L’un des leaders de la brigade des gardes frontières Karens (BGF) qui héberge des centres d’appels d’escrocs, veut coopérer avec la Thaïlande.
Face aux annonces de plusieurs pays sur l’intensification de la lutte contre les centres d’appel et aux récentes coupures d’internet, de l’électricité et de carburant de la Thaïlande aux villes qui hébergent ces centres en Birmanie, la BGF s’inquiète.
Voir : Sous la pression de la Chine, la Thaïlande s’attaque enfin aux centres d’appels
La brigade qui est composée de Karens bouddhistes alliés à la junte birmane, héberge depuis des années les centres d’appels d’escrocs sur le territoire qu’elle contrôle en toute impunité.
D’après le témoignage du chauffeur de voiture qui a participé au kidnapping d’un acteur chinois, ses ordres venaient de militaires Karens de la BGF, donc ils sont directement impliqués.
Voir : La Thaïlande sauve l’acteur chinois kidnappé en Birmanie évitant un scandale
De même, lorsque la Thaïlande veut faire libérer un otage kidnappé par ces centres d’appel, parce que sa disparition a été mise en avant dans la presse, tout laisse à penser qu’elle contacte la BGF.
Ensuite, on ne sait pas si elle paye une rançon ou si la libération est obtenue par des pourparlers, car rien n’est révélé, ils annoncent juste que « la Thaïlande a libéré un prisonnier ».
La BGF tente de s’innocenter

Le lieutenant-colonel Nay Maung Soe, commandant adjoint de la Brigade des gardes-frontières (BGF).
Le lieutenant-colonel Nay Maung Soe, commandant adjoint de la BGF à Myawaddy, dans l’État de Kayin, en Birmanie, insiste sur le fait que ses forces ne restent pas inactives dans la lutte contre les gangs des centres d’appel.
S’adressant aux journalistes, il a réaffirmé l’engagement de la BGF à collaborer avec les autorités thaïlandaises pour lutter contre les réseaux criminels opérant le long de la frontière.
La BGF avait organisé une réunion avec les criminels chinois qu’elle héberge en janvier 2025 et affirmé qu’elle allait lutter contre les kidnappings et les tortures.
Voir : Les criminels birmans qui menacent le tourisme en Thaïlande font une déclaration choc
Selon Nay Maung Soe, les investisseurs chinois ont d’abord demandé l’autorisation d’opérer dans les zones contrôlées par la BGF sans dévoiler leurs véritables intentions.
La BGF a accordé l’accès dans le but de favoriser le développement économique, d’améliorer les infrastructures locales et de créer des emplois pour la population de l’État de Kayin.
Cependant, la montée en puissance des syndicats de centres d’appel est devenue un défi majeur, auquel la BGF ne peut s’attaquer seule sans affecter les communautés locales.
Il a souligné que les fonds provenant des entreprises chinoises ont été utilisés pour construire des routes et des ponts, améliorant ainsi la qualité de vie des habitants.
Malgré cela, les activités criminelles liées à ces opérations ont contraint la BGF à adopter une approche mesurée pour résoudre la situation.
La BGF travaille avec le gouvernement birman, les missions diplomatiques et les autorités thaïlandaises, a déclaré Nay Maung Soe, révélant que plus de 2 000 victimes d’escroqueries dans des centres d’appel ont déjà été secourues et rapatriées, principalement en Thaïlande grâce à la proximité de ce pays.
Il a affirmé la volonté de la BGF de renforcer la coopération avec les autorités thaïlandaises pour démanteler ces réseaux criminels.
Soulignant les liens historiques entre les deux nations, Nay Maung Soe a appelé la Thaïlande à reconsidérer ses politiques en matière d’approvisionnement en électricité et en carburant de la Birmanie, soulignant que les populations locales en souffrent.
Bien que l’armée ne formule pas de demandes spécifiques, a-t-il déclaré, sa principale préoccupation est « le bien-être des civils ».
Récemment, la BGF a annoncé avoir sauvé (plutôt libéré) plus de 100 ressortissants étrangers, principalement des Indonésiens, qui se trouvaient dans ses centres d’appel.
Ces personnes seront bientôt remises aux autorités thaïlandaises au poste frontière de Mae Sot-Myawaddy, pont 2.
En raison de la nature sensible des opérations, ils ont déclaré que « les sauvetages » sont effectués par petits groupes avant que les victimes ne soient rassemblées pour être rapatriées.
