En Thaïlande, plusieurs affaires récentes ont terni l’image des secouristes, longtemps perçus comme des héros du quotidien.
Agressions sexuelles sur des victimes vulnérables, vols et dérives du secteur informel des secours alimentent désormais de vives inquiétudes, en particulier pour les femmes seules ou immobilisées.
Une actrice agressée après une urgence médicale à Bangkok

Capture de vidéosurveillance montrant le suspect transportant la victime dans le couloir d’un immeuble à Bangkok avant les faits dénoncés.
Le scandale a éclaté au début du mois lorsqu’une actrice thaïlando-allemande de 30 ans, Christine Kulsatri, a porté plainte auprès de la police.
Victime d’une urgence médicale dans son appartement du quartier de Watthana à Bangkok, elle était immobilisée mais toujours consciente lorsqu’un homme s’est présenté comme secouriste.
Selon l’enquête, le suspect, Nikorn Seshorm, a convaincu le gardien de l’immeuble de descendre accueillir policiers et ambulanciers, afin de rester seul avec la victime.
Il a ensuite agressé sexuellement l’actrice et pris des photos d’elle alors qu’elle ne pouvait pas se défendre.
« J’ai pris la parole pour qu’aucune autre femme ne subisse le même sort », a déclaré Christine aux journalistes.
Un ancien bénévole resté dans les réseaux d’urgence

Nikorn Seshorm apparaît avec un policier thaïlandais après avoir avoué s’être fait passer pour un secouriste et avoir violé l’actrice à Bangkok.
Lors de ses aveux à la police, Nikorn a reconnu avoir été ancien secouriste bénévole.
Bien qu’il ait quitté cette fonction, il était toujours membre d’un groupe Line utilisé pour transmettre les alertes d’urgence entre équipes de secours.
En surveillant les messages, il aurait ainsi pu intercepter l’appel et se rendre sur place avant les secours officiels, dans la nuit du 31 mars.
D’autres affaires graves déjà recensées

Une ambulance de la Fondation Ruamkatanyu stationnée au service des urgences de l’hôpital Chonprathan, à Nonthaburi. Photo : Chainwit
Bien que rare, cet incident n’est pas un cas isolé dans l’histoire des services d’urgence thaïlandais.
En 2014, une employée de bureau s’était évanouie dans un supermarché Foodland tard dans la nuit avant d’être prise en charge par une ambulance privée.
Au lieu de la conduire à l’hôpital, le conducteur avait coupé le GPS du véhicule, roulé vers un lieu isolé puis l’avait agressée sexuellement.
Son corps avait ensuite été retrouvé dans un canal.
Lors de son interrogatoire, le conducteur avait affirmé qu’elle l’avait repoussé avant de s’enfuir puis de tomber dans l’eau.
Des vols régulièrement signalés sur les lieux d’accident

Images provenant des caméras portatives de secouristes les montrant voler des marchandises à une victime d’accident.
Les agressions physiques restent rares, mais les vols attribués à certains secouristes informels sont signalés plus fréquemment.
La police reçoit régulièrement des plaintes concernant la disparition d’objets de valeur sur les lieux d’accidents.
Dans une affaire récente à Chachoengsao, des images de vidéosurveillance ont montré deux secouristes en train de dérober des biens appartenant à une victime.
Les suspects ont été arrêtés, mais seulement trois des sept objets volés, estimés à 1,5 million de bahts, ont été retrouvés.
Voir aussi : Scandaleux : des secouristes volent la victime d’un accident en Thaïlande
Le système des primes également pointé du doigt

Hôpital privé faisant partie de la chaine Bangkok Hospital.
Au-delà de la criminalité, certains comportements liés à la concurrence entre équipes de secours inquiètent également.
De nombreux cas ont été signalés où des bénévoles contournent les hôpitaux les plus proches afin de transporter des patients vers des établissements privés plus éloignés, en échange de pots-de-vin.
C’est ce qui pourrait expliquer que de nombreux touristes accidentés soient conduits dans les hôpitaux les plus chers (ceux qui offrent la plus grosse prime) et se retrouvent avec des factures exorbitantes qu’ils ne peuvent pas payer.
Voir : Pourquoi l’appel aux dons est le dernier recours pour des touristes accidentés en Thaïlande ?
Ces retards peuvent aussi avoir des conséquences dramatiques, notamment lors de traumatismes graves.
Voir aussi : Un touriste gravement blessé en Thaïlande meurt après avoir été refusé par un hôpital
Une immense armée de bénévoles difficile à encadrer

Des secouristes prodiguent les premiers soins à un touriste coréen blessé à Pattaya.
L’ampleur du problème au sein du secteur informel des secours du pays est énorme.
La Thaïlande s’appuie sur une force civile massive comptant plus de 600 000 bénévoles enregistrés à l’échelle nationale.
Si de grandes fondations reconnues, comme Poh Teck Tung, appliquent des protocoles stricts, elles doivent composer avec de nombreux indépendants opérant dans une zone grise réglementaire.
Ces derniers achètent parfois leurs propres sirènes et équipements pour intervenir sans véritable contrôle.
Panadda Wongphudee, Miss Thaïlande 2000 et fondatrice de la Goodness Foundation, milite pour un meilleur encadrement.
Elle estime qu’« une patiente ne devrait jamais être laissée seule avec un secouriste de sexe masculin ».
Les conseils officiels en cas d’urgence
Pichet Nongchang, secrétaire général de l’Institut national de médecine d’urgence (NIEM), rappelle que l’agence fonctionne avec des règles strictes, mais que la sécurité commence dès le premier appel.
Il recommande au public de composer systématiquement le 1669 en cas d’urgence médicale, afin de garantir l’envoi de véhicules enregistrés et suivis.
Les experts conseillent également de vérifier la présence du logo officiel sur le véhicule et de demander la carte d’identité valide des intervenants.
En vertu de la loi thaïlandaise, se faire passer pour un secouriste ou utiliser un véhicule d’urgence non autorisé est passible de trois mois de prison et/ou d’une amende de 6 000 bahts.
Voir aussi :
Inondations en Thaïlande : des secouristes attaqués et volés à Hat Yai
Un sanglier sauvage sème le chaos en Thaïlande, les secouristes dépassés
Une campagne de sécurité routière en Thaïlande se transforme en cauchemar pour les secouristes
Source : Thai PBS World
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4 commentaires
Malheureusement voilà ce qu’il se passe dans un pays sans système médical public solide. Les Thaïs sont obligés de s’en remettre soit à des privés hors de prix, soit à des bénévoles probablement ni formés, ni surveillés, ni sélectionnés.
Et ensuite on entend des touristes ou amateurs de la Thaïlande défendre l’idée que ce pays est un pays développé, parfois plus que nous en Europe, car ils ont des centres commerciaux hypermodernes comme le Siam Paragon…
Ça me donne de moins en moins envie d’y retourner c’est de plus en plus dangereux.
Après il faut relativiser, la Thaïlande est toujours beaucoup moins dangereuse que la France où il y a aussi des personnes qui se font violer dans les hôpitaux !
Et ne parlons pas des terribles révélations sur les crèches françaises où il semble que les employés doivent être des « pédocriminels » pour pouvoir être engagés…
Il est mentionné qu' »en vertu de la loi thaïlandaise, se faire passer pour un secouriste ou utiliser un véhicule d’urgence non autorisé est passible de trois mois de prison et/ou d’une amende de 6 000 bahts. »
Peine ridicule pour ce genre de délit.
Et puis, combien de temps vont agir ces dangereux fraudeurs avant qu’ils se fasse choper ?
Enfin, PV ou « don » pour les bonnes œuvres… ?