La Thaïlande ambitionne de renforcer son statut de puissance alimentaire mondiale, mais une partie de ses agriculteurs traverse une période difficile.
Endettement, hausse des coûts et concurrence de produits agricoles importés à bas prix mettent sous pression les producteurs locaux.
Voir : Comment la Thaïlande peut devenir la puissance alimentaire de l’Asie ?
La Thaïlande veut conforter son statut de puissance alimentaire

Sacs de riz blanc thaïlandais.
La Thaïlande figure depuis longtemps parmi les grands producteurs et exportateurs mondiaux de produits agricoles et alimentaires.
Riz, sucre, volaille, fruits transformés et produits issus de l’industrie agroalimentaire contribuent largement à ses exportations.
Le gouvernement continue de miser sur ce secteur pour faire du royaume une importante plateforme mondiale de production et de commerce alimentaire.
Cette ambition s’inscrit dans la continuité des stratégies engagées ces dernières années pour moderniser l’agriculture, développer les produits à forte valeur ajoutée et renforcer la compétitivité internationale du pays.
Mais derrière les performances de l’industrie agroalimentaire, la situation est beaucoup plus difficile pour une partie des agriculteurs.
Les agriculteurs thaïlandais confrontés à une crise de la dette

Mise en botte des jeunes pousses de riz pour être replantées dans la rizière et récoltées 3 à 4 mois plus tard. Photo : Prasit Tangprasert
En juin 2026, Reuters a décrit une aggravation de la crise de l’endettement agricole en Thaïlande.
Les producteurs sont notamment confrontés à la hausse des prix du carburant et des engrais, tandis que les prix de certaines productions, comme le riz, restent insuffisants pour compenser l’augmentation des coûts.
La guerre en Iran a fortement aggravé la situation.
Selon Reuters, le prix de détail du diesel en Thaïlande a bondi de plus de 60 % à son pic en raison du conflit, tandis que le coût des engrais a augmenté de plus de 30 %.
Plus de la moitié des 3,73 millions d’agriculteurs ayant emprunté auprès de la Banque pour l’agriculture et les coopératives agricoles (BAAC) seraient enfermés dans une « dette-piège ».
Selon une étude de l’institut de recherche de la Banque de Thaïlande citée par Reuters, la plupart ont peu de chances d’en sortir avant leur retraite.
À ces difficultés structurelles s’ajoute une autre préoccupation : la concurrence de certains produits agricoles importés à bas prix.
Les fruits et légumes chinois gagnent du terrain
Le phénomène n’est pas nouveau.
Des commerçants interrogés par Thai PBS expliquaient vendre des fruits et légumes chinois depuis plus de dix ans, tout en constatant une progression de la demande au cours des dernières années.
Choux chinois, piments et autres légumes importés trouvent ainsi leur place sur les marchés thaïlandais.
Leur principal avantage réside dans leurs prix et leur disponibilité tout au long de l’année.
Ces importations peuvent notamment prendre le relais lorsque certaines productions locales deviennent plus rares ou plus coûteuses en raison des conditions météorologiques.
Elles répondent donc à une demande des consommateurs et des commerçants, mais peuvent aussi accentuer la concurrence pour les producteurs thaïlandais cultivant les mêmes produits.
Cette pression intervient alors que ces derniers doivent déjà composer avec des coûts de production élevés, des aléas climatiques et, pour beaucoup, un endettement important.
La guerre commerciale pourrait accentuer la concurrence

Containers en provenance de Chine.
Une analyse publiée par Thai PBS en avril 2025 avait identifié plusieurs produits agricoles susceptibles d’être davantage exposés à la concurrence chinoise en raison des bouleversements du commerce mondial.
Le ministère thaïlandais du Commerce surveillait notamment les conséquences des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, susceptibles de modifier les flux de marchandises.
C’est notamment le cas de l’ail.
Pour la campagne 2023-2024, la Thaïlande a produit environ 53 714 tonnes d’ail, alors que la demande intérieure atteignait 106 926 tonnes.
Le pays doit donc importer une partie importante de ses besoins.
En 2024, les importations thaïlandaises d’ail ont atteint 47 352 tonnes, provenant presque entièrement de Chine.
Les tensions commerciales pourraient ainsi détourner davantage de produits chinois vers la Thaïlande et accentuer la concurrence sur certains marchés.
D’autres produits agricoles sont également surveillés.
Cette évolution ne constitue toutefois pas uniquement une menace.
Des matières premières importées moins chères peuvent aussi profiter aux entreprises thaïlandaises qui les transforment avant de les vendre sur le marché intérieur ou de les exporter.
Des importations qui soulèvent aussi des questions sanitaires

