Les centres d’appels dirigés par des criminels en Birmanie sont à bout de souffle grâce à la stratégie de répression mise en place par la Thaïlande.
Trois mois après le lancement de sa campagne « 3 Cuts » (3 coupures) le gouvernement thaïlandais revendique une victoire majeure contre les réseaux de cybercriminalité frontaliers.
Voir : Sous la pression de la Chine, la Thaïlande s’attaque enfin aux centres d’appels
L’opération a débuté le 5 février et visait à couper l’alimentation électrique, l’approvisionnement en carburant et l’accès à Internet de cinq centres d’escroquerie notoires situés à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie.
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Une baisse significative des activités illicites

Centre d’appel situé de l’autre côté de la rivière Moei, au Myanmar, au sud de Myawaddy et de Mae Sot, en 2022.
Ce complexe se composerait principalement de dortoirs dont les résidents sont soupçonnés d’être des escrocs travaillant dans des centres d’appels.
Le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Phumtham Wechayachai, a déclaré le jeudi 8 mai :
« Ces mesures ont perturbé l’infrastructure qui soutient ces réseaux criminels.
La pression a contraint bon nombre de ces opérations à se délocaliser ou à fermer complètement. »
Les sites visés comprennent Myawaddy et Tachileik dans l’État de Shan, deux points chauds situés en face des villes de Mae Sot et Mae Sai en Thaïlande.
Phumtham a indiqué que l’activité des centres d’appels avait considérablement diminué dans ces zones, qui regorgeaient auparavant d’activités illicites.
Cette opération s’inscrit dans le cadre de la campagne plus large « Seal, Stop, Save » (Sceller, arrêter, sauver), qui vise également les réseaux de traite d’êtres humains et de trafic de drogue.
La police affirme avoir enregistré une augmentation de 60 % des arrestations et des poursuites depuis le lancement de cette initiative.
Une stratégie difficile à étendre à d’autres pays

Femme dans un centre d’appel.
Malgré ce succès, les responsables admettent que cette stratégie n’est pas facile à reproduire ailleurs.
Les discussions avec les pays voisins, comme le Cambodge et le Laos, s’avèrent compliquées, car la Thaïlande cherche à lutter contre la criminalité sans entraver le commerce transfrontalier.
« Certains opérateurs économiques ont fait part de leurs inquiétudes concernant les perturbations des exportations », a déclaré Phumtham.
« Mais seul un petit nombre de commerçants ont été touchés, principalement là où les points de passage informels, souvent exploités par les trafiquants, ont été fermés.
Le commerce officiel n’est pas affecté. »
Des victimes toujours en attente de rapatriement

Des victimes des centres d’appel birmans sont renvoyées en Thaïlande en février 2025. Photo : The Nation Thailand
Parallèlement, le coût humain de cette politique reste à évaluer.
De nombreux employés de centres d’appels, attirés par de fausses promesses, sont toujours bloqués ou détenus.
Les efforts de rapatriement, en particulier pour les victimes originaires d’Afrique et d’Amérique latine, continuent de se heurter à des obstacles diplomatiques, car certains pays ne veulent pas organiser le rapatriement de leurs concitoyens.
Le ministre des Affaires étrangères, Maris Sangiampongsa, a confirmé que l’Éthiopie avait rapatrié le premier groupe de 282 victimes de la traite à des fins d’escroquerie en Birmanie. 469 autres devraient suivre.
À l’issue de discussions avec le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, lors d’une réunion des pays du BRICS au Brésil, Maris a déclaré :
« Cette coopération reflète la détermination croissante de la communauté internationale à s’attaquer aux causes profondes de la traite des êtres humains et de la cybercriminalité ».
Un impact mesurable sur la cybercriminalité

