Les scandales impliquant des moines se succèdent en Thaïlande, entre détournements de dons, relations sexuelles et enrichissement personnel.
Au-delà des comportements individuels, ces affaires soulèvent une question plus profonde : certaines pratiques des fidèles, notamment l’importance accordée aux dons et à la richesse des temples, favorisent-elles elles-mêmes ces dérives ?
Un nouveau scandale éclate dans un temple d’Ayutthaya

L’ancien moine Atichot Thanprasert est escorté au tribunal de Saraburi pour répondre d’accusations liées au détournement présumé d’environ 200 millions de bahts au Wat Phutthaisawan d’Ayutthaya. Photo : Police thaïlandaise.
La dernière affaire concerne Atichot Thanprasert, ancien abbé du Wat Phutthaisawan, un important temple bouddhiste d’Ayutthaya.
Désormais défroqué, l’ancien moine a été placé en garde à vue le jeudi 10 septembre dans le cadre d’une enquête pour détournement de fonds.
Une assistante a également été arrêtée.
Elle est soupçonnée d’avoir entretenu une relation sexuelle avec lui et de l’avoir aidé dans ses activités présumées, tout en en tirant elle-même un bénéfice financier.
L’affaire mêle des enregistrements de vidéosurveillance à caractère sexuel, des soupçons d’abus de pouvoir et des sommes considérables.
Le détournement présumé est estimé à environ 200 millions de bahts.
Ce nouveau scandale relance les interrogations sur la surveillance financière des grands temples et sur les importantes sommes d’argent confiées à certains responsables religieux.
Des scandales à répétition dans les temples thaïlandais

La police escorte l’ancien moine Alongkot vers le tribunal pénal de Bangkok, où il sera placé en détention, le 27 août 2025.
L’affaire du Wat Phutthaisawan est loin d’être isolée.
Ces dernières années, plusieurs scandales majeurs ont impliqué des responsables de temples bouddhistes, souvent autour de détournements de fonds ou de relations sexuelles interdites aux moines.
En 2025, l’affaire du Wat Phrabat Namphu, dans la province de Lop Buri, avait notamment provoqué une onde de choc.
Ce temple, connu depuis longtemps pour son action auprès des personnes atteintes du VIH, s’est retrouvé au centre d’une vaste enquête portant sur le détournement de dons.
Le préjudice estimé dans cette affaire atteignait 10 milliards de bahts.
Voir : Scandale en Thaïlande : le moine héros du sida arrêté pour fraude
La même année, Wilawan « Golf » Emsawat, plus connue sous le nom de « Sika Golf », avait été arrêtée dans une autre affaire retentissante.
Elle était au centre d’un scandale impliquant des enregistrements compromettants de plusieurs moines de haut rang et près de 400 millions de bahts qui auraient dû être consacrés à des activités religieuses.
Voir : Scandale sexuel en Thaïlande : une femme a piégé des moines influents
Plus récemment, en avril 2026, l’ancien abbé du Wat Bang Khlan, dans la province de Phichit, s’est rendu aux autorités pour répondre d’accusations concernant environ 9 millions de bahts qui auraient été détournés sur une période de onze ans.
Une crise de confiance envers le bouddhisme ?

Des moines bouddhistes lors d’une cérémonie dans un temple en Thaïlande. Les dons aux temples et aux religieux sont au cœur du débat sur les scandales qui touchent le bouddhisme dans le pays. Photo : Bangkok Post
La répétition de telles affaires pourrait donner l’impression d’une crise profonde du bouddhisme en Thaïlande.
Voir : Crise du bouddhisme en Thaïlande : une réforme après les scandales sexuels
Pourtant, le débat public se concentre souvent sur les individus impliqués plutôt que sur le fonctionnement général des institutions religieuses.
Après l’éclatement de l’affaire du Wat Phutthaisawan, le ministre du Tourisme et des Sports, Surasak Phancharoenworakul, a ainsi estimé que le scandale ne devrait pas détourner les visiteurs du temple.
Selon lui, les visiteurs sont capables de faire la distinction entre les actes d’un individu et l’importance d’un temple.
Cette distinction est régulièrement mise en avant lorsque des moines sont impliqués dans des affaires judiciaires : les fautes de certains religieux ne remettraient pas en cause les enseignements du bouddhisme.
Mais une tribune publiée par le Bangkok Post propose d’aller plus loin en s’interrogeant sur le rôle des fidèles eux-mêmes.
Les dons des fidèles favorisent-ils certaines dérives ?

