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En Thaïlande, les PME étranglées par un « tsunami » de dettes

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Illustration de l'endettement et des difficultés financières des PME en Thaïlande

Les banques thaïlandaises alertent sur la situation fragile des petites et moyennes entreprises, confrontées à un « tsunami » de dettes.

Nouveaux défauts de paiement, concurrence chinoise, difficultés d’accès au crédit et modèles économiques dépassés fragilisent une partie des PME.

Les nouveaux défauts de paiement continuent d’augmenter

Banque de Thailande

Banque de Thailande. Photo : Money and Banking Online

Selon les données de la Banque de Thaïlande (BOT), le taux global de prêts non performants (NPL), aussi appelés créances douteuses, des banques commerciales est tombé à 2,82 % au deuxième trimestre 2026.

Mais derrière cette amélioration apparente, les dirigeants des principales banques du pays constatent une détérioration persistante de la situation de certains emprunteurs, notamment des PME.

Au deuxième trimestre, environ 110 milliards de bahts de prêts ont basculé dans cette catégorie.

Ce montant comprend environ 52 milliards de bahts de nouveaux défauts et un montant similaire de prêts qui avaient été restructurés avant de retomber en défaut de paiement.

Vitai Ratanakorn, gouverneur de la Banque de Thaïlande, estime que le niveau global des créances douteuses n’est pas anormalement élevé.

Il reconnaît toutefois une détérioration dans certains segments, en particulier parmi les PME.

La banque centrale accélère actuellement la préparation de nouvelles mesures financières destinées à aider différentes catégories d’emprunteurs à rembourser leurs dettes.

Krungthai veut une vision globale des dettes

Logo de Krungthai Bank en Thaïlande

Krungthai Bank, l’une des principales banques commerciales de Thaïlande. Photo : Brand Inside

Pour Payong Srivanich, directeur général de Krungthai Bank, restructurer les prêts ne suffira pas à résoudre durablement le problème.

Il préconise une approche centrée sur l’emprunteur, baptisée « Debt-Centric », qui permettrait aux institutions financières de connaître l’ensemble des dettes d’une personne ou d’une entreprise et l’identité de ses différents créanciers.

Aujourd’hui, les informations sont fragmentées entre les banques commerciales, les prêteurs non bancaires et les institutions financières spécialisées de l’État.

Les emprunteurs les plus vulnérables se tournent de plus en plus vers ces deux dernières catégories, ce qui empêche les banques commerciales d’avoir une vision complète de leur situation financière.

« Les règles du jeu ne sont pas équitables », estime Payong.

La Banque de Thaïlande et le ministère des Finances considèrent désormais le partage de ces informations comme une question urgente.

Chez Krungthai, des restructurations préventives peuvent permettre d’atténuer certaines difficultés.

Mais les emprunteurs dont la situation financière continue de se détériorer sont souvent ceux qui avaient déjà été fragilisés par des problèmes antérieurs.

Krungthai travaille parallèlement avec Bangkok Commercial Asset Management (BAM) à la création d’une société de gestion d’actifs chargée de traiter certaines créances douteuses.

Selon Payong, le projet est achevé à plus de moitié.

Mais il considère que les difficultés des PME trouvent également leur origine dans les transformations profondes de l’économie.

L’essor des véhicules électriques bouleverse l’industrie automobile, tandis que les nouvelles technologies transforment les méthodes de production et les besoins en main-d’œuvre.

Payong cite notamment des usines de climatiseurs qui parviennent à maintenir leurs ventes tout en remplaçant des travailleurs par l’intelligence artificielle, menaçant ainsi certains emplois.

« Le meilleur moyen de résoudre le problème de l’endettement est d’augmenter les revenus », explique-t-il.

Mais une croissance moins forte que prévu et les difficultés de certains secteurs à s’adapter à une succession de crises rendent les solutions traditionnelles de moins en moins efficaces.

Payong cite notamment la pandémie de Covid-19, la crise énergétique, la guerre et les changements politiques mondiaux parmi les chocs auxquels les entreprises ont dû faire face.

Il estime donc que les organismes publics et les entreprises devraient mettre en place une aide beaucoup plus ciblée selon les secteurs.

