Un éminent expert en santé publique a prévenu que le système de santé thaïlandais était sur le point de s’effondrer.
Les causes principales de cet effondrement seront le « tsunami du vieillissement » et l’absence de stratégies efficaces pour lutter contre les maladies non transmissibles (MNT).
Citant les derniers rapports, le Dr Supakit Sirilak, directeur de l’Institut de recherche sur les systèmes de santé (HSRI), a fait ce constat alarmant lors d’une interview exclusive avec le journal thaïlandais Thansettakij.
Il a exhorté la Première ministre à jouer un rôle de premier plan dans l’accélération de la résolution de ces problèmes urgents avant que le pays ne soit confronté à une grave crise économique en 2034.
M. Supakit a mis l’accent sur deux défis majeurs auxquels est confronté le système de santé thaïlandais, avertissant que si ces problèmes ne sont pas résolus d’ici à 2034, le pays pourrait être confronté à une catastrophe financière.
Le tsunami du vieillissement

Photo : Thai PBS World
Le premier défi est le vieillissement rapide de la population.
Contrairement à de nombreux autres pays qui ont connu des changements démographiques progressifs, la population thaïlandaise vieillit de façon caractéristique.
Le vieillissement de la population thaïlandaise se caractérise par un « tsunami démographique », dû à une forte augmentation des naissances entre 1963 et 1983.
Voir : La Thaïlande face à un effondrement de la natalité et au vieillissement de la société
Cette génération arrive aujourd’hui à un âge avancé, ce qui pèse lourdement sur le système de santé.
Le problème est aggravé par la baisse du taux de natalité, qui aura des répercussions négatives sur la main-d’œuvre dans un avenir proche.
Le taux de fécondité actuel de la Thaïlande est de seulement 1,1 et devrait encore diminuer.
Le taux de natalité annuel du pays a chuté de 1,5 million il y a cinq ans à environ 400 000 aujourd’hui.
Voir : Chute critique de la natalité en Thaïlande
D’ici 2040, on estime qu’un tiers de la population âgée de Thaïlande sera dépendante, ce qui signifie que la population active devra subvenir aux besoins d’un nombre beaucoup plus important de retraités.
Pour atténuer les défis posés par le déclin de la population, M. Supakit a souligné l’importance d’améliorer la « qualité des enfants ».
Historiquement, la Thaïlande avait un taux de natalité relativement élevé, mais avec le déclin actuel, il est essentiel de veiller à ce que les enfants restants soient dotés des compétences et des ressources nécessaires pour contribuer à la société.
Explosion des maladies non transmissibles

Diabète. Photo : Inspira Health Network.
Le deuxième défi majeur auquel est confronté le système de santé thaïlandais est la gestion des maladies non transmissibles.
Malgré la mise en œuvre d’une stratégie de lutte contre les MNT au cours de la dernière décennie, le pays a eu du mal à faire face à la prévalence croissante de maladies telles que les cardiopathies, les accidents vasculaires cérébraux et les maladies rénales.
Les données issues d’enquêtes sanitaires récentes révèlent que la prévalence du diabète continue d’augmenter et que les efforts visant à promouvoir des modes de vie plus sains, tels que la réduction de la consommation de sucre, n’ont donné que des résultats limités.
Voir : Crise imminente en Thaïlande : hausse de l’obésité et des diabètes de type 2
En outre, le taux d’hypertension est en hausse, un adulte sur quatre vivant aujourd’hui avec cette maladie.
Le fardeau global des soins de santé en Thaïlande est considérable, les dépenses publiques et privées consacrées aux services de santé représentant environ 5 % du PIB du pays, soit quelque 800 à 900 milliards de bahts.
Une part importante de ces dépenses est consacrée au traitement des maladies non transmissibles, estimée à 2 000 milliards de bahts.
Supakit a averti que si la trajectoire actuelle se poursuit, le nombre de Thaïlandais nécessitant une dialyse pourrait être multiplié par dix au cours de la prochaine décennie, pour atteindre entre 800 000 et 1,8 million de personnes.
Cette situation mettrait à rude épreuve le système de santé et entraînerait des coûts financiers considérables.
Risque de crise financière