Le véritable visage de la BGF

Réunion organisée par la Brigade des gardes frontière avec des militaires et des chefs d’entreprise (mafias chinoises) dans la ville de Myawaddy en Birmanie, le 15 janvier 2025.
Selon un article de Burma News International (BNI), un journal composé d’organisations de presse opposées à la junte birmane, le chef de la BGF avait décidé de se séparer de la junte birmane pour protéger les gangs chinois de Shwe Kokko en déclarant une zone autonome à Myawaddy en janvier 2024.
À l’époque, les forces rebelles qui combattent la junte birmane avaient pris de nombreux territoires et se rapprochaient de Myawaddy qui était tombée en avril 2024.
Voir : La junte du Myanmar est au bord du gouffre, la Thaïlande revoit sa position
Le général de division Saw Tun Hlaing, président de la BGF, avait affirmé que la BGF avait notifié sa décision de cesser de recevoir des salaires et des avantages du Conseil militaire depuis décembre 2023, choisissant d’opérer de manière indépendante.
Le chef de la BGF avait expliqué sa position :
« Nous avons travaillé avec eux (les militaires birmans) pendant près de 30 ans, nous ne voulons donc pas de conflit.
Nous voulons être une force militaire qui contrôle son territoire et qui recherche la paix avec l’armée.
En ne prenant pas leur salaire, nous n’aurons plus à suivre leurs ordres ».
Le journal Thai PBS avait rapporté que la BGF avait décidé de se séparer du Conseil militaire à la suite d’un accord entre le régime birman et l’armée thaïlandaise, afin de sévir contre les casinos en ligne illégaux et les opérations d’escroquerie aux télécommunications situés le long de la frontière entre les deux pays.
Selon Jason Tower, de l’USIP, qui suit de près les affaires entre la Chine et la Birmanie, « Pékin maintient également la pression sur la junte pour qu’elle prenne des mesures contre les activités frauduleuses de télécommunications qui continuent de prospérer à Shwe Kokko, sous la protection vigilante de la BGF. »
Les sources de la BGF interrogées n’avaient pas mentionné les pressions exercées par diverses parties, y compris le vice-général Soe Win, pour qu’elles coopèrent à la répression internationale des syndicats criminels chinois à Myawaddy.
Syndicats situés dans le tristement célèbre complexe de Shwe Kokko.
Ils n’avaient pas mentionné non plus qu’il s’agissait très certainement de la principale raison de la rupture de l’alliance de longue date avec les forces armées du régime.
Il s’agissait clairement d’une considération majeure dans leur décision de mettre fin à leur alliance de longue date avec les forces armées du régime.
À la suite d’un raid mené par les forces de la résistance (les rebelles qui tentent de faire tomber la junte) sous la direction du commandant Eh Say Wah en avril 2023, le colonel Saw Chit Thu avait mis en place des mesures de sécurité strictes autour de Shwe Kokko
Il l’avait transformée en ville forteresse, et avait fait stationner des troupes dans ses environs.
En outre, des renforts avaient été continuellement déployés pour soutenir la BGF.
Un observateur chevronné des affaires ethniques avait fait remarquer qu’après la série de défaites militaires subies par le régime dans l’État Shan, « la BGF se comporte maintenant comme les rats qui désertent le navire en train de couler ».
Jason Tower, de l’USIP, estimait également que la BGF de Chit Thu « ne considère plus le régime birman comme une valeur sûre en tant que garant de la sécurité pour leurs opérations de Shwe Kokko ». »
La BGF avait même organisé un forum réunissant toutes les factions et tous les groupes karens, y compris les groupes de Karens qui combattent la junte birmane, leur ennemi sur le champ de bataille, la KNU/KNLA (Union Nationale Karen et Armée de Libération Nationale Karen).
La KNU avait clairement fait savoir qu’elle ne se rangerait pas du côté de ceux qui protègent les cyber-escrocs de Shwe Kokko.
Padoh Saw Taw Nee, le porte-parole de la KNU, avait déclaré :
« Si nous voulons lutter contre les activités illégales et les crimes qui sévissent le long de la frontière, je voudrais demander à la Chine et à la Thaïlande de lutter efficacement contre ces crimes.
Nous saluons chaleureusement ces deux pays et sommes prêts à coopérer avec eux pour lutter contre les activités illégales ».
La KNU a toutefois évité de lancer un assaut militaire, sachant que les 13 bataillons bien armés de Chit Thu ne pouvaient pas être renversés aussi facilement, comme l’a montré l’opération 1027, qui a permis de contrôler des centres de cyber-escroquerie dans le nord de l’État de Shan.
