoles visant Israël, le 28 août 2026. Photo : Eakkapop Thongtub
La manifestation de Phuket intervient au moment où plusieurs mobilisations réclament un contrôle accru des activités de certains ressortissants israéliens en Thaïlande.
À Bangkok, le mouvement « Reclaim Thailand », mené par Sondhi Limthongkul, a notamment manifesté devant l’ambassade d’Israël pour demander un renforcement des contrôles concernant les activités commerciales, les propriétés foncières et certains centres Chabad.
Voir : « Respectez la Thaïlande » : manifestation contre des touristes israéliens
Quelques semaines auparavant, les autorités thaïlandaises avaient également adressé un avertissement à l’ambassade d’Israël alors que les controverses impliquant certains ressortissants israéliens se multipliaient.
Voir : Alors que la colère monte contre les Israéliens, la Thaïlande avertit Israël
Les tensions ne sont cependant pas nouvelles. Elles s’étaient notamment manifestées dans plusieurs destinations touristiques, avec des incidents et controverses à Pai, Koh Phangan, Koh Samui et Phuket.
Voir : La tension monte en Thaïlande contre les touristes israéliens
À Koh Phangan, un conflit opposant un parc d’attractions à des résidents israéliens avait également suscité une importante controverse.
Voir : Thaïlande : le conflit entre un parc et des Israéliens s’envenime
Le durcissement des autorités s’est récemment traduit par des mesures individuelles beaucoup plus sévères.
Un ressortissant israélien a notamment été le premier étranger visé par les nouvelles règles d’expulsion adoptées par la Thaïlande.
Voir : Thaïlande : un Israélien premier visé par les nouvelles règles d’expulsion
Les autorités thaïlandaises insistent toutefois sur le fait que les enquêtes et sanctions doivent porter sur le respect de la législation et les comportements individuels, et non viser une nationalité ou une religion.
Sources : Bangkok Post, Bangkok Post, The Thaiger, The Nation, Khaosod English
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