De récentes affaires concernant des Chinois ont entrainé de nombreuses réactions anti-chinoises sur les réseaux sociaux en Thaïlande.
Alors que le gouvernement continue de se rapprocher de son puissant voisin, les actions des mafias, bandits, investisseurs, expatriés et mêmes touristes chinois, inquiètent les thaïlandais.
Un journaliste chino-thaïlandais du site d’information Khaosod revient sur ces récentes affaires et les réactions qu’elles ont suscité dans le royaume :
« Quelle semaine xénophobe, ou plus exactement sinophobe, pour la Thaïlande, et plus particulièrement pour les net-citoyens thaïlandais.
Tout d’abord, il y a eu les hauts cris de condamnation d’un grand panneau d’affichage uniquement en langue chinoise trouvé au cœur du quartier Huai Kwang, le nouveau quartier chinois de Bangkok.
Voir : Le nouveau quartier chinois de Bangkok inquiète les Thaïlandais

Des employés enlèvent le panneau publicitaire chinois controversé à Bangkok le 22 juillet 2024. Photo : Khaosod.
Ce panneau proposait aux clients chinois potentiels d’acheter des passeports et des nationalités de quatre pays : Cambodge, Indonésie, Turquie et Vanuatu.
Le Premier ministre Srettha Thavisin s’est senti obligé de visiter le site en personne et le panneau d’affichage a été rapidement retiré pour apaiser la colère des net-citoyens thaïlandais.
Les deux Chinois à l’origine de la publicité ont rapidement quitté la Thaïlande, l’un d’eux ayant été condamné à une amende de 5 000 bahts (128 euros), et tous deux ayant été informés qu’ils n’étaient plus les bienvenus en Thaïlande.
Deux jours plus tard, des photos d’un supermarché chinois de Korat, dans la province de Nakhon Ratchasima, affichant un grand panneau en chinois et un plus petit en thaïlandais et proposant pratiquement tous les produits fabriqués en Chine, se sont répandues sur les réseaux sociaux.

Le supermarché chinois Wang Zhong Wang, situé dans le centre de Nakhon Ratchasima. Photo : Prasit Tangprasert
Une fois de plus, au bout d’une journée, le supermarché, situé à quelques pas de la célèbre statue du monument de Thao Suranari, a mystérieusement fermé ses portes.
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Que se passe-t-il ?
Pourquoi certains Thaïlandais deviennent-ils très contrariés, voire indignés, et si fragiles face à tout ce qui vient de Chine continentale ?
D’autant plus que la Thaïlande a une longue histoire de siècles de migrations progressives et d’assimilation de migrants chinois dont les enfants, les petits-enfants (y compris l’auteur de ces lignes) sont devenus thaïlandais.
Les craintes exprimées sur les médias sociaux sont que la Thaïlande devienne une colonie économique de la Chine, ou un État vassal de la Chine, si ce n’est qu’elle l’est déjà.
De plus, ils pensent que des fonctionnaires corrompus et certains politiciens facilitent cette prise de contrôle, qui inclut des entreprises et des activités illégales.
Voir : Comment les mafias chinoises et les policiers corrompus sapent la sécurité de la Thaïlande
Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles ils diffèrent des anciennes vagues de migrants chinois au Siam et dans ce qui est devenu la Thaïlande :
La richesse
La plupart ne sont pas des migrants.
Ils ne sont ni démunis ni analphabètes, contrairement aux anciennes vagues de Chinois du sud de la Chine qui ont constitué les ancêtres des Chinois thaïlandais d’aujourd’hui.
Ils sont relativement éduqués, disposent de capitaux à investir, de technologies et de la puissance de la nouvelle superpuissance qu’est la Chine en 2024.
La vitesse
La facilité des voyages, des transports et de la communication signifie que la vitesse du changement est très rapide et que le nombre des nouvelles vagues de Chinois en Thaïlande (sans compter les touristes chinois) est écrasant.
Le style
Les Chinois ont peu de désir ou d’envie de s’assimiler.
Tout comme la plupart des millions de touristes chinois qui constituent le plus grand groupe de touristes en Thaïlande, ils utilisent le mandarin et certains s’attendent à ce que nous les comprenions.
Certains les trouvent effrontés, bruyants et irrespectueux.
Le champ d’action
Les Chinois sont présents dans de nombreux secteurs d’activité, y compris la prise de contrôle de facto des universités privées locales.
Il suffit de penser aux nouvelles usines de fabrication de véhicules électriques en Thaïlande.
Il semble qu’ils puissent se contenter de faire des affaires en utilisant le moins possible la main-d’œuvre et les partenaires thaïlandais, ou en les utilisant comme mandataires.
Voir aussi : Tourisme zéro dollar en Thaïlande : les escrocs adoptent de nouvelles tactiques
Ce ne sont là que quelques-unes des principales différences.
Abondance de critiques anti-chinoises