Pour relever ces défis, M. Supakit a appelé à un effort de collaboration impliquant tous les secteurs de la société, des décideurs politiques aux prestataires de soins de santé, en passant par le grand public.
Il a insisté sur la nécessité d’une politique et d’un leadership forts de la part du gouvernement pour répondre à ces questions urgentes et prévenir une crise financière dans les années à venir.
Voir aussi :
Les nouilles instantanées dangereuses pour la santé d’après la FDA thaïlandaise
La Thaïlande est confrontée à une crise de santé mentale
Thaïlande : les médecins surmenés par le système de santé gratuit, l’IA peut-elle aider ?
La Thaïlande lutte contre la hausse de la criminalité liée à la santé mentale
Source : The Nation Thailand
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2 commentaires
« Pour atténuer les défis posés par le déclin de la population, M. Supakit a souligné l’importance d’améliorer la « qualité des enfants »…
Ah, Ah, Ah ! Leur système de prise en charge des aînés par les enfants touche à sa fin et pour toute réponse, on va demander aux enfants restants encore plus de sacrifices.
En premier lieu, un mot sur le danger (c’est lié notamment au système de santé public et à son financement) d’un bath fort fluctuant négativement si, d’une part, la FED américaine continue à diminuer ses taux d’intérêts directeurs lors de ses réunions en novembre et que d’autre part, la Thaïlande reste toujours aussi indécise à diminuer la pression de taux d’intérêts élevés sur le bath comme elle l’a fait début octobre d’un seul quart de point, ce qui s’est révélé actuellement insuffisant pour retrouver un bath compétitif pour les secteurs industriels manufacturiers, exportations et tourisme.
Le problème d’un bath fort défavorable à de nombreux secteurs économiques liés au PIB, proches de la léthargie et d’une stagnation financière dont il faudra bien que la Thaïlande en sorte un jour (et le plus tôt sera le mieux) si elle veut éviter le retour du danger d’une chute déflationniste et d’une crise financière toujours latente avec une population adulte vieillissante en forte hausse, un pourcentage de la population active en forte baisse (et il est déjà trop tard pour inverser la tendance dans les 2 décennies à venir) et donc des années bien sombres à l’horizon des années 2030 à 2050.
Quant à la problématique plus spécifique du système de santé thaïlandais, il serait peut-être utile que le gouvernement thaïlandais se penche sur la problématique du fossé social économique qui existe et qui risque de se creuser encore davantage dans le cas d’une démographie vieillissante accélérée, comme enclenchée actuellement, entre la qualité des soins des hôpitaux publics subventionnés dépendant directement des budgets de l’État et les chaînes des hôpitaux privés, véritables « hypermarchés de la santé » dont le seul but est une rentabilité à outrance au service exclusif des plus riches, thaïlandais ou étrangers.
Si le gouvernement actuel veut éviter une crise majeure dans ce secteur, où la grogne est déjà présente parmi un personnel surmené et mal payé par rapport aux rémunérations des médecins et des personnels spécialisés hautement qualifiés et formés à l’étranger des hôpitaux privés, il est urgent d’envisager, non pas une réduction des subsides alloués aux soins de santé publics, comme cela semble être envisagé à cause d’un vieillissement de la population et donc du nombre en hausse des personnes âgées et dépendantes médicalement parlant, mais au contraire de mettre les moyens financiers en oeuvre dès à présent pour faire face à cette problématique de la hausse inéluctable du coût des soins de santé du secteur public, de l’amélioration des infrastructures médicales, de la qualité des moyens techniques et technologiques de prévention, de diagnostics et de traitement des maladies chroniques non transmissibles en hausse, en cause, une politique de santé actuelle qui ne dispose pas des moyens financiers nécessaires à cette restructuration en profondeur pour éviter que tout le secteur des soins de santé publics ne se retrouve en crise irréversible d’ici les 5 ans en devenir !!!
Il y a donc urgence à légiférer en la matière et d’augmenter les budgets de manière conséquente que j’estimerai personnellement devoir se situer dans une marge de 40 % à 50 % d’augmentation des budgets gouvernementaux actuellement attribués à ce secteur…
Sans cela, le gouvernement et le Ministère de la Santé en particulier va droit dans le mur et doit s’attendre à une détérioration rapide de la qualité des soins de santé dont elle a la charge avec toutes les conséquences sociétales, sociales et économiques qui coûteront encore plus cher qu’une hausse préventive du budget global de ce secteur.
Mais, au vu de l’apathie jusqu’ici affichée par le gouvernement pour cette problématique qui frappe depuis quelques années déjà à la porte des responsables politiques concernés, sans prise de conscience réelle et adaptée de leur part, je doute que la détérioration des soins de santé du secteur public soit évitée dans les décennies à venir…
Une manière de lutter contre le vieillissement prolongé de la population et de minimiser son impact sur les finances de l’Etat ?
Je peux paraître très pessimiste et morbide, mais étant donné mon âge qui me classe depuis longtemps au-delà de l’espérance de vie thailandaise, j’estime pouvoir poser aux hommes politiques la réflexion suivante : faute de vouloir augmenter le budget du secteur public des soins de santé, et faute d’une politique d’encouragement des naissances qui ne fonctionne pas, l’autre solution est de laisser le secteur public des soins de santé se détériorer pour « éliminer » plus rapidement la tranche de population la plus vulnérable, la plus fragile et non-rentable de la population qui sera aussi la plus coûteuse du secteur des soins de santé…
Autre manière légale de renouer avec les années les plus sombres de notre histoire du siècle passé….