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La pêche au narguilé dans la province de Chanthaburi

par Redaction Thaïlande
Pêche au narguilé

Pratique de la pêche au narguilé en Thaïlande, un reportage sur une méthode de pêche dangereuse mais respectueuse de l’environnement.

Reportage réalisé par Guillaume Tougeron à Kung Wiman dans la province de Chantaburi.


lundi 19 novembre 2007.

Il a fallut attendre six mois pour que les conditions permettent aux pêcheurs de Kung Wiman de commencer la pêche au narguilé.

La pluie enfin finie et le vent tombé, j’ai rejoint l’équipe de Shon ce lundi dix-neuf novembre deux mille sept.

Shon est le capitaine et propriétaire du bateau, un bateau à moteur type “rueeyon” de dix mètres.

Son est le plongeur. Wanlop et son fils remontent les casiers, s’occupent des poissons et du tube d’air du plongeur.

Le stupa Kung Wiman

Le stupa Kung Wiman

 

Shon le capitaine

Shon le capitaine

 

Le départ se fait à six heures, au levé du soleil.

Quelques pirogues partent en même temps que nous de ce village de pêcheurs communautaire et traditionnel.


A leur bords: des casiers à poisson empilés les uns sur les autres.

Notre bateau sort de la lagune de Kung Kraben et avance tranquillement vers les récifs artificiels disséminés au large.

La mer est ici peu profonde: quinze-vingt mètres de fond sableux en moyenne et ce jusqu'à deux heures de bateau plein sud.

Proue du bateau

Proue du bateau

 

L’équipage prépare l’équipement pour la pêche au narguilé : trois glacières, la corde pour relever les casiers, le compresseur moyenne pression à entraînement thermique, le long tube d’air du plongeur, le GPS et le sonar à poissons.

Son se change et revêt un simple t-shirt à manches longues déchiré ainsi qu’un pantalon en coton moulant.

L’attirail de plongée se compose d’un masque type marseillais avec valve d’expiration, d’une ceinture de plomb bricolée à partir d’une chambre à air de moto, d’une paire de palmes raccommodées avec des bouts de bambous, enfin et surtout le tube d’air en plastique enroulé autour du bras.

On peu parler de minimalisme et c’est ce qui réconforte Son quand je lui montre mon scaphandre scuba.

Lui n’a pas tout cet attirail à monter et démonter qui pèse lourd et limite l’action sous l’eau.

Lors du briefing de Shon, j’apprends qu’ils ont soixante-dix casiers à poisson et qu’aujourd’hui ils vont en remonter la moitié.

Il est six heures trente du matin, le retour est prévu pour dix-huit heures. Pour l’instant je suis loin de réaliser l’ampleur de la tâche…


Pêche au narguilé : le compresseur

Pêche au narguilé : le compresseur

 

La pêche au narguilé en Thaïlande

La glacière

L'arrivée sur le lieu de pêche au narguilé

Une heure plus tard nous arrivons sur le premier récif artificiel.

Shon utilise son GPS pour se rapprocher au plus près des boîtes de béton immergées voila quelques années par l’office de la pêche.

Cinq minutes passent, c’est le signal !

D’une main Son attrape le bout de la corde à casier, de l’autre il met le tube d’air dans sa bouche, saute puis disparaît aussitôt dans une eau assez trouble.

Le vent frais du Tibet souffle et forme les vagues, c’est la transition entre la saison des pluies et la saison sèche.

Nous attendons cinq minutes avant que Son ne transmette le signal par la corde.

Shon s’efforce de manœuvrer le bateau pour que la corde et le tube soient en permanence sur le côté droit et à l’abri de l’hélice.

Bill remonte le casier, puis c’est au tour de Son de remonter.

Une saignée est faite dans le maillage du piège avec un couteau.

A l’aide d’une épuisette Bill vide les poissons du casier dans les glacières, rejette les indésirables à l’eau, referme le trou avec un bout de cordelette, nettoie les mailles avec une brosse métallique et enfin rince le casier et le pont duquel une eau marron et odorante se déverse dans la mer.

D’après Bill les poissons refusent de se laisser piéger dans un casier sale, il faut donc tous les nettoyer avant de les remettre à l’eau.