Les données de la sécurité sociale, du ministère du Travail et des différentes branches d’activité pourraient être croisées afin d’identifier les métiers et les catégories de PME nécessitant une aide urgente.

KBank a fortement réduit ses prêts aux PME

Agence de Kasikornbank (KBank) en Thaïlande

Une agence de la banque Kasikorn (KBank) en Thaïlande. Photo : Kasikorn

Kattiya Indaravijaya, directrice générale de Kasikornbank (KBank), observe pour sa part une forte progression des prêts classés en « phase 2 » (Stage 2) dans l’ensemble du secteur bancaire.

Cette catégorie comprend des crédits dont le risque s’est sensiblement détérioré sans qu’ils soient encore classés comme non performants.

KBank est moins exposée à cette progression que l’ensemble du secteur, car elle avait déjà resserré ses conditions d’octroi de crédit en 2022 et 2023.

La banque avait alors subi des pertes importantes qui l’avaient obligée à constituer de fortes provisions.

« Les blessures sont encore fraîches », résume Kattiya pour expliquer la prudence actuelle de l’établissement.

Les particuliers avaient notamment provoqué des pertes importantes, en particulier certains vendeurs en ligne ne disposant pas de justificatifs ou de relevés bancaires permettant d’évaluer correctement leur situation.

KBank privilégie désormais davantage les salariés disposant de fiches de paie clairement établies et utilise le credit scoring pour évaluer leur capacité de remboursement ainsi que leur comportement de paiement.

Cette prudence concerne également les petites entreprises.

La part des prêts aux PME dans le portefeuille de KBank est ainsi passée de 35-36 % à 24 %, tandis que la banque a augmenté son exposition aux grandes entreprises et aux particuliers présentant un meilleur profil de crédit.

Kattiya observe parallèlement davantage de fermetures d’usines et de cessations d’activité.

Pour certaines PME, le problème ne réside d’ailleurs plus seulement dans le financement ou le manque de liquidités.

Leur modèle économique n’est parfois plus suffisamment compétitif et doit être repensé grâce aux nouvelles technologies et à la diversification.

Bangkok Bank juge les difficultés encore gérables

Bureau de la Bangkok Bank en Thaïlande

Bureau de la Bangkok Bank en Thaïlande.

Chartsiri Sophonpanich, président de Bangkok Bank, adopte un ton plus mesuré.

Il reconnaît une légère augmentation des créances douteuses, conforme aux préoccupations exprimées par la Banque de Thaïlande, mais considère que la situation reste gérable.

Bangkok Bank n’a donc pas modifié de manière significative ses plans de gestion des risques et de provisionnement, l’établissement s’étant préparé en amont à différents scénarios.

Interrogé sur l’écart entre les taux d’intérêt appliqués aux PME et ceux accordés aux grandes entreprises, Chartsiri a également estimé que les taux thaïlandais restaient relativement bas dans une perspective plus large.

Pour lui, la survie des entreprises à long terme dépend avant tout de leur compétitivité.

Elles doivent trouver de nouveaux marchés, adapter leurs activités et renforcer leurs capacités pour suivre l’évolution de l’économie.

Même un taux d’intérêt à 0 % ne sauverait pas certaines entreprises

Siège de TMBThanachart Bank (ttb) à Bangkok

Le siège de TMBThanachart Bank (ttb) à Bangkok, en Thaïlande. Photo : TTB

Piti Tantakasem, directeur général de TMBThanachart Bank (ttb), dresse un constat plus sévère.

Il décrit une économie thaïlandaise en forme de « K », dans laquelle les secteurs les plus solides continuent de progresser tandis qu’une partie importante des entreprises fragiles poursuit sa détérioration.

Voir : La Thaïlande mise sur l’économie de suffisance contre les inégalités

Il cite notamment, dans la partie supérieure du « K », les entreprises liées aux véhicules électriques et largement tournées vers l’importation.

Selon lui, leur développement apporte des bénéfices limités à l’ensemble de l’économie lorsqu’elles utilisent peu de main-d’œuvre thaïlandaise et de matériaux produits dans le pays.

À l’autre extrémité, les entreprises fragiles accumulent les nouveaux défauts de paiement, mais également les rechutes après restructuration.