Luang Pho Alongkot reçoit l’aumône avec le docteur Bee assis à ses côtés au complexe gouvernemental de Chaeng Watthana, le 20 février 2019.
En Thaïlande, faire un don à un temple ou à un moine constitue une pratique profondément ancrée dans la société.
Ces dons permettent notamment aux fidèles d’acquérir des mérites, associés à la notion de « bon karma ».
Voir : Le Bouddhisme Theravada en Thaïlande, la religion principale du pays
Certains temples reçoivent ainsi des sommes considérables.
Des moines particulièrement respectés peuvent également bénéficier d’importants dons individuels, tandis que la vente d’amulettes peut générer des revenus élevés.
C’est précisément ce système que l’éditorial du Bangkok Post invite à questionner.
Selon cette analyse, l’accumulation de richesses autour de certains temples et responsables religieux pourrait créer un environnement propice aux abus lorsque les mécanismes de contrôle sont insuffisants.
La vénération accordée à certains moines de haut rang peut également rendre plus difficile la remise en question de leur comportement ou de la gestion des fonds qui leur sont confiés.
L’auteur s’interroge ainsi sur l’empressement des fidèles à faire des dons, à couvrir d’or et de bijoux les personnes ou les lieux qu’ils vénèrent, mais aussi sur l’association entre bon karma, réussite matérielle et richesse.
Une particularité de la pratique bouddhiste

Statue de Bouddha en Thaïlande. Photo : FramepersecC
La tribune établit également un parallèle avec les scandales touchant d’autres religions, notamment le christianisme et l’islam.
Dans ces religions aussi se pose la question de savoir si les fidèles peuvent se dissocier des comportements de certains pratiquants ou responsables religieux sans pour autant abandonner leurs croyances.
Mais l’auteur souligne une particularité du bouddhisme : sa pratique n’impose pas de se rendre dans un lieu de culte à heures fixes, de réciter régulièrement des prières ou de verser une dîme.
Le chemin bouddhiste est avant tout personnel.
Il invite à l’introspection, à examiner les causes du désir et de la souffrance et à se détacher des apparences et des possessions matérielles.
Ce principe contraste avec l’accumulation de richesses parfois observée autour de grands complexes religieux et de certaines organisations monastiques.
Revenir aux principes fondamentaux du bouddhisme

Moines bouddhistes dans une rizière.
Cette réflexion s’appuie ainsi sur un paradoxe.
Les enseignements bouddhistes mettent notamment l’accent sur le détachement des biens matériels, la maîtrise des désirs et l’introspection.
Le Bouddha est également connu pour avoir encouragé ses disciples à questionner ses enseignements plutôt qu’à les accepter uniquement sur la base d’une foi aveugle.
Voir : La vie du Bouddha : histoire, éveil et enseignements de Siddhartha Gautama
Or, certaines pratiques développées autour des temples peuvent sembler éloignées de ces principes lorsque la recherche de mérite s’accompagne d’importantes sommes d’argent, de signes extérieurs de richesse ou d’une admiration presque absolue envers certaines personnalités religieuses.
Cela ne signifie pas que les dons aux temples seraient en eux-mêmes responsables des scandales.
Ils financent également l’entretien des lieux de culte, les communautés monastiques ainsi que de nombreuses activités sociales et caritatives.
Mais la succession des affaires pose la question de la transparence dans l’utilisation de cet argent et de la capacité des fidèles à demander des comptes aux institutions qu’ils soutiennent.
Une remise en question qui dépasse les seuls moines

Phra Thep Wachiratheeraporn, abbé du Wat Phra Phutthachai à Saraburi (à gauche) reçoit des vêtements laïques après avoir été défroqué pour avoir entretenu une liaison avec une femme connue sous le nom de Sika Golf (à droite).
Les scandales du Wat Phutthaisawan, du Wat Phrabat Namphu et d’autres temples ont jusqu’à présent surtout conduit à s’interroger sur les responsables religieux impliqués et sur la nécessité de renforcer les contrôles.
L’analyse publiée par le Bangkok Post défend une approche différente : la remise en question ne devrait pas concerner uniquement les moines et les autorités religieuses.
Elle pourrait également passer par une réflexion des fidèles sur leur rapport aux dons, à la recherche de mérite et au statut accordé aux figures religieuses.
L’auteur propose finalement une interrogation très concrète : pourquoi donner systématiquement à des institutions ou organisations religieuses si un acte direct de bienveillance peut lui aussi constituer une action vertueuse ?
Il va même plus loin en suggérant que le pratiquant pourrait renoncer à rechercher un bénéfice personnel, y compris sous la forme d’un meilleur karma, pour privilégier une compréhension plus profonde des enseignements bouddhistes.
Dans cette perspective, les scandales à répétition ne seraient donc pas seulement un problème de corruption au sein de certains temples.
Ils inviteraient plus largement les bouddhistes thaïlandais à examiner leurs propres pratiques et à se demander si certaines d’entre elles ne contribuent pas, involontairement, à créer les conditions permettant à ces dérives de prospérer.
Voir aussi :
- Thaïlande : un moine arrêté après la découverte de drogues et d’armes
- Scandale sexuel impliquant des moines : la Thaïlande tente de restaurer la foi
- Thaïlande : arrestation de la femme qui a séduit et fait chanter des moines
- Thaïlande : 3 moines punis après leur virée dans le quartier chaud de Pattaya
- Choc en Thaïlande : un évangéliste ment pour christianiser des moines novices
Source : Bangkok Post
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