La remise à l’eau est donc l’étape suivante.

Il faut naviguer jusqu’au prochain casier que l’on remplacera par celui qui vient d’être remonté.

C’est la routine, la boucle qu’il va falloir répéter trente cinq fois aujourd’hui pour prélever la moitié de leur soixante-dix casiers.

Shon repère sur le GPS le prochain casier et navigue dix minutes, un intervalle de surface pour Son.

Le signal est donné, le casier jeté à l’eau coule à plomb. Quelques secondes plus tard Son descend le long de la corde du piège à poisson.

Une fois au fond il repère le bon endroit pour placer son casier qu’il attache au récif artificiel à l’aide d’une corde.

Déplacer un piège est quelque peu physique : vingt à trente kilos sur plusieurs mètres à la force des bras… et des palmes.

Étape suivante : détacher de ce casier la corde de support surface pour l’attacher à un autre rempli de poissons, donner le signal et remonter en se tenant à une distance respectable du casier pour prévenir tout emmêlement.

Lors de mes premières plongées avec Son je ne peux me retenir de stresser : la vitesse de remontée dépasse les vingt mètres par minute, il n’y a pas de palier de sécurité et le bateau manœuvre à quelques mètres seulement de nous…

Évidemment l’ordinateur crie au massacre, mais qui a parlé de plongée à l’ordinateur ?

La pêche au narguilé : sans décompression, sans palier

Son est là pour remonter du poisson, il a trente cinq plongées à faire aujourd’hui et il n’est pas question de décompression, de palier ni même d’azote dissout d’ailleurs.

Non, ici il est surtout question de tradition, de pratique et d’adaptation physiologique. Et je ne parle pas des séances de pêche au narguilé avec un harpon qu’il donne sur un fond de vingt mètres durant une demi-heure lorsque les récifs en valent la peine.

Chaque poisson harponné est glissé le long du tuyau d’air. Le spectacle est étonnant : l’air comprimé qui sort en permanence de ce tuyau laisse échapper des bulles par la bouche des poissons enfilés.

En général Son remonte un peu moins vite après ces plongées plus longues, il sait qu’une remontée trop rapide ne pardonne pas.

Il ne sait peut-être pas qu’avec de l’oxygène pur sur le bateau il pourrait limiter la casse en cas d’accident.

Mais qui pourrait lui expliquer? N’y-a t’il pas un office de la pêche à un kilomètre d’ici?

Son propre cousin ne plonge-t-il pas d’une manière plus sécurisée?

Autant de questions qui se heurtent à une tradition qui n’a que faire d’une science inabordable et souvent hautaine.

Les plongeurs qui pratiquent la pêche au narguilé à Kung Wiman, sont au nombre de huit et forment une communauté solidaire et traditionnelle dont la dureté du travail n’autorise pas des bureaucrates et encore moins des étrangers à juger de leur mode de vie.

De plus, leur technique de pêche est de loin une des plus propres qui soit : les récifs artificiels sont des environnements dédiés à cette pratique, il “produisent“ le poisson pêché.

Shon et ses amis ne prélèvent que les poissons consommables et de taille suffisante.

Les autres sont rejetés vivant sur leur récif d’origine.

Les casiers sont descendus sur le sable et placés à la main sans jamais écraser de corail.

On peut parler de développement durable, même si l’étiquette à un peu tardé à sortir de l’imprimante.

Pêche au narguilé : interview de deux plongeurs au village de pêcheurs de “Kung Wiman”.

Le 25 novembre 2007,  par Guillaume et Phamanee Tougeron.

Son et Thanagorn pendant notre interview

Son et Thanagorn pendant notre interview

 

G.T : Quel est votre nom et quel âge avez-vous ?

Son : Je m’appel Son, j’ai trente-sept ans.

Thanagorn : Je m’appel Thanagorn. Je suis plus jeune que lui. J’ai trente-cinq ans.

G.T : D’où venez-vous? Et vos parents et grands parents ?

Son : Ma famille et moi sommes d’ici.

Thanagorn : Son et moi sommes d’ici, nous sommes cousins. Son père est le frère aîné de mon père. On a le même nom de famille.