Un groupe de touristes chinois à Bangkok
À Singapour, selon un article paru le jeudi 25 juillet dans le journal Straits Times, le gouvernement a bloqué au début du mois de juillet un réseau de 95 comptes X qui accusaient Singapour d’être un État vassal du Parti communiste chinois.
Le principal responsable de la diffusion de cette accusation a été identifié comme étant M. Guo Wengui, un homme d’affaires chinois auto-exilé aux États-Unis.
L’homme est un « fervent critique des dirigeants chinois et fraudeur condamné », qui a affirmé que « la Chine était impliquée dans la sélection (récente) des dirigeants de la quatrième génération de Singapour ».
Ici, en Thaïlande, nous n’avons pas besoin d’attendre qu’un Chinois se trouve aux États-Unis pour faire une telle allégation.
De plus en plus de Thaïlandais le font eux-mêmes, car ils pensent que l’influence croissante de la Chine n’est plus bénigne, voire néfaste.
Les Thaïlandais et les Thaï-Chinois ne devraient pas réagir de manière excessive.
La Chine n’est pas près de disparaître et la Thaïlande ne peut pas se permettre de devenir un royaume ermite.
Nous devrons mieux nous adapter à la nouvelle réalité, avec calme et sang-froid, et discuter publiquement de la meilleure façon de gérer la montée en puissance de la Chine.
Commençons par là au lieu de répandre la xénophobie qui conduit à des réactions irréfléchies. »
Voir aussi :
La montée en puissance de la Chine en Thaïlande suscite une peur croissante
Étrange histoire de vol avec kidnapping de chinois en Thaïlande
L’assassin présumé d’une touriste chinoise en Thaïlande a été arrêté
Un touriste chinois, enlevé, torturé puis dévalisé en Thaïlande
La Thaïlande bien notée par les touristes chinois mais critiquée pour les arnaques
Des chinois à la recherche de liberté s’installent dans le nord de la Thaïlande
Face à l’afflux de marchandises chinoises la Thaïlande va taxer les produits importés
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Il est clair que la Chine, qui est solidement installée sur le podium des puissances politiques, militaires et économiques mondiales, étend ses tentacules pour asseoir son hégémonie face à la présence américaine omniprésente en Asie-Pacifique, depuis le nord du Japon jusqu’au sud de la Nouvelle-Zélande, sans parler des Iles du Pacifique, territoires des États-Unis ou membres de l’Otan.
La guerre froide qui sévissait entre l’ex-URSS et les États-Unis en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’est déplacée après la chute du mur de Berlin et l’explosion de l’Union des Républiques soviétiques, qui vit la Chine se développer économiquement vers un système communiste basé en premier lieu sur une société de consommation intérieure et une augmentation du niveau de vie lié au développement de l’éducation, de la formation scientifique et des technologies informatiques, une démographie très contrôlée et dans une seconde étape, le développement d’une industrie exportatrice tous azimuts, et plus spécialement orientée dans les techniques novatrices, avant tous les autres pays industrialisés, ce qui a permis à la Chine d’être en tête des productions industrielles mondiales dans de nombreux domaines, la dernière en date étant la production de voitures électriques, tout cela avec un coût de production 3 à 10 fois moins élevé selon les secteurs, que leurs concurrents directs, États-Unis et Europe.
Tout cela a donc conduit à la situation actuelle, et il est clair que la Chine étend son hégémonie en Asie du Sud-Est avec une technique « ethnique » bien élaborée qui consiste non pas simplement à implanter des industries et usines manufacturières dans les pays voisins, mais à y implanter également à long terme, la population chinoise qui les fait fonctionner, aidé par une mentalité qui tend à se comporter comme en terrain conquis, quasi « national », comme en témoigne l’extension sans cesse croissante des quartiers « Chinatown » de Bangkok où l’on ne se promène plus en Thaïlande, mais en Chine, à tous niveaux…
Et là où il y a expansion économique en terrain conquis, il y a installation de la main mise de réseaux mafieux et de la corruption à la recherche de nouveaux débouchés de revenus illégaux juteux…
Et la Thaïlande est, à ce niveau-là un terrain de premier choix, tout comme le Cambodge, le Vietnam, le Laos, les Philippines, la Malaisie, Singapour etc…
Et quand ce phénomène atteint le niveau d’une invasion qui n’est ni en douceur, ni aussi pacifique que cela, mais déterminée à prendre une certaine prédominance sur la population locale en l’étouffant démographiquement et économiquement parlant, en usant de la double nationalité pour accaparer des quartiers immobiliers entiers de la capitale destinés à y installer les générations futures en y délogeant la population locale, il ne faut pas s’étonner que la situation soit de plus en plus difficile entre les 2 peuples et que les tensions s’enveniment entre les communautés qui se côtoient dans une atmosphère peu amicale et coopérative.
Faut-il rappeler que depuis l’avènement du Royaume de Siam et l’évolution géopolitique qui a vu la naissance du Royaume de Thaïlande actuel, les générations successives de la Famille Royale thaïlandaise (Dynastie Chakri) ayant eux-mêmes du sang chinois dans les veines, ont vu leurs intérêts gérés par une élite chinoise qui obtint la gestion des intérêts économiques de la famille royale et la plupart des monopoles du royaume dans le secteur des affaires et de la politique, lorsque celui-ci vit le jour.
Ainsi, la plupart des anciens Premiers ministres et la majorité des députés ont un ancêtre chinois.
Quelque part, la Thaïlande a toujours été plus ou moins « chinoise » dans ses origines jusqu’à nos jours…
Mais la mentalité chinoise du 21ᵉ siècle semble être bien différente de celle des 17 et 18ᵉ siècles et de plus en plus mal acceptée par une population thaïlandaise qui n’a plus aucun atome de chair et de sang chinois…
Si vous traitez la Chine comme avec un pays libre et respectueux des droits de l’homme, vous serez ‘dominés, engloutis’ tôt ou tard !
Leur régime n’a que l’apparence d’honorer Bouddha, mais païens jusqu’à la moelle en réalité.