Ces bataillons, financés par l’argent du crime, sont trop bien équipés.
Kim Jolliffe, analyste et commentateur de la Birmanie, avait tweeté :
« Les Karens ne veulent pas se battre contre les Karens. »
La stratégie de la KNU consistait à combiner des approches diplomatiques, politiques et militaires plutôt que de s’appuyer sur une opération militaire spectaculaire comme dans l’État Shan.
Mais, ensuite, quand la KNU s’était retirée de Myawaddy, la BGF s’était de nouveau rangée du côté de la junte.
Donc, la protection des criminels qui dirigent les centres d’appels a toujours été la première mission de la BGF, qui voyant le vent de nouveau tourner, tente de se dédouaner et a l’audace de demander à la Thaïlande de remettre le courant parce que « les populations locales souffrent ».
Eux qui n’ont que faire de tous les civils innocents, kidnappés ou bernés, et qui se sont retrouvés prisonniers sur leur territoire et subissent tortures et viols.
Sans compter aussi les innombrables victimes de ces centres d’appels, les familles ruinés par les arnaques qui les ont enrichis.
Voir : Comment des centres d’appels ruinent les personnes vulnérables en Thaïlande ?
Voir aussi :
Kidnapping de touristes : la Thaïlande sécurise sa frontière avec la Birmanie
Thaïlande : des peines durcies contre les complices des centres d’appel frauduleux
Un autre chinois enlevé en Thaïlande a été libéré de l’enfer des centres d’appels birmans
Scandale en Thaïlande : 7 chinois kidnappés par des policiers thaïlandais
Annulation massive des voyages en Thaïlande par peur de se faire kidnapper
Thaksin affirme vouloir s’attaquer aux centres d’appels au Cambodge
Horreur des centres d’appels au Cambodge : kidnapping, torture, viol
39 prisonniers d’un centre d’appel en Birmanie s’échappent en Thaïlande
Source : The Nation Thailand, BNI online
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9 commentaires
KNU, BGF, militaires Karen alliés à la junte militaire au pouvoir, dissidents Karen armés par l’argent des centres d’appels, gangs mafieux chinois installés dans les zones frontières entre Thaïlande, Chine et Birmanie, tous corrompus et tirant à eux un bout de couverture, retournant leur veste quand le vent tourne en leur défaveur, hypocrites, lâches, pleutres, déchets de civilisation sans foi ni loi, sans aucune considération pour la vie humaine des populations établies sur les territoires qu’ils contrôlent, se proposent aujourd’hui de « collaborer « avec les autorités thaïlandaises !!!
Là, on touche le fond du fond de la honte, du cynisme et du déshonneur.
J’espère que la Thaïlande (celle qui n’est pas corrompue et n’a pas de liens compromettants avec ces cou..les molles) ne va pas tomber dans le panneau et engager des « pourparlers » qui permettraient à tous ces escrocs de bénéficier d’une immunité judiciaire et de continuer leur juteux commerce d’arnaques informatiques !!!
Considérant l’existence d’une collaboration existante et le degré de corruption de certains éléments gradés au sein des forces armées et de responsables de l’Administration thaïlandaise, rien n’est moins certain…
Je crois qu’on est parti pour une belle foire d’empoigne à coups de transactions « je t’aime moi non plus » et de cachetons d’oseille transfrontalières !
L’avenir nous dira si la Thaïlande a réussi son pari de mettre fin à la présence de cette mafia chinoise, à fermer ces centres d’appels, à libérer ces pauvres bougres, véritables esclaves du 21ᵉ siècle ou si, à contrario, elle se laissera entraîner dans la valse de la distribution des gros biftons, elle qui va accueillir à partir de 2026/2027 les premiers complexes commerciaux de divertissements et de casinos légalisés sur son territoire…
Misère, ça promet !!!
Bonjour Hansson,
Il ne faut pas mettre tous les Karens dans le même sac.
La KNU combat la junte et protège de nombreux civils.
Les Karens ont beaucoup souffert quand la France et Total ont décidé de faire passer le gazoduc sur leur territoire.
Malheureusement, la Thaïlande a de meilleure relation avec la BGF qu’avec la KNU, malgré les bras ouverts.
J’en prends note.