G.T : Vos parents et grand parents sont aussi pêcheurs ?

Son: Mes parents sont pêcheurs, pas mes grands parents.

Thanagorn: Mes parents travaillent pour le gouvernement.

G.T : Qu’est-ce que vos grands parents font si ils ne sont pas pêcheurs ?

Son : Mes grands parents sont fermiers.

G.T : Qui vous a appris à plonger de cette manière ?

Son : J’ai appris par moi-même.

Thanagorn : J’ai appris par moi-même dans la rivière. J’ai commencé avant lui quand j’avais dix ans. J’ai plongé en mer avant Son.

G.T : Quel âge aviez-vous lors de votre première plongée ?

Son : Quel âge j’avais? Hum… quelque chose comme vingt sept ans!

G.T : Aviez-vous peur lors de votre première pêche au narguilé ?

Son: Non je n’avais pas peur.

G.T : Etiez-vous excité ? Quelle sensation éprouviez-vous ?

Son : J’étais content de voir beaucoup de poissons.

G.T : Combien de temps avez-vous plongé de cette manière ?

Son : Depuis ma première plongée.

G.T : Combien de temps avez-vous plongé au total ?

Son : Environ dix ans, plongée en apnée incluse.

G.T : Quel est l’avantage de cette technique de plongée? Vous capturez plus de poisson ?

Son : Je peux choisir la taille des poissons. Sous l’eau je vois des bands de poissons entiers dont je peux choisir les plus gros spécimens.

G.T : Quel sont les inconvénients de cette technique ?

Son : Je ne vois pas d’inconvénient. Si le récif n’a pas de poisson on peut se déplacer sur un autre récif immédiatement.

G.T : Quelle est la profondeur moyenne de vos plongées? Quelle est la profondeur maximum ?

Son : La moyenne est de quatorze-quinze mètres. La profondeur maximum est de vingt mètres.

G.T : Combien de temps restez-vous sous l’eau quand vous plongez entre dix et quinze mètres ?

Son : Entre deux et trois heures.

G.T : Et pour une profondeur entre quinze et vingt mètres ?

Son: Même temps. Tout dépend si on voit beaucoup de poissons. Si on voit beaucoup de poissons on peut rester plus longtemps.

G.T : Vous voulez-dire que vous pouvez rester deux ou trois heures sous l’eau pour une plongée ou pour un jour complet ?

Son : Pour une plongée. Si on ne voit plus de poisson on remonte à la surface, mais si on voit encore du poisson on reste jusqu’à ce qu’on ne puisse plus en attraper ou qu’il n’y en ai plus.

G.T : Durant une journée combien de temps passez-vous sous l’eau ?

Son : Trois ou quatre heures…

Thanagorn : Non je ne crois pas. On passe plus de temps que ca sous l’eau. Depuis huit heures du matin jusqu'à cinq heures de l’après-midi… Tu penses combien d’heures ? On se repose deux heures seulement sur le bateau…

G.T : Trois ou quatre heures ?

Thanagorn : Non non! Plus que ca! Si on enlève le temps de repos je pense que le temps de plongée peut atteindre les six heures.

G.T : Comment savez-vous quand vous devez remonter à la surface ?

Thanagorn : On ne sait pas vraiment car on reste sous l’eau aussi longtemps qu’il y a de l’air dans le tube. On doit remonter seulement quand il y a un problème avec le compresseur.

G.T : Vous n’avez jamais la tête qui tourne ou bien des migraines quand vous restez rois ou quatre heures sous l’eau ?

Son : Non je ne sens jamais rien! Pas d’effet.

G.T : Vous n’avez jamais eut d’accident de plongée ? Jamais de sang à sortir du nez ou des oreilles en remontant à la surface ? Vous n’avez jamais eut de douleur ?

Son : Non je n’ai jamais rien ressenti de tel.

G.T : Même la tête qui tourne ?

Son : Oui il m’est arrivé d’avoir la tête qui tourne car j’avais un rhum.

G.T : Vous n’avez jamais eut de problème avec la corde ou le tube d’air ?