Raisins analysés par la FDA. Photo : FDA thaïlandaise.
La question des importations agricoles a pris une autre dimension en 2024 avec la polémique autour des raisins Shine Muscat vendus en Thaïlande.
Le Thai Pesticide Alert Network (Thai-PAN), en collaboration avec des organisations de consommateurs, avait fait analyser 24 échantillons achetés dans différents points de vente de Bangkok et de sa périphérie.
Selon les résultats présentés par Thai-PAN, 23 des 24 échantillons présentaient au moins un résidu dépassant les limites prévues par la réglementation thaïlandaise.
Un échantillon contenait notamment du chlorpyrifos, une substance dont l’utilisation est interdite en Thaïlande.
Au total, les analyses avaient identifié 50 substances différentes dans l’ensemble des échantillons, mais cela ne signifie pas que chacune était présente dans chaque raisin testé.
L’origine chinoise n’avait par ailleurs pu être établie que pour neuf des 24 échantillons.
L’origine des quinze autres n’avait pas pu être déterminée.
L’affaire avait suscité une forte inquiétude parmi les consommateurs et affecté les ventes de ces raisins.
La FDA thaïlandaise renforce ses contrôles
La Food and Drug Administration (FDA) thaïlandaise avait toutefois apporté une nuance importante après la publication des résultats de Thai-PAN.
Son secrétaire général, Surachoke Tangwiwat, avait reconnu la présence des résidus détectés, tout en précisant que certains se situaient à des concentrations ne dépassant pas les normes de sécurité pour la consommation.
La présence signalée de chlorpyrifos devait en revanche faire l’objet de nouvelles analyses approfondies.
La FDA avait alors procédé à de nouveaux prélèvements dans les mêmes points de vente que ceux utilisés par Thai-PAN.
L’ampleur des contrôles réalisés cette année-là montre que le problème ne se limitait pas aux seuls raisins Shine Muscat.
En 2024, 506 échantillons de fruits et légumes prélevés aux postes de contrôle de la FDA ont été envoyés en laboratoire.
Parmi eux, 329 respectaient les normes et 177 étaient non conformes, soit 35 %.
Selon la FDA, les produits concernés devaient être détruits ou renvoyés vers leur pays d’origine et les importateurs pouvaient faire l’objet de poursuites.
L’agence avait également annoncé son intention de renforcer considérablement son dispositif en portant d’environ 500 à 5 000 le nombre d’échantillons soumis à des analyses en laboratoire, soit une multiplication par dix.
Une nouvelle cargaison de 6,9 tonnes de raisins Shine Muscat importés de Chine avait par ailleurs été contrôlée en novembre 2024.
Voir : Raisins contaminés en Thaïlande : les ventes chutent, la FDA invitée à agir
Les analyses n’avaient alors détecté aucun résidu dépassant les niveaux autorisés et la cargaison avait été déclarée propre à la consommation.
L’épisode illustre ainsi les deux facettes du problème : des non-conformités existent parmi les produits contrôlés, sans pour autant permettre de considérer l’ensemble des fruits et légumes importés comme dangereux.
Un équilibre difficile entre importations et agriculture locale

Riziculteurs en Thaïlande. Photo : UNDP
La situation met en évidence un paradoxe pour la Thaïlande.
Le pays veut développer ses exportations agroalimentaires et profiter de l’ouverture des marchés internationaux, tout en protégeant des millions d’agriculteurs confrontés à des coûts élevés et à un endettement persistant.
Limiter fortement les importations n’est pas nécessairement la solution.
Certains produits étrangers répondent à une demande que la production thaïlandaise ne peut pas entièrement satisfaire et permettent également à l’industrie agroalimentaire de disposer de matières premières moins coûteuses.
Mais leur arrivée à bas prix peut fragiliser les producteurs locaux lorsqu’ils cultivent les mêmes produits.
Le défi pour devenir une puissance alimentaire mondiale
La Thaïlande possède toujours de solides atouts pour renforcer sa place parmi les grandes puissances alimentaires mondiales.
Mais cette réussite ne dépend pas uniquement de la valeur de ses exportations.
La capacité du pays à réduire les coûts de production, améliorer les revenus agricoles, maîtriser l’endettement et contrôler la qualité des produits importés sera également déterminante.
Le défi consiste donc à profiter du commerce mondial sans laisser les agriculteurs thaïlandais les plus fragiles en supporter seuls les conséquences.
Une équation devenue d’autant plus importante que les tensions commerciales internationales peuvent rapidement modifier les flux de produits agricoles à destination de la Thaïlande.
À retenir
- La Thaïlande ambitionne toujours de renforcer sa position parmi les grandes puissances agroalimentaires.
- Plus de la moitié des 3,73 millions d’agriculteurs emprunteurs de la BAAC seraient confrontés à une dette de long terme difficile à résorber.
- La guerre en Iran a contribué à une forte hausse des coûts du diesel et des engrais en Thaïlande.
- Les tensions commerciales internationales pourraient accroître l’arrivée de certains produits agricoles chinois.
- En 2024, 177 des 506 échantillons de fruits et légumes analysés aux postes de contrôle de la FDA ne respectaient pas les normes.
Voir aussi :
- Thaïlande : un super El Niño menace l’agriculture et les prix alimentaires
- La Thaïlande détrônée : le Vietnam devient le 2e exportateur de riz
Sources : Reuters, Thai PBS, Thai PBS, Thai PBS, Food and Drug Administration (FDA), Thai PBS World, CTN News
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