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Thaïlande : après les rivières, l’arsenic menace les cultures alimentaires

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Vue aérienne d'une rivière traversant des terres agricoles à Chiang Rai en Thaïlande, avec un symbole de danger lié à la pollution à l'arsenic

La pollution à l’arsenic dans les rivières du nord de la Thaïlande touche désormais les terres agricoles.

À Chiang Rai, de nouvelles analyses révèlent que 20 % des sols testés dépassent les seuils réglementaires, suscitant des inquiétudes pour les agriculteurs et la santé des consommateurs.

Une contamination préoccupante des terres agricoles à Chiang Rai

Des agents des services sanitaires et environnementaux de Chiang Mai prélèvent de l'eau dans la rivière Kok

Des agents des services sanitaires et environnementaux de Chiang Mai prélèvent de l’eau dans la rivière Kok en avril 2025. Photo : Panumet Tanraksa

Les résultats préliminaires publiés le 10 octobre 2026 montrent qu’environ 20 % des sols agricoles analysés dans les bassins des rivières Kok, Sai et Ruak présentent des concentrations d’arsenic supérieures aux normes du Département de l’aménagement des terres.

Selon Parinyanon Thongkham, directeur de la Station d’aménagement des terres de Chiang Rai, plus de 200 échantillons de sols et d’eau ont été prélevés dans les zones agricoles proches des cours d’eau.

L’étude a été financée par le Bureau de l’irrigation de Chiang Rai.

Les prélèvements de terre ont été effectués à une profondeur de 15 à 20 centimètres, là où les racines des plantes absorbent les nutriments, entre 100 mètres et deux kilomètres des berges.

Les résultats répartissent les secteurs étudiés en trois catégories :

  • Zone rouge (20 %) : plus de 25 milligrammes d’arsenic par kilogramme de terre, au-dessus du seuil réglementaire.
  • Zone jaune (50 %) : entre 14 et 25 mg/kg, nécessitant une surveillance renforcée.
  • Zone verte (30 %) : moins de 14 mg/kg, considéré comme un niveau normal selon cette classification.

Ces proportions concernent uniquement les zones analysées et ne signifient pas que 20 % de toutes les terres agricoles de Chiang Rai sont contaminées.

Les autorités prévoient de renouveler les analyses tous les deux à trois mois dans les zones rouges et tous les six mois dans les zones jaunes.

Voir : Thaïlande : l’impact dévastateur de l’arsenic qui pollue les rivières du nord

L’arsenic dans les cultures, un risque pour les consommateurs

Étal de fruits et légumes sur un marché en Thaïlande

Un étal de fruits et légumes sur un marché en Thaïlande.

La Station d’aménagement des terres de Chiang Rai travaille avec le Département de la vulgarisation agricole pour conseiller aux exploitants des zones les plus touchées de renoncer aux cultures alimentaires.

Sont notamment visées les cultures dont on consomme les feuilles ou les fruits.

Des cultures non alimentaires, comme certaines plantes destinées à la production d’énergie, pourraient constituer une solution de remplacement.

Mais cette transition s’annonce difficile pour les agriculteurs qui cultivent traditionnellement du riz et du maïs à proximité des rivières.

Les budgets limités des administrations compliquent aussi la tâche.

Il n’existe pas non plus de critères clairs pour suspendre le pompage de l’eau d’irrigation lorsqu’elle est fortement chargée en sédiments.

L’arsenic présent dans les sols pourrait être absorbé par les plantes et contaminer les produits agricoles destinés à la consommation.

Une exposition prolongée à l’arsenic inorganique peut notamment augmenter les risques de cancers, de lésions cutanées et de maladies cardiovasculaires.

La découverte d’arsenic dans les sols ne signifie toutefois pas que les aliments cultivés dans ces zones sont nécessairement contaminés.

Les agriculteurs ont besoin de cartes publiques et d’aides

Riziculteur travaillant dans une rizière inondée en Thaïlande

Un agriculteur repique du riz dans une rizière thaïlandaise.

Sathian Chanta, professeur adjoint à l’université Rajabhat de Chiang Rai, demande aux autorités de publier rapidement des cartes détaillées des zones contaminées.

Selon lui, les agriculteