Autrefois commercialisé comme aide aux travailleurs, le yaba alimente aujourd’hui l’une des pires crises de drogue en Thaïlande.
Les mesures répressives seules s’avèrent impuissantes à y mettre fin.
Dans les villes et villages de Thaïlande, une petite pilule aux couleurs vives détruit discrètement les communautés.
Connues sous le nom de yaba — littéralement « drogue folle » —, ces comprimés de méthamphétamine et de caféine sont devenus l’une des urgences sanitaires les plus pressantes du pays, touchant toutes les classes sociales, tous les âges et toutes les régions.
Pendant des décennies, cette histoire a été racontée à travers le prisme de la police : saisies record, répression aux frontières et géopolitique trouble du Triangle d’Or.
Mais derrière les statistiques se cachent des individus en crise, des familles poussées à bout et un système de santé qui peine à suivre le rythme.
Voir aussi : Vies détruites, prisons surpeuplées : le coût caché du ya ba, la méthamphétamine en Thaïlande
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De produit incontournable dans les stations-service à marchandise criminelle

Les moines d’un temple du district de Bung Sam Phan ont tous été testés positifs au yaba et ont été contraints de quitter le monastère. Photo : Sunthorn Kongvarakhom
La méthamphétamine a fait son apparition en Thaïlande dans les années 1960, non pas comme une substance de contrebande, mais comme un produit légal.
Vendue sous le nom de ya-khayan — la « drogue de la diligence » —, elle était disponible dans les stations-service et les magasins ruraux.
Pour les chauffeurs routiers, les pêcheurs et les ouvriers agricoles, c’était un outil pratique : un moyen de répondre aux exigences rigoureuses d’une économie en pleine industrialisation.
Le gouvernement l’a interdite en 1970, mais son emprise sur certaines professions a perduré.
Au milieu des années 1990, le profil des consommateurs avait radicalement changé.
Une génération plus jeune et plus urbaine s’était mise à consommer cette drogue, non pas par nécessité physique, mais par pression sociale et, pour certains, comme moyen de gérer leur anxiété et leur détresse émotionnelle.
En 1996, les autorités ont tenté de changer l’attitude du public en renommant officiellement la drogue « yaba », dans le but délibéré de souligner son lien avec la psychose et les comportements erratiques.
La campagne de stigmatisation a eu un effet limité.
Une crise alimentée par l’autre côté de la frontière

Des gardes forestiers découvrent des sacs de drogue dans une zone proche de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie
Le flux constant de yaba vers la Thaïlande est indissociable du Triangle d’Or, zone frontalière entre la Thaïlande, la Birmanie et le Laos.
Autrefois synonyme d’opium, cette zone s’est transformée en un centre mondial de production de drogues synthétiques.
La méthamphétamine est désormais le produit de choix : moins cher à fabriquer, plus rentable et non soumis aux récoltes saisonnières.
Des laboratoires à l’échelle industrielle situés dans l’État Shan de Birmanie, en proie à des conflits, opérant dans des zones échappant au contrôle du gouvernement, produisent des pilules en toute impunité.
Les chiffres sont stupéfiants.
Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, un record de 236 tonnes de méthamphétamine a été saisi en Asie de l’Est et du Sud-Est en 2024, soit une augmentation de 24 % par rapport à l’année précédente, la sous-région du Mékong représentant à elle seule 200 tonnes.
Les autorités thaïlandaises ont intercepté un nombre record de 139 millions de pilules de yaba la même année.
Pourtant, les mesures répressives sont toujours en retard par rapport à la production.
Lorsqu’une voie de trafic est fermée, une autre apparaît.
Une pilule coûte généralement quelques centimes dans la rue dans certaines régions, ce qui la rend accessible aux plus vulnérables.
Un système de santé sous pression

Pilules de yaba, méthamphétamine vendue en Thaïlande.
La réponse officielle de la Thaïlande a combiné une répression stricte et des réformes timides en matière de santé publique.
Une politique autorisant la possession d’un maximum de cinq pilules — destinée à séparer les consommateurs des trafiquants — a marqué un tournant vers le traitement de la toxicomanie comme un problème de santé, bien que cette mesure soit toujours en cours d’examen.
Mais les infrastructures de traitement n’ont pas suivi le rythme de la demande.
Le pays ne compte que 1,28 psychiatre et 1,57 psychologue pour 100 000 habitants, ce qui est bien inférieur à la moyenne mondiale.
Les délais d’attente pour bénéficier de soins psychiatriques dans les hôpitaux publics peuvent s’étendre sur plusieurs mois.
En l’absence de services adéquats, certaines familles se sont tournées vers des programmes de désintoxication proposés par les temples, axés sur la communauté mais dépourvus de supervision clinique ou de méthodes fondées sur des preuves.
La punition seule ne suffit pas