Son : Oui, il m’est arrivé que le tube d’air casse ou que je le perde. A chaque fois je suis remonté à la surface normalement. Une fois j’ai même eut ce problème trois fois en une journée. J’étais à dix neuf mètres quand le tube d’air a cassé et que je me suis retrouvé sans air. J’ai dû remonter, mais il ne m’est rien arrivé.

G.T : Pendant vos remontées d’urgence, remontez-vous en expirant des bulles ?

Son : Non, je remonte normalement.

G.T : Avez-vous observé des accidents de plongée dans votre communauté ?

Son : Oui mon cousin est mort après une plongée. Il était tombé KO sur le bateau après une plongée.

G.T : Quelle-est la vraie cause de cet accident ?

Son : Je pense que cet accident s’est produit parce qu’il est remonté trop vite a la surface. Il avait du sang à sortir de son nez et de sa bouche. Je pense que ses poumons ont explosé.

G.T : Etait-il malade ? Si oui quelle genre de maladie ?

Son : Il avait souvent des migraines. Pendant ses plongées il avait des migraines.

G.T : Y a-t-il eut d’autres accidents dans votre communauté ?

Son : Rien d’autre. Seulement des problèmes de tubes cassés et de migraines, mais une seule personne est morte.

Thanagorn : Personnellement j’utilise de l’huile synthétique pure pour mon compresseur, mais Son utilise encore de l’huile normale. J’ai étudié la plongée avec un instructeur à Chanthaburi. Je fais des paliers de sécurité, mais les autres plongeurs-pêcheurs ne connaissent pas ca car ils ne l’ont pas appris.

G.T : Vous leur en avez parlé ?

Thanagorn : Non, je pense qu’ils sont bons dans ce qu’ils font. Tout dépend du professionnalisme du plongeur. Je suis prudent en faisant des paliers de sécurité, en utilisant de l’huile de synthèse, et aussi je ne plonge jamais aussi longtemps qu’eux. Dans ce coin il y a seulement sept ou huit personnes qui plongent comme ca. Dans un autre coin ils plongent encore en apnée. C’est une vieille habitude.

G.T : Est-ce-que d’autres plongeurs sont morts dans le coin ?

Thanagorn : Oui, je connaissais un pêcheur qui avait commencé la plongée dix ans avant moi. Cela faisait vingt ans qu’il plongeait. Il est mort après une plongée sans aucun symptôme.

G.T : Connaissez-vous la cause de sa mort ?

Thanagorn : On ne connait pas la cause. On sait seulement qu’après une plongée il s’est endormi sur le bateau pendant un bon moment. Il ne s’est jamais réveillé. Il n’y a pas eut de sang à sortir de sa bouche ou de son nez.

G.T : Vous-êtes sur qu’il n’y a pas eut de symptôme ?

Thanagorn : Oui, il a finit sa plongée, puis il a pris une douche et s’est reposé un long moment. Puis il est juste décédé.

G.T : Comment communiquez-vous avec le bateau quand vous êtes sous l’eau ?

Son : Vous voulez-dire pour la pêche au harpon ou la pêche au casier ?

G.T : Les deux.

Son : Pour la pêche au harpon on n'a pas besoin de communiquer. Après avoir capturé le poisson je remonte à la surface. Une fois à la surface je me retrouve en général loin du bateau. Je leur fais signe de la main pour que celui qui s’occupe du tube d’air l’enroule sur le bateau puis je nage vers le bateau. Pour les casiers, je donne le signal en tirant sur la corde attachée au casier pour qu’ils sachent qu’ils doivent le remonter.

G.T : Est-ce-que vous chantez sous l’eau pour vous encourager, car j’entendais comme un chant quand je plongeais avec vous ?

Son : Non je ne chante pas sous l’eau. Le bruit est causé par l’air quand je respire. Je respire quand j’en ai besoin. L’air sort en permanence du tube, comme un détendeur en débit continu.

G.T : Cela veut dire que vous ne respirez pas en permanence sous l’eau ?

Son : Non, quand je pêche au harpon j’enlève le tube de ma bouche et je le passe à travers le poisson pêché.

G.T : Donc pendant ce temps la vous retenez votre respiration ?

Son : Oui quand je passe le tube à travers le poisson je retiens ma respiration.

G.T : Avez-vous des croyances spécifiques à la pêche et la mer ?