L’intérieur d’un centre d’appel abandonné à Phaya Tong Su, en Birmanie, montre du mobilier de bureau abandonné, photographié le 12 février 2025.
Un mois seulement après le début de la campagne, les signalements de cybercriminalité ont chuté de 20 % par rapport aux 31 159 cas enregistrés en janvier.
Le gouvernement avait signalé une diminution de 80 % des escroqueries des centres d’appel en mars dernier.
Ce recul nourrit l’espoir que la stratégie thaïlandaise, soutenue par la Chine et désormais relayée à l’international, pourrait faire reculer durablement les réseaux criminels basés en Birmanie.
Il reste encore à s’attaquer aux centres situés au Laos et au Cambodge pour permettre un véritable retour des touristes asiatiques, principalement chinois, qui évitent la Thaïlande par crainte de se faire enlever.
Voir : Tourisme chinois en chute : la Thaïlande lance un plan de relance
Voir aussi :
Bâtir un mur entre la Thaïlande et le Cambodge contre les centres d’appel
La Chine se joint à la Thaïlande dans la lutte contre les centres d’appels
Thaïlande : 7 000 victimes libérées de l’enfer des centres d’appel birmans
Scandale en Thaïlande : 2 généraux liés aux centres d’appel birmans
Les complices des centres d’appels birmans prêts à coopérer avec la Thaïlande
Horreur des centres d’appels au Cambodge : kidnapping, torture, viol
Comment des centres d’appels ruinent les personnes vulnérables en Thaïlande ?
Un Thaïlandais kidnappé et torturé est mort dans une prison au Cambodge
L’industrie de la cyber-escroquerie se développe au vu et au su de tous au Cambodge
Source : Bangkok Post
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1 commentaire
Belle avancée de la méthode thaïlandaise pour mettre à bas ces centres d’appels informatiques frauduleux et au-delà le trafic et la traite d’êtres humains liés à cette activité mafieuse.
J’étais assez sceptique sur les résultats escomptés en tablant sur des solutions de rechange possibles adoptées par les criminels à la tête de ces escroqueries en ligne, mais ceux-ci n’ont pu trouver en Birmanie, l’aide ou les ressources pour restructurer leur organisation et trouver des solutions de rechange…
On se demande dans quelles mains sont passés les millions récoltés frauduleusement et dans quelle mesure les « parrains » n’ont pas eux-mêmes préféré abandonner leurs centres en déroute au lieu d’investir leurs bénéfices et de les restructurer pour les garder actifs…
Privés d’internet, d’électricité et de carburant, il devenait évidemment difficile à ces gangs de cybercriminalité de survivre, privés de leurs sources d’existence logistique et de leurs potentielles protections politiques.
Une bataille importante est en voie d’être gagnée, mais pas la guerre, car comme le souligne l’article, le problème demeure au Laos et au Cambodge où intervenir pour la Thaïlande est plus délicat et moins évident…
Il serait peut-être utile de faire entrer en jeu l’amitié qui lie de longue date le chef de l’Armée, ancien Premier Ministre et dirigeant toujours actif du Cambodge Hun Sen (remplacé officiellement par son fils au poste de 1ᵉʳ ministre) et Taksin Shinawatra, très proche du pouvoir cambodgien depuis de nombreuses années, pour trouver une solution diplomatique et judiciaire pour faire intervenir manu militari les forces de polices conjointes thaïlandaises et cambodgiennes pour un démantèlement massif des organisations similaires au Cambodge et l’arrestation de leurs chefs et dirigeants mafieux…
Tout le monde sait où ils opèrent, séquestrent leur main d’œuvre forcée et dans quels bâtiments ils les font travailler comme des esclaves…
La différence avec la Birmanie, c’est que la corruption érigée en véritable institution et liée à la criminalité et aux gangs mafieux, remonte jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir et pourraient venir éclabousser l’actuel PM, Hun Manet qui a succédé à son père Hun Sen en 2023, après des élections « démocratiques »…
De nombreuses réunions et missions « diplomatiques » de délégations et groupes de travail de la police thaïlandaise avec leurs homologues cambodgiens ont eu lieu depuis plusieurs années sans que rien ne bouge fondamentalement et se sont résumées à de belles paroles et de belles promesses, restées lettres mortes sitôt la police thaïlandaise rentrée au pays !!!