Un nombre croissant d’étrangers se retrouvent en Thaïlande sans domicile, sans ressources et sans solution pour rentrer chez eux.
Aucun chiffre officiel n’existe aujourd’hui, mais les acteurs de terrain évoquent une augmentation nette et préoccupante du nombre d’étrangers en difficulté.
Longtemps perçu comme une destination accessible et accueillante, le royaume continue d’attirer des visiteurs du monde entier grâce à son coût de la vie relativement bas, ses politiques de visa souples et l’image idyllique véhiculée sur les réseaux sociaux.
Mais derrière cette vitrine séduisante, une “crise silencieuse” prend de l’ampleur : celle des ressortissants étrangers qui basculent progressivement dans la précarité.
De touristes à sans-abri : une bascule souvent brutale
L’accès facilité au territoire, notamment via des exemptions de visa pouvant atteindre 60 jours, combiné à une vision parfois trop optimiste de la vie en Thaïlande, pousse certains voyageurs à sous-estimer les risques d’un séjour prolongé.
Beaucoup arrivent sans préparation financière suffisante, sans assurance et sans véritable plan de secours.
Lorsque surviennent des imprévus — maladie, accident, vol, ou encore conséquences indirectes de crises internationales — la situation peut rapidement devenir critique.
Dans certains cas, des personnes sont victimes d’escroqueries en ligne et perdent complètement l’accès à leurs comptes bancaires.
La réouverture de ces comptes nécessite souvent un retour dans leur pays d’origine – ce qu’ils ne peuvent plus se permettre.
Le constat est sans appel : certains se retrouvent bloqués en Thaïlande, sans argent, sans logement et sans possibilité de repartir.
La société civile en première ligne face à l’urgence
Face à cette situation, des organisations locales tentent de combler le vide.
C’est notamment le cas de la Bangkok Community Help Foundation, qui joue un rôle crucial.
Initialement dédiée à l’aide aux populations thaïlandaises vulnérables, l’organisation a progressivement élargi son action aux étrangers en difficulté.
Son refuge, le « Centre of Dreams », accueille aujourd’hui aussi bien des Thaïlandais que des ressortissants étrangers, en leur offrant un hébergement, des repas, des soins de base et un accompagnement social.
La fondation collabore étroitement avec plusieurs ambassades à Bangkok — notamment celles de l’Allemagne, du Danemark, de la Suède, des Pays-Bas, de la Finlande, du Japon, du Chili, de l’Italie, de la Hongrie et des États-Unis — afin d’organiser des rapatriements.
Une hausse jugée alarmante par les acteurs de terrain
Pour Friso Poldervaart, cofondateur de l’organisation, la situation s’aggrave rapidement :
« Nous constatons une augmentation alarmante du nombre de ressortissants étrangers ayant besoin d’aide.
Beaucoup se retrouvent sans ressources, sans argent et incapables de rentrer chez eux.
Leurs visas expirent, ce qui les rend sans papiers dans le pays.
C’est pourquoi nous avons noué des alliances avec les ambassades étrangères à Bangkok pour les aider à rentrer chez eux. »
Les profils sont variés : mères célibataires avec enfants dont les comptes sont bloqués, victimes d’escroqueries, personnes impliquées malgré elles dans des réseaux transfrontaliers, ou encore voyageurs simplement à court d’argent après une mauvaise planification.
À ce jour, plus de 40 étrangers ont pu être aidés et rapatriés avec succès grâce à la coopération entre la fondation, les ambassades et les proches.
Une faille dans le système d’aide aux étrangers
Cette situation met en lumière une réalité peu connue : il n’existe aucun véritable filet de sécurité sociale pour les étrangers en difficulté en Thaïlande.
« La collaboration avec les ambassades est essentielle, car il n’existe aucun système d’aide pour les étrangers en difficulté.
Beaucoup ne sont pas assurés et n’ont plus d’argent, ce qui les empêche de quitter le pays sans assistance », explique encore Friso Poldervaart.
Les ambassades peuvent intervenir, mais leurs procédures prennent du temps.
Pendant ce délai, les personnes concernées dépendent entièrement d’initiatives privées pour se loger, se nourrir et survivre.
Une tendance appelée à s’amplifier
Dans un contexte mondial marqué par l’incertitude économique, les tensions géopolitiques et la multiplication des escroqueries en ligne, cette situation pourrait encore s’aggraver.
Le nombre d’étrangers confrontés à des difficultés à l’étranger est en hausse, et la Thaïlande, en tant que destination majeure, n’y échappe pas.
« Notre travail sera toujours au service de la Thaïlande et du peuple thaïlandais.
Mais puisque des étrangers viennent ici, ils peuvent aussi avoir besoin d’aide.
Nous devons venir en aide à toute personne dans le besoin, quelle que soit son origine », conclut Friso Poldervaart.
Une question pour l’avenir du tourisme en Thaïlande
Alors que le pays continue d’accueillir des millions de visiteurs chaque année, cette problématique soulève une question essentielle :
Comment anticiper et gérer les conséquences imprévues d’un tourisme de masse dans un monde de plus en plus instable ?
Lorsque le « rêve thaïlandais » se transforme en impasse pour certains, le défi devient clair : concilier attractivité touristique et responsabilité humaine, afin de ne laisser personne de côté.
Voir aussi :
La Thaïlande aide à rapatrier 40 000 touristes européens bloqués dans la région
Le tourisme en Thaïlande frappé par le conflit au Moyen-Orient : vols annulés et touristes coincés
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Source : Bangkok Post
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1 commentaire
Le passage de 57 à 93 pays éligibles à l’entrée sans visa en Thaïlande n’a pas dû arranger les choses non plus.