« Si une entreprise enregistre des pertes dès le départ parce que personne n’achète ses produits, ou parce que les produits chinois lui prennent son marché, même une baisse du taux d’intérêt à 0 % ne lui permettra pas de surmonter la crise », explique Piti.

Selon lui, « le secteur financier ne peut pas résoudre les problèmes du secteur réel ».

Les PME subissent simultanément les conséquences des tensions géopolitiques, de la concurrence chinoise et de l’arrivée de grandes entreprises sur leurs marchés.

Une baisse des NPL qui peut être trompeuse

Piti Tantakasem met également en garde contre une lecture trop optimiste du taux global de créances douteuses.

ttb parvient à maintenir ses NPL à un niveau gérable notamment grâce à la cession régulière de certains prêts.

Mais cela ne signifie pas nécessairement que les difficultés des emprunteurs diminuent.

Le dirigeant compare la situation à une maison qui paraît propre alors que sa facture d’eau ne cesse d’augmenter.

Autrement dit, les banques peuvent régulièrement nettoyer leurs bilans en vendant ou en passant en pertes des créances douteuses, tandis que de nouveaux mauvais prêts continuent d’apparaître.

Les coûts persistants liés au risque de crédit montrent ainsi que le problème se renouvelle trimestre après trimestre.

Pour Piti, la Thaïlande doit donc repenser son économie et renforcer ses chaînes d’approvisionnement nationales.

Un meilleur partage des informations financières permettrait aux banques d’identifier les emprunteurs solvables qui méritent une nouvelle chance.

Il contribuerait également à réduire les inégalités d’accès au financement et permettrait au gouvernement de mieux cibler les personnes ayant réellement besoin d’aide.

Les prêts en retard commencent à basculer vers les NPL

National Credit Bureau (NCB) en Thaïlande

Le National Credit Bureau (NCB), l’agence thaïlandaise qui centralise les informations sur les crédits et les emprunteurs.

Le National Credit Bureau (NCB) observe lui aussi des signes de détérioration.

Sa directrice générale, Luxmon Attapich, constate au deuxième trimestre une hausse plus nette des créances douteuses après plusieurs trimestres relativement stables, notamment pour les prêts aux PME et aux particuliers.

Elle attire particulièrement l’attention sur les prêts placés sous « mention spéciale » (SM).

Il s’agit de crédits dont les remboursements sont déjà en retard mais qui ne sont pas encore classés comme non performants.

Les emprunteurs accusant 60 ou 90 jours de retard sans avoir retrouvé une capacité suffisante de remboursement risquent progressivement de basculer vers les NPL.

« Nous commençons à voir davantage de prêts SM se transformer en prêts non performants, principalement parce que la capacité des emprunteurs à générer des revenus a diminué », explique Luxmon.

Une restructuration peut leur donner quelques mois de répit, mais ils risquent de retomber en défaut si leurs revenus ne se redressent pas durablement.

Les très petites entreprises également touchées

Cette détérioration est particulièrement visible parmi les très petites entreprises qui recourent à la nano-finance, une forme de microcrédit destinée notamment aux emprunteurs ayant difficilement accès aux banques traditionnelles.

Ces prêts se sont fortement développés auprès des petits commerçants, notamment des vendeurs présents sur les plateformes de commerce électronique qui peinent à obtenir des crédits auprès des banques traditionnelles.

Mais la nano-finance présente une proportion plus importante de prêts en retard de plus de 90 jours que les autres catégories de crédit.

Les prêts personnels destinés à la consommation constituent une autre source d’inquiétude.

Les arriérés supérieurs à 90 jours ont nettement progressé, tandis que les financements destinés à l’achat de téléphones, d’ordinateurs et d’équipements ménagers présentent également davantage de créances douteuses.

Les avertissements des différents dirigeants bancaires convergent ainsi sur un point : le « tsunami » de dettes qui touche les PME ne pourra pas être résorbé par de simples restructurations ou des baisses de taux.

Pour les entreprises les plus fragiles, la sortie de crise dépendra aussi d’un retour des revenus, d’une amélioration de leur compétitivité et d’une adaptation aux transformations de l’économie thaïlandaise.

Voir aussi :


Source : Bangkok Biznews

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