Prisonniers dans une prison thaïlandaise. Photo : Thomson Reuters Foundation
Le défi auquel la Thaïlande est confrontée est profondément enraciné.
Le Triangle d’Or ne montre aucun signe de réduction de la production, les victoires en matière d’application de la loi sont rapidement compensées par le volume considérable de l’offre, et le système de santé publique reste sous-financé.
Il apparaît clairement qu’une réponse fondée principalement sur la punition ne peut résoudre une crise qui trouve ses racines dans la pression sociale, la santé mentale et la vulnérabilité économique.
La voie à suivre nécessitera un investissement soutenu dans des traitements fondés sur des données probantes, ainsi que la volonté de traiter les personnes prises dans l’emprise de la toxicomanie avec le même sérieux que les autres urgences de santé publique.
Sans un investissement massif dans la santé mentale et la prévention, la Thaïlande risque de continuer à courir derrière une crise qui se renouvelle plus vite qu’elle ne se résout.
Foire aux questions
Qu’est-ce que la drogue yaba ?
Le yaba est une forme de méthamphétamine mélangée à de la caféine sous forme de comprimés.
Il est couramment produit et trafiqué en Asie du Sud-Est et est connu pour ses effets stimulants, notamment une augmentation de l’énergie, de la vigilance et de l’euphorie.
Pourquoi le yaba est-il considéré comme hautement addictif ?
Le yaba affecte fortement le système dopaminergique du cerveau, qui régule le plaisir et la motivation.
Une consommation répétée réduit la capacité naturelle du cerveau à gérer l’humeur et le stress, ce qui entraîne une tolérance, une dépendance et des envies intenses.
Comment le yaba est-il généralement consommé ?
Le yaba est le plus souvent broyé et fumé, mais il peut également être avalé ou, plus rarement, dissous et injecté.
Le fait de le fumer permet à la drogue d’atteindre rapidement le cerveau, ce qui augmente à la fois son intensité et son potentiel addictif.
Quels sont les risques pour la santé liés à la consommation de yaba ?
La consommation de yaba peut entraîner des problèmes cardiaques, une hyperthermie, de la paranoïa, des hallucinations, de l’anxiété et un comportement agressif.
La consommation à long terme est associée à des troubles cognitifs, des dommages dentaires, la malnutrition et des troubles mentaux graves tels que la psychose et la dépression.
La dépendance au yaba peut-elle être traitée efficacement ?
Oui. Le traitement comprend généralement une désintoxication sous surveillance médicale si nécessaire, suivie d’une thérapie structurée pour traiter la dépendance psychologique et les troubles mentaux sous-jacents.
Des approches fondées sur des preuves, telles que la thérapie cognitivo-comportementale et les thérapies axées sur les traumatismes, sont couramment utilisées dans les programmes de rétablissement.
Où peut-on obtenir une aide professionnelle pour traiter la dépendance au yaba en Asie du Sud-Est ?
Les centres spécialisés dans le traitement de la toxicomanie en Asie du Sud-Est offrent des soins complets pour la dépendance aux stimulants.
Le recours à un soutien professionnel augmente considérablement les chances de rétablissement à long terme.
Voir : Les Meilleurs Centres de Réhabilitation en Thaïlande
Voir aussi :
La consommation de méthamphétamine augmente en Thaïlande car les prix baissent
Tous les moines d’un temple de Thaïlande testés positifs à la meth
Comment la Thaïlande peut-elle gagner sa guerre contre la drogue ?
Références
● Journal of Adolescent Health – Initiation à la consommation de méthamphétamine chez les jeunes toxicomanes thaïlandais : une étude qualitative
● Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) – Situation actuelle en matière de coopération régionale et sous-régionale pour lutter contre le problème mondial de la drogue
● Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) – Une opération internationale permet de saisir pour 1,05 milliard de dollars de drogues synthétiques
● Nations unies – Le yaba, la « drogue folle » d’Asie de l’Est
● ISEAS – La jeunesse perdue de la Thaïlande : crise de santé mentale et prix de la négligence politique
Source : The Nation Thailand
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