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Thaïlande : l’USS Abraham Lincoln relance le débat sur la prostitution

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Walking Street à Pattaya en Thaïlande illuminée la nuit, avec une affiche de bienvenue pour l’USS Abraham Lincoln

L’arrivée de 5 000 membres d’équipage américains à Pattaya a poussé les autorités à intensifier les opérations contre les travailleuses du sexe.

Une campagne controversée, alors qu’un projet visant à dépénaliser le travail du sexe vient d’être inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Pattaya veut donner une image plus propre

Police et agents de l'immigration lors d'une opération contre la prostitution à Pattaya

Des policiers et agents de l’immigration lors d’une opération à Pattaya ayant conduit à l’interpellation de 25 personnes soupçonnées de prostitution dans des lieux publics. Photo : Police thaïlandaise

À l’approche de l’arrivée du porte-avions américain USS Abraham Lincoln, les autorités de Pattaya ont lancé une vaste opération contre la prostitution exercée dans les lieux publics.

Les contrôles ont principalement visé des travailleuses du sexe indépendantes, notamment présentes sur la plage, et non les nombreux établissements de la vie nocturne de Pattaya où des services sexuels peuvent être proposés de manière plus ou moins informelle.

L’objectif affiché est de protéger l’image touristique d’une ville connue depuis des décennies pour son importante industrie du sexe.

Le samedi 29 août, 25 personnes soupçonnées de se livrer à la prostitution ont été arrêtées : 18 Thaïlandaises, cinq Laotiennes et deux Ougandaises.

Les opérations ont notamment concerné la plage de Pattaya et les quartiers connus pour leur vie nocturne.

Elles ont cependant suscité les critiques des organisations défendant les travailleurs du sexe, qui dénoncent une opération de façade.

« Ils veulent une image positive et propre, en faisant comme si la Thaïlande ne comptait aucune travailleuse du sexe, alors qu’ils connaissent parfaitement la vérité », a déclaré Surang Janyam, directrice de la fondation Service Workers in Group (SWING), à Thai PBS World.

« Mais on ne peut pas nier que la prostitution est une réalité quotidienne en Thaïlande. »

Voir : La prostitution en Thaïlande, ce qu’il faut savoir

L’USS Abraham Lincoln met Pattaya sous les projecteurs

Marins de l’USS Abraham Lincoln en permission à Pattaya

Des membres de l’US Navy de l’USS Abraham Lincoln se promènent près du Hard Rock Hotel de Pattaya lors de leur permission à terre. Photo : Service des relations publiques de la ville de Pattaya

Cette campagne intervient alors que Pattaya bénéficie d’une forte exposition médiatique avec l’arrivée de l’USS Abraham Lincoln au port de Laem Chabang, dans la province de Chon Buri.

Le porte-avions américain a accosté le mercredi 2 septembre, permettant à environ 5 000 membres d’équipage de bénéficier de cinq jours de repos et de loisirs à terre, après neuf mois de déploiement.

Voir : Thaïlande : les marins épuisés de l’USS Abraham Lincoln arrivent à Pattaya

Le maire de Pattaya, Poramet Ngampichet, a défendu les opérations menées par les autorités en rappelant que la prostitution reste illégale en Thaïlande.

Il a également déclaré ne pas vouloir que sa ville soit associée au commerce du sexe.

Le maire a néanmoins reconnu l’existence du phénomène.

« Je sais que la prostitution existe ici, mais ce problème est commun à toutes les destinations touristiques du monde entier », a-t-il déclaré.

Voir : Tourisme sexuel en Thaïlande : une industrie dure à cacher

Interrogé sur l’opportunité de légaliser le secteur, Poramet Ngampichet a refusé de prendre position, préférant laisser les organisations de la société civile défendre cette cause.

La dépénalisation arrive à l’Assemblée nationale

Militants et représentants de la fondation Empower présentent un projet de loi visant à dépénaliser le travail du sexe au Parlement thaïlandais

Des membres de la fondation Empower et des soutiens au projet de loi sur la protection des travailleurs du sexe ont remis leur proposition à la Chambre des représentants thaïlandaise afin de demander la dépénalisation du travail du sexe et de nouveaux droits sociaux.

Au même moment, le débat sur le statut des travailleurs du sexe progresse au niveau national.

Le 11 juin, SWING et plusieurs organisations de la société civile ont déposé un projet de loi visant à abroger la loi de 1996 sur la prévention et la répression de la prostitution.

Voir : Thaïlande : un projet de loi veut protéger les travailleurs du sexe

Le texte, qui vise à dépénaliser le travail du sexe entre adultes consentants, a été officiellement inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale à la fin du mois d’août.

Pour ses défenseurs, il ne s’agit pas seulement de supprimer les sanctions pénales.

L’objectif est également de permettre aux travailleurs du sexe de bénéficier des protections juridiques et des droits accordés aux autres professions.

« Les travailleuses du sexe qui exercent cette activité de leur plein gré doivent être autorisées à travailler légalement », a déclaré Surang Janyam.

« Ce n’est que lorsque leur profession sera reconnue qu’elles bénéficieront des protections juridiques et des droits du travail qui sont la norme dans toute autre profession. »

Voir aussi : Thaïlande : le projet de loi sur les travailleurs du sexe est bloqué

Des travailleurs privés de nombreuses protections

Hôtesses devant un gogo bar de Pattaya

Hôtesses devant un gogo bar de Pattaya. Photo : Pattaya Unlimited

Les organisations favorables à la réforme affirment que l’illégalité actuelle place les travailleurs du sexe dans une situation particulièrement vulnérable.

