L’essor fulgurant des data centers se heurte désormais aux limites des ressources disponibles et aux nuisances signalées par des riverains.
Au total, 166 projets sont concernés par les mesures, le temps d’établir de nouvelles règles sur leur implantation, leur fonctionnement et leur impact environnemental.
Voir : Thaïlande : chaleur, odeurs, pollution… les data centers inquiètent
166 projets de data centers concernés

STT Bangkok 1, un data center hyperscale situé dans le quartier de Hua Mak à Bangkok. Photo : STT GDC Thailand
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a ordonné aux autorités d’accélérer l’élaboration de règles plus claires pour les data centers en Thaïlande.
Cette décision concerne 166 projets à différents stades de développement : 49 sont déjà en construction et 117 attendent encore une autorisation.
Pour les projets qui n’ont pas encore reçu le feu vert, les procédures doivent être suspendues jusqu’à l’adoption des nouvelles règles.
La situation est différente pour les 49 projets déjà en construction.
Les autorités ne disposent pas nécessairement du pouvoir juridique permettant d’arrêter directement les travaux et ont demandé aux promoteurs de coopérer en les suspendant volontairement.
Quatre groupes de travail ont été constitués et disposent d’un mois pour proposer un nouveau cadre réglementaire.
La Thaïlande compte par ailleurs 35 data centers déjà en activité.
Une demande électrique qui inquiète le gouvernement

Compteurs électriques à Bangkok. Photo : Bangkok Post
L’un des principaux sujets de préoccupation concerne les énormes besoins énergétiques de ces installations.
Selon les données présentées au gouvernement, les demandes préliminaires déposées par les opérateurs représenteraient environ 20 000 mégawatts (MW) de capacité électrique.
Anutin Charnvirakul a demandé que le développement du secteur s’accompagne d’un recours beaucoup plus important aux énergies propres, notamment au solaire et à l’éolien.
Les data centers sont considérés comme essentiels au développement de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle, mais leur multiplication pourrait exercer une pression croissante sur le réseau électrique thaïlandais.
Les besoins en eau et l’implantation également examinés

Le barrage Bhumibol sur la rivière Ping. Photo : EGAT
Le refroidissement des équipements informatiques constitue un autre enjeu majeur, en raison des volumes d’eau nécessaires au fonctionnement de certaines installations.
Les autorités veulent donc disposer d’informations précises sur l’emplacement de chaque projet, ses besoins en ressources et ses conséquences pour les communautés environnantes.
Les futures règles devraient également prendre en compte la sécurité, les normes environnementales et l’utilisation des terrains.
Cette révision intervient alors que la Thaïlande connaît une forte croissance des investissements dans les infrastructures numériques.
À Bangkok, des plaintes pour le bruit et les odeurs

Le data center EDGNEX BKK01 de Daria Data Center and Cloud Services, situé sur Rama IX Road à Bangkok, où plus de 200 000 litres de diesel ont été découverts sans autorisation.
À Bangkok, les préoccupations sont plus directement liées aux nuisances subies par certains habitants.
Le gouverneur Chadchart Sittipunt a indiqué que les autorités examinaient plusieurs installations après des plaintes de riverains concernant notamment le bruit des générateurs et des odeurs de carburant.
Six projets de data centers ont demandé une autorisation dans la capitale. Chacun nécessite une puissance électrique comprise entre 9 et 23 MW, selon le gouverneur.
Trois ont été approuvés et sont entrés en service entre 2022 et 2024.
Les autorités municipales doivent effectuer des contrôles portant notamment sur le bruit, la chaleur, la sécurité et les autres nuisances pour les communautés environnantes.
Le développement rapide du secteur a également révélé des lacunes dans la réglementation.
Certains data centers ont notamment été enregistrés comme des entrepôts, faute de catégorie juridique suffisamment adaptée à ce type d’installation.
Les trois autres demandes à Bangkok doivent rester suspendues jusqu’à ce que les nouvelles normes nationales soient établies.
Les milliards investis ne suffisent plus

Le centre de données GSA Data Center 01, exploité par Gulf Development à Samut Prakan. Photo : Gulf Development
Les sommes en jeu sont considérables.
Au cours des six premiers mois de 2026, le gouvernement a approuvé 88 projets liés à l’intelligence artificielle et aux data centers, représentant 886 milliards de bahts d’investissements, selon les données du Board of Investment (BOI).
À titre de comparaison, les investissements technologiques enregistrés sur l’ensemble de l’année 2025 avaient atteint 623 milliards de bahts.
Le montant du premier semestre 2026 dépasse donc déjà celui de toute l’année précédente.
Mais au-delà de cette envolée des investissements, le débat porte désormais sur les véritables bénéfices économiques apportés à la Thaïlande.
L’économiste Santitarn Sathirathai estime que les data centers doivent être considérés comme des infrastructures physiques et pas seulement comme des investissements numériques.
Ils nécessitent des terrains et des infrastructures importantes, alors que le nombre d’emplois directement créés peut rester relativement limité.
Selon lui, la valeur d’un projet ne devrait donc pas être évaluée uniquement en fonction du montant de l’investissement annoncé.
Les autorités devraient également examiner les emplois qualifiés créés, la formation des travailleurs thaïlandais, les transferts de technologie, la participation des PME locales et les investissements réalisés dans les énergies renouvelables.
Les leçons de l’Irlande et de Singapour
La Thaïlande peut également tirer les leçons d’autres pays ayant connu une croissance rapide du secteur.
En Irlande, les data centers en sont arrivés à consommer près d’un cinquième de l’électricité du pays, conduisant les autorités à renforcer les conditions imposées aux nouveaux projets.
Singapour a de son côté instauré des critères stricts en matière d’efficacité énergétique et d’utilisation d’énergies plus propres avant d’accorder des autorisations.
Pour la Thaïlande, l’enjeu consiste désormais à trouver un équilibre entre l’ambition de devenir un hub numérique régional et la protection de ses ressources et de ses habitants.
Les nouvelles règles détermineront les conditions dans lesquelles les nombreux projets actuellement suspendus pourront reprendre leur développement.
Voir aussi :
- Centres de données en Thaïlande : opportunité ou piège ?
- La Thaïlande prépare un plan énergétique géant pour ses data centers
- TikTok mise gros sur la Thaïlande avec un data center à 3,8 milliards de dollars
- La Thaïlande devient un hub majeur pour les centres de données et les services cloud
Sources : The Nation, The Thaiger, The Star et The Nation
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1 commentaire
Personne n’est capable de nous expliquer en quoi ces data centers pourraient améliorer la vie de chacun.
Ils ne visent qu’au contrôle et à la manipulation des masses.