La multiplication des data centers à Bangkok inquiète après la découverte de plus de 200 000 litres de diesel stockés sans autorisation.
Le gouvernement prépare de nouvelles règles pour encadrer une industrie en pleine expansion.
Plus de 200 000 litres de diesel stockés sans autorisation

Des responsables du ministère de l’Énergie inspectent un réservoir de stockage de carburant au data center Damac Digital BKK02, près de l’intersection des routes Rama IX et Srinakarin, dans le quartier de Suan Luang à Bangkok. Photo : ministère de l’Énergie
L’affaire a éclaté dans un data center situé sur Rama IX Road, dans le district de Huai Khwang, à proximité de l’hôpital Rama 9.
Des habitants et commerçants du quartier avaient signalé depuis plus de deux mois une forte odeur ressemblant à celle du carburant.
Selon certains témoignages, les émanations devenaient plus fortes lors de fortes pluies et auraient provoqué des vertiges et des vomissements.
Une inspection du Département des entreprises énergétiques a révélé la présence de réservoirs contenant plus de 200 000 litres de diesel destinés aux générateurs électriques de secours, sans l’autorisation requise.
Les autorités ont ordonné le retrait immédiat du carburant.
Lors d’une seconde inspection, les agents ont constaté que le diesel avait été pompé et qu’il ne restait que des résidus dans les réservoirs.
Le Département des entreprises énergétiques devait déposer une plainte le 3 septembre auprès du commissariat de Makkasan afin d’engager des poursuites.
En vertu de la loi thaïlandaise sur le contrôle des carburants, le stockage de plus de 15 000 litres sans autorisation est passible de deux ans de prison, d’une amende pouvant atteindre 200 000 bahts, ou des deux peines.
Un data center autorisé comme entrepôt

Le data center EDGNEX BKK01 de Daria Data Center and Cloud Services, situé sur Rama IX Road à Bangkok, où plus de 200 000 litres de diesel ont été découverts sans autorisation.
Selon l’administration métropolitaine de Bangkok (BMA), le site appartient à Daria Data Center and Cloud Services Co, qui développe le projet « EDGNEX Data Centers BKK01 ».
L’autorisation concernait un bâtiment de quatre étages avec un niveau en sous-sol, d’une superficie de 12 249 m², sur Rama 9 Soi 6.
Le bâtiment avait été déclaré pour servir notamment d’entrepôt, de centre de stockage de données électroniques et de bureaux.
Cette autorisation ne couvrait toutefois pas le stockage de carburant, qui nécessite un permis distinct.
L’affaire a mis en lumière un problème plus vaste : la réglementation thaïlandaise n’a pas évolué aussi rapidement que le secteur.
La porte-parole du gouvernement, Rachada Dhanadirek, a indiqué que certains opérateurs pourraient demander des permis de construire en classant leurs bâtiments comme des entrepôts avant d’y installer des équipements et de les exploiter comme data centers.
Le ministre de l’Économie et de la Société numériques, Chaichanok Chidchob, a par ailleurs confirmé que des data centers de Bangkok se trouvaient dans des zones où leur implantation n’était pas autorisée.
Une réglementation mal adaptée aux data centers

Vue de Bangkok et du fleuve Chao Phraya. Photo : The Nation Thailand
Les data centers ne disposent actuellement d’aucune définition juridique spécifique en Thaïlande et ne sont pas considérés comme des usines au sens de la loi sur les établissements industriels.
Lorsqu’un projet est déclaré comme destiné au stockage de marchandises, il peut également échapper aux catégories soumises à une étude d’impact environnemental spécifique.
Le plan d’urbanisme de Bangkok comporte en outre une exception permettant notamment l’installation d’entrepôts le long de voies publiques disposant d’une emprise d’au moins 30 mètres, sous certaines conditions.
Une autre particularité concerne les réserves de carburant utilisées en cas de panne électrique.
Selon la législation actuelle, un stockage inférieur à 500 000 litres n’est pas soumis à une inspection de sécurité au titre de la loi sur le contrôle des carburants.
Cela ne signifie cependant pas que le carburant peut être stocké librement : au-delà de 15 000 litres, une autorisation reste obligatoire.
Un autre stockage de carburant inquiète à Hua Mak
L’affaire de Rama IX n’est pas la seule à susciter des interrogations.
Selon JustPow, des habitants de Hua Mak, dans l’est de Bangkok, s’inquiètent également d’un data center qui stockerait plusieurs centaines de milliers de litres de carburant.
Ces réserves servent à alimenter les générateurs de secours, indispensables pour maintenir les serveurs en fonctionnement en cas de coupure électrique.
Le ministre de l’Énergie, Ekanat Promphan, a désormais ordonné l’arrêt de la délivrance de nouveaux permis pour les installations de stockage de carburant de secours des projets de data centers dans l’ensemble de la Thaïlande.
Cette mesure est distincte de celle prise à Bangkok par le gouverneur Chadchart Sittipunt, qui a suspendu les nouveaux permis concernant les data centers dans la capitale pendant le réexamen des règles d’urbanisme et des procédures d’évaluation environnementale.
34 data centers recensés à Bangkok