En raison de leur statut de délinquants, ils ne peuvent pas porter plainte auprès de la police lorsqu’un client refuse de les payer.

Ils risquent également d’être arrêtés s’ils signalent aux autorités des violences ou des abus sexuels dont ils ont été victimes.

Voir : Les travailleurs du sexe en danger en Thaïlande

Leur activité non reconnue les empêche également d’obtenir certains prêts bancaires ou de se porter garants financiers, ce qui les expose notamment aux prêteurs informels.

Plusieurs organisations de la société civile soutiennent ainsi un projet de loi sur la protection des travailleurs du sexe reposant sur deux principes :

  1. la dépénalisation du travail du sexe consensuel entre adultes
  2. la protection des droits du travail

En supprimant les sanctions visant cette activité, ses défenseurs espèrent briser ce qu’ils décrivent comme un « cercle vicieux » d’exploitation, d’extorsion et d’arrestations injustifiées.

Ils réclament parallèlement l’accès aux protections sociales habituelles, notamment une rémunération équitable, la sécurité sociale, l’assurance maladie, la sécurité au travail et le droit de se syndiquer.

La protection des mineurs au cœur du débat

La perspective d’une dépénalisation soulève néanmoins des inquiétudes concernant la traite des êtres humains et l’exploitation des mineurs.

Surang Janyam estime que les lois existantes offrent déjà des protections contre ces pratiques.

« Il n’y a pas lieu de craindre que des jeunes soient contraints, car les lois sur la protection de l’enfance et la lutte contre la traite sont strictement appliquées », a-t-elle déclaré.

Somchai Homlaor, président de la Fondation pour les droits de l’homme et le développement, a défendu une position similaire lors d’un récent séminaire.

Selon lui, si les lois existantes sont correctement appliquées, elles permettent de lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs.

« Outre la loi contre la traite des êtres humains, nous disposons également d’un Code pénal solide », a-t-il souligné.

Le professeur associé Arnon Mamout, maître de conférences en droit à l’université Thammasat, estime pour sa part que la dépénalisation permettrait de restaurer la dignité humaine et les droits fondamentaux.

« Les travailleurs du sexe devraient bénéficier d’une protection juridique en vertu de la loi sur la sécurité sociale », a-t-il déclaré.

Des travailleuses dénoncent extorsion et corruption

Des policiers procèdent à une inspection dans un gogo bar de Pattaya

Des policiers procèdent à une inspection dans un gogo bar de Pattaya.

Une travailleuse du sexe souhaitant être identifiée uniquement sous le nom d’Anna a également voulu combattre certaines idées reçues sur cette activité.

Elle explique que de nombreuses personnes choisissent ce travail en raison de difficultés économiques ou pour subvenir aux besoins de leur famille.

« Elles ne sont pas des victimes de la traite des êtres humains », a-t-elle insisté.

Surang Janyam affirme par ailleurs que l’illégalité du secteur favorise une corruption généralisée et accuse certains policiers d’extorquer régulièrement de l’argent aux travailleuses du sexe.

Selon elle, certaines doivent parfois payer jusqu’à 1 000 bahts pour que la police les laisse tranquilles.

Elle affirme que des policiers inscrivent parfois le caractère thaï « ป » sur le poignet des travailleuses ayant versé de l’argent, afin de signaler qu’elles ne doivent plus être interpellées.

Surang estime que ces paiements peuvent également contraindre les travailleuses à rester plus longtemps dans cette activité pour compenser l’argent versé.

« Comment peut-on « marquer » le corps d’un autre être humain ? C’est inacceptable », a-t-elle déclaré.

Environ 250 000 travailleurs du sexe en Thaïlande

Les travailleurs du sexe en danger en Thaïlande

Prostitution en Thaïlande

L’ampleur du secteur est considérable malgré son caractère illégal.

Selon un rapport de 2023 de l’Union internationale des travailleurs du sexe (IUSW), la Thaïlande compterait environ 250 000 travailleurs du sexe, ce qui la placerait au huitième rang mondial.

Le pays arriverait derrière la Chine, l’Inde, les États-Unis, les Philippines, le Mexique, l’Allemagne et le Brésil.

Cette estimation englobe les services en présentiel, les établissements de divertissement comme les clubs de strip-tease ainsi que les plateformes en ligne telles qu’OnlyFans.

Le secteur génère des milliards de bahts, mais ses revenus ne sont pas comptabilisés dans le produit intérieur brut (PIB) officiel de la Thaïlande en raison de son statut illégal.

Ils ne sont pas non plus imposés, ce qui prive le Trésor public de recettes potentielles.

Chalidaporn Songsamphan, présidente de SWING et enseignante en sciences politiques à l’université Thammasat, souligne également le poids du secteur dans le tourisme, l’un des principaux moteurs économiques du pays.

Selon elle, malgré cette contribution économique, les travailleurs du sexe restent confrontés aux abus, à l’extorsion et à la stigmatisation sociale.

La situation de Pattaya illustre ainsi le paradoxe auquel la Thaïlande est aujourd’hui confrontée :

Alors que les autorités locales tentent de faire disparaître la prostitution de l’espace public, le pays envisage de dépénaliser le travail du sexe et d’accorder davantage de droits à ceux qui l’exercent.

Voir aussi :


Source : Thai PBS World

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1 commentaire

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Oliv 6 septembre, 2026 - 10 h 31 min

Pourquoi les Américains ont choisi cette ville comme lieu de détente ?

Nostalgie de l’histoire ? Port en eaux profonde ? Peintres en surfaces métalliques à disposition ? Des menus à gogo ?

Est-ce le début d’une thèse sociologique?

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