Je me suis quelque peu emporté dans mon commentaire face à l’attitude de certaines factions armées birmanes, de mèche avec les gangs chinois infiltrés dans le pays depuis belle lurette…
J’ai eu difficile à garder mon objectivité devant autant de mauvaise foi et d’imbécilité chronique…
Mais je redoute la tournure que prennent les évènements depuis 48h et ses conséquences dans les semaines et les mois qui viennent.
Espérons que la Thaïlande, qui ne semble pas très claire effectivement vis-à-vis de la BGF, saura faire preuve de fermeté vis-à-avis des complices de cette mafia chinoise qui exploite ces centres d’appels avec la complaisance et la complicité des factions birmanes corrompues…
Bien à vous et merci pour votre travail d’information et de vulgarisation…
Bonjour Hansson, je suis tout à fait de ton avis sur le commentaire complet que tu as fait sur ce reportage et trouve même étonnant que ton message n’ait pas été bloqué pour ta vérité, moi-même, j’ai eu des messages bloqués pour bien moins que ça concernant mes avis personnels sur le site.
Cdt.
Bonjour Rony,
Les commentaires supprimés contenaient des propos pouvant être qualifiés de racistes, on ne peut pas les publier sur le site.
Tous les commentaires respectueux sont acceptés.
Je comprends très bien que la vérité concernant les touristes français voyou en Thaïlande d’origine étrangère doivent être cachés sous le tapis pour ne pas offusquer certaines personnes et ne pensait pas que dire une certaine vérité que tout le monde peut voir étais raciste…
Bref, rien de nouveau…
L’importance de l’éducation pour prévenir les escroqueries, en Thaïlande et ailleurs :
Les escroqueries ciblant les personnes âgées sont devenues un problème préoccupant, particulièrement en Thaïlande, mais également dans de nombreux pays à travers le monde.
Des bandes organisées exploitent la vulnérabilité de leurs cibles, utilisant des méthodes de manipulation bien rodées.
Cependant, au-delà de condamner ces pratiques, il est essentiel d’examiner pourquoi elles fonctionnent si bien.
Le problème fondamental n’est-il pas, en partie, lié à un manque d’éducation adaptée pour reconnaître et éviter les pièges modernes ?
Si les individus étaient mieux formés dès le plus jeune âge à la gestion des risques financiers et aux dangers des arnaques, de nombreux cas pourraient être évités.
Cela ne signifie pas blâmer les victimes, mais souligner l’importance de l’éducation comme rempart contre la manipulation.
Partout dans le monde, des efforts sont nécessaires pour enseigner aux populations à repérer les signaux d’alerte.
La naïveté n’est pas une faiblesse, mais souvent la conséquence d’un manque de préparation à un environnement de plus en plus complexe.
Renforcer la sensibilisation sur ces sujets est donc essentiel pour protéger les générations actuelles et futures.
L’éducation et la prévention sont les clés : en les intégrant au cœur des systèmes éducatifs et sociaux, nous pouvons réduire les risques d’exploitation et bâtir une société plus résiliente face aux escroqueries.
Tout à fait vrai, Gaspard !!!
Et ce n’est pas un hasard si ces escrocs opérants dans la zone asiatique s’en prennent aux thaïlandais qui ont la réputation d’être particulièrement crédules et faciles à berner.
Les médias télévisés ne jouent pas leur rôle de prévention et d’éducation aux dangers de la société dans laquelle la population vit et à ses pièges informatiques en particulier…
Il n’existe sur aucune chaine de TV thaïlandaise des émissions de vulgarisation et d’éducation sociale, de magazine de consommateurs, d’émissions basées sur des enquêtes et des expériences de personnes ayant subi de tels préjudices…
Rien, absolument rien n’est fait pour remédier à cette situation…
Rien ne change et rien ne changera, car personne parmi les autorités n’est sensibilisé à ce problème.
On se borne à bouger quand la situation devient médiatiquement trop gênante, et que la pression sur les responsables politiques les obligent à réagir en urgence, mais sur le long terme, il n’y a pas de mobilisation et de conscientisation de la population via les médias officiels et sociaux.
Les escrocs ont encore de beaux jours devant eux tant que les bâtiments qui abritent ces centres d’appels ne seront pas détruits, rasés et les responsables et complices arrêtés et traduits en justice… par quand ?, où ? et par qui ?
Il suffirait que la Thaïlande et la Chine arment et soutiennent les Karens de la KNU/KNLA, qui, comme expliqué dans l’article, veulent en finir avec ces centres d’appels, mais ne pouvaient pas se permettre d’engager le combat contre la BGF, car ils sont surarmés grâce à l’argent des criminels chinois…