STT Bangkok 1, un data center hyperscale situé dans le quartier de Hua Mak à Bangkok. Photo : STT GDC Thailand
Selon une étude de JustPow fondée sur des informations publiques ainsi que des données provenant d’entreprises et d’organismes concernés, 34 projets de data centers ont été recensés à Bangkok.
Parmi eux :
- 24 sont déjà en activité ;
- 7 sont en construction ;
- 3 sont encore à l’état de projet.
La plus forte concentration se trouve à Huai Khwang, avec neuf projets, devant Bang Na avec six et Bang Rak avec cinq.
La quasi-totalité se trouve dans des secteurs densément peuplés de la capitale.
Parmi les projets dont la nationalité des propriétaires a pu être identifiée, 10 appartiennent à des entreprises thaïlandaises, cinq à des sociétés singapouriennes et trois à des groupes japonais.
D’autres sont contrôlés par des entreprises malaisiennes ou britanniques, ainsi que par des coentreprises associant notamment des investisseurs thaïlandais, singapouriens et émiratis.
Ce développement rapide suscite déjà des interrogations plus larges sur les ressources nécessaires et les bénéfices réels pour le pays.
Voir : Centres de données en Thaïlande : opportunité ou piège ?
Une consommation électrique équivalente à 247 200 foyers

Compteurs électriques à Bangkok. Photo : Bangkok Post
Les données disponibles pour une partie de ces installations permettent à JustPow d’estimer leur demande électrique cumulée à au moins 247,2 mégawatts.
Cela correspondrait à la consommation électrique d’environ 247 200 foyers, ou à celle de l’ensemble de la province de Suphan Buri en 2025.
Si les data centers de Bangkok étaient considérés comme une province, ils se classeraient ainsi au 23ᵉ rang des 77 provinces thaïlandaises pour leur consommation électrique.
La consommation d’eau constitue un autre sujet de préoccupation.
En appliquant un indicateur international d’efficacité de l’utilisation de l’eau aux données électriques disponibles, JustPow estime que les 34 projets pourraient consommer environ 4,43 millions de mètres cubes d’eau par an, soit l’équivalent de près de 19 800 foyers.
Ces chiffres restent des estimations basées sur les données électriques disponibles et non sur des relevés de consommation réelle de l’ensemble des installations.
Jusqu’à 9 °C supplémentaires autour des data centers

Centre de données. Photo : Data Center News.
Les milliers de serveurs fonctionnant en permanence dégagent d’importantes quantités de chaleur.
Selon les données citées par JustPow, les data centers peuvent faire augmenter la température de leur environnement immédiat de 2 à 9 °C, un phénomène qualifié d’« îlot de chaleur des data centers ».
Cette chaleur pourrait s’ajouter au phénomène d’îlot de chaleur urbain déjà observé dans Bangkok.
Dans les zones concernées de la capitale, principalement situées dans le centre, les températures sont en moyenne 2,8 °C plus élevées que dans les secteurs environnants.
L’implantation de grandes installations informatiques dans des quartiers densément peuplés soulève donc des interrogations qui dépassent le seul stockage de carburant.
Un nouveau comité pour encadrer le secteur

Ekniti Nitithanprapas, vice-Premier ministre et ministre des Finances, préside le Data Centre Business Policy Committee chargé de renforcer l’encadrement des data centers en Thaïlande. Photo : The Nation Thailand
Face à la croissance rapide du secteur, le Premier ministre Anutin Charnvirakul a chargé le vice-Premier ministre Ekniti Nitithanprapas de présider le nouveau Data Centre Business Policy Committee.
Sa première réunion doit se tenir ce vendredi 4 septembre 2026.
Le comité doit revoir les lois, les réglementations et les critères appliqués par les différentes administrations afin d’établir un cadre national commun.
Les travaux doivent notamment porter sur l’usage des bâtiments, le stockage de carburant, la sécurité opérationnelle, les exigences environnementales et les effets des data centers sur les communautés voisines.
L’enjeu est important pour la Thaïlande, qui cherche parallèlement à attirer les investissements internationaux dans les infrastructures numériques.
Le gouvernement veut donc permettre à cette industrie stratégique de poursuivre son développement tout en renforçant la sécurité et la protection des populations vivant à proximité.
Voir aussi :
- La Thaïlande prépare un plan énergétique géant pour ses data centers
- La Thaïlande profite du boom de l’IA pour attirer les centres de données
- Thaïlande : Google installe un centre de données à Chonburi
- La Thaïlande devient un hub majeur pour les centres de données et les services cloud
- TikTok mise gros sur la Thaïlande avec un data center à 3,8 milliards de dollars
Sources : The Nation, The Nation, The Thaiger
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