Son : Oui, on croit en Mae Ya Nang (Les Thais croient que l’esprit de cette femme protège les bateaux) et j’ai aussi un bracelet sacré.

G.T : Tout le monde croit en le même esprit ici ?

Son : Oui, on croit en Mae Ya Nang et Chao Mae. Chao Mae est l’esprit protecteur des maisons.

G.T : Comment pratiquez-vous ce culte ?

Son : Nous faisons une cérémonie une fois par an.

G.T : Quelles différences voyez-vous entre votre technique de plongée et la plongée scuba ?

Thanagorn : Pour faire de la plongée scuba vous avez besoin de faire une formation, de payer le détendeur et le gilet stabilisateur. Cela coûte beaucoup d’argent. Il faut aussi payer les blocs et le compresseur ce qui fait dans les cent mille bahts (environ deux mille deux cent euros). Nous n’avons pas les moyens de payer tout ca.

G.T : Est-ce légal ou bien illégal de pêcher avec un scaphandre scuba ?

Thanagorn : Cela n’est pas illégal. Mais pour la plongée scuba il faut une licence pour pouvoir acheter les blocs. Notre technique de plongée narguilé est plus simple et moins coûteuse.

G.T : Utilisez-vous des filtres pour votre compresseur ?

Thanagorn : Nous avons deux boîtes dans le compresseur. Une boîte contient de l’eau qui filtre la poussière et les particules.

G.T : Depuis que vous pêchez au narguilé, avez-vous rencontré des problèmes avec les autres communautés ou compagnies de pêche ?

Thanagorn : Quand on a commencé à pêcher au harpon on a eut des problèmes avec les gros bateaux de pêche. Ils nous accusaient d’attraper tous les gros poissons. C’est pourquoi maintenant on pêche principalement au filet et au casier. Les problèmes viennent toujours de ces grosses compagnies… Ils nous accusent aussi d’utiliser du cyanure, mais ce n’est pas vrai. En tout cas quand ils se sont plaints on a dû arrêter la pêche pendant un bon moment.

G.T : Et maintenant vous n’avez plus de problèmes ?

Thanagorn : Oui maintenant ca va. C’est mieux que de travailler comme salarié en tout cas. On gagne plus d’argent que si on travaillait pour quelqu’un.

G.T : Dans votre communauté vous travaillez en équipe puis vous vendez le poisson et partagez l’argent gagné ?

Thanagorn : Oui tout a fait. Ici il y a quatre équipes comme ca.

G.T : Combien de temps dure la saison de la pêche? Combien de mois et quand est-ce-que cela commence ?

Thanagorn : Nous commençons juste après la fin de la mousson, vers novembre. Nous pêchons cinq ou six mois par an.

G.T : A qui vendez-vous le poisson? Où le poisson est-il revendu ?

Thanagorn : Les acheteurs viennent chercher le poisson ici, c’est toujours les mêmes. Son vend ses poissons aux gens d’ici et de Tha Mai (petite ville à 20 kms de Kung Wiman), je vends mes poissons à des gens qui viennent de Rayong (grosse ville industrielle a 100 kms de Kung Wiman).

G.T : Ou vendent-ils le poisson ensuite? Au marche ou ailleurs ?

Thanagorn : Certains vendent le poisson au marché, mais les poissons les plus prisés sont revendus à Bangkok. Les mérous par exemple.

G.T : Avez-vous des contacts avec la police ou d’autres administrations ?

Thanagorn : Oui j’ai eut quelques expériences. Ils disaient que j’utilisais du cyanure. La police maritime m’a abordé en mer avec l’office de la pêche et un avocat. Ils ont fouillé partout mais n’ont rien trouvé car on en a jamais utilisé. Je leur ai dit de prendre mes poissons pour les analyser mais ils ont refusé. D’après eux il y a trop de procédures à effectuer pour analyser le poisson, et il faudrait l’envoyer à Bangkok. Tout cela est arrivé à cause de ces grosses compagnies qui n’ont pas fait de bonnes prises et se sont retournées contre nous.

G.T : Plongez-vous sur les récifs artificiels ?

Thanagorn : Oui.

G.T : Que préférez-vous entre les récifs artificiels et les récifs naturels ?

Thanagorn : Les récifs naturels sont plus poissonneux.

G.T : Qui fabrique les récifs artificiels ?

Thanagorn : L’office de la pêche.

G.T : L’office de la pêche de Chanthaburi ?

Thanagorn : L’office de Rayong. L’office de Chanthaburi fait seulement de la recherche scientifique. L’office de Chanthaburi a quand même fait un récif, mais la plupart ont été fait par l’office central de Rayong Ban Phe.

G.T : Les récifs artificiels sont-ils attribués à des pêcheurs précis ou est-ce-que tout le monde peut les exploiter ?

Thanagorn : N’importe qui peut utiliser ces récifs, à partir du moment où il a un GPS et un bateau.

G.T : Avant qu’ils n’implantent ces récifs artificiels, vous alliez pêcher à Koh Chang et Koh Kut ?

Thanagorn : Oui, on allait là-bas pour trois ou quatre nuits, mais maintenant le pétrole est trop cher donc on a arrêté. On y retourne quand-même de temps en temps.

G.T : Pensez-vous que ces récifs artificiels sont une bonne chose pour vous ?

Thanagorn : Oui, je pense que c’est bien pour nous, même si les poissons ne sont pas aussi gros que sur les récifs naturels. Les récifs naturels sont plus poissonneux.

G.T : Y a-t-il beaucoup de pêcheurs à plonger sur les récifs naturels ?

Thanagorn : Non pas beaucoup car peu de pêcheurs savent plonger comme nous.

G.T : Y a-t-il plus de pêcheurs-plongeurs qu’avant ?

Thanagorn : Pas vraiment. Peut-être un ou deux plongeurs de plus. Peu de pêcheurs savent plonger comme ca, et beaucoup ont déjà arrêté. La plupart des gens plongent pour le plaisir, pas en tant que professionnels comme nous.

G.T : Est-ce-que certaines espèces de poisons sont plus courantes qu’avant ?

Thanagorn : Oui il y a plus de petits poissons, mais certains équipements modernes comme le GPS et de mauvaises techniques de pêche comme les filets illégaux des gros bateaux de pêche, qui ont des mailles de deux centimètres de large, sont mauvais pour les ressources. S’ils n’utilisaient pas ces équipements il y aurait plus de poisson.

G.T : Certaines espèces de poissons sont-elles moins courantes qu’avant ?

Thanagorn : Les mérous sont moins nombreux, mais il y a plus de petits poissons.

G.T : Trouvez-vous qu’il y a plus de raies pastenagues à points bleus qu’avant? (les raies pastenagues prolifèrent à cause de l’extermination des requins, leurs prédateurs).

Thanagorn : Oui, beaucoup plus. Mais on ne les pêche pas car ça ne vaut rien.

G.T : Et les lamantins ?

Thanagorn : On en a vu dans les environs, il y en a trois ou quatre.

G.T : Et les requins ?

Thanagorn : Oui j’en ai vu quelques-uns. Des petits requins à côté de l’ile Koh Maan. Ici les requins aiment les eaux claires et peu profondes.

G.T : Pensez-vous que les gros bateaux de pêche présentent une menace pour l’environnement marin ?

Thanagorn : Oui car ils utilisent des filets avec des mailles de deux centimètres qui attrapent tout et ils ont des machines pour les remonter. De plus ils vendent tout ce qu’ils attrapent, petits et gros poissons.

G.T : Avez-vous entendu parler des kidnappings organisés par la mafia pour enrôler de force des marins sur les bateaux de pêche qui partent en eaux indonésiennes ?

Thanagorn : J’en ai entendu parler, ça a lieu dans le sud de la Thaïlande.

G.T : Comment cela se passe-t-il ici ?

Thanagorn : Dans notre région les pêcheurs louent les gros bateaux à des compagnies.

G.T : Et les bateaux de Laem Sing (un port de pêche local) ?

Thanagorn : Ils emploient des marins cambodgiens.

G.T : Ils n’emploient pas de marins thaïlandais ?

Thanagorn : Non, personne ne veut travailler sur ces bateaux parce que ça paye trop mal. Quand on va pêcher au narguilé on gagne à peu près dix mille baht (deux cent vingt euros) en deux jours et on n’a pas trop de soucis.

G.T : Combien payent-ils les marins cambodgiens ?

Thanagorn : Quelque chose comme trois mille bahts par mois (soixante cinq euros).

G.T : Comment font-ils pour vivre avec aussi peu ?

Thanagorn : La plupart du temps ils restent sur le bateau, ils mangent et dorment sur le bateau. Ils peuvent aussi pêcher du poisson pour le revendre eux-mêmes.

G.T : Le salaire est vraiment trois mille bahts ?

Thanagorn : Oui c’est pourquoi ils ne sortent pas trop de leur bateau.

G.T : Pensez-vous que ces gros bateaux entraînent une baisse des ressources en poisson ?

Thanagorn : Il y a longtemps de ca j’attrapais des gros poissons tous les jours. Puis les gros bateaux sont arrivés et je n’en ai plus attrapé beaucoup, parfois même aucun.

G.T : Quelles sont les conséquences des fermes de crevettes ?

Thanagorn : Je ne sais pas grand chose à ce sujet car je ne pratique pas l’aquaculture de crevette. Néanmoins je trouve que cela rend l’eau turbide, ce qui fait fuir le poisson vers des zones ou l’eau est plus propre. On ne peut pas pêcher au harpon dans une eau turbide.

G.T : Actuellement le business des fermes à crevette ne marche pas bien. Qu’est ce que les fermiers font avec leurs bassins une fois l’aquaculture finie ?

Thanagorn : Oui ca ne va pas fort en ce moment. Les fermiers qui arrêtent leur activité laissent leurs bassins à l’abandon. Au début ce business marchait très bien mais nombreux sont ceux qui ont perdu des millions de bahts!

G.T : Pourquoi ?

Thanagorn : Parce-que les crevettes sont fragiles, il est difficile de s’en occuper. Si l’eau du bassin est un peu polluée les crevettes peuvent tomber malades et mourir très vite.

G.T : Apprenez-vous à vos enfants la plongée et la pêche ?

Thanagorn : Pas maintenant car ils sont encore trop jeunes, et puis je les laisserai faire ce qu’ils voudront. Comme pour moi : j’ai été charpentier puis antenniste avant de plonger.

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3 commentaires

Pierreto 9 décembre 2016 - 8 h 07 min

Je remet le dernier commentaire de Caroline qui a été effacé suite à l’installation d’une sauvegarde :

Bonjour, merci pour ce reportage. C’est un sujet très peu abordé et qui me tiens à cœur étant moi même plongeuse et également chasseuse ( sans bouteille bien entendu )
je parts faire un tour du monde avec mon époux et mes enfants et souhaitons mettre à bien des projets humanitaires.
Notamment pour les pêcheurs au narguile.. Je pensais pouvoir faire une collecte d’ordinateur de Plongee et leur offrire afin d’éviter les accidents de décompression.
Du plusieurs forum j’ai lu que ces pêcheurs sucuidaires n’avais que faire de l’instruction des tables de Plongee ( sans doute trop restrictives à leur activite ) mais pensez vous que des ordinateurs pourrais les aider .. Ou sinon par quel biais est il possible de les aider … Je pensais à des bouteilles d’oxygène pure mais je pense que l’importation sera compliquée …
Merci

Réponse
Pierreto 9 décembre 2016 - 8 h 15 min

Et je reposte ma réponse :

Salut Caroline,
Je ne suis plus en contact avec l’auteur de cet article et je ne connais pas de plongeurs thaï, mais je pense que si tu leur donne des ordinateur de plongée (je ne sais même pas ce que c’est, sûrement un machin pour dire la profondeur et aider à respecter les paliers) ils risquent de le revendre plutôt que de l’utiliser, mais qui sait…

Réponse
Gi 25 novembre 2020 - 15 h 02 min

Pêche traditionnelle avec un narguilé….

Il n y a rien de traditionnel à utiliser un moteur. Étant plongeur ça n’a rien de respectueux envers l’environnement, ils abîment les récifs naturelles, captures des espèces classés, tortues et j’en passe.

Entre les gros pêcheurs et eux la mer d’Andaman souffre.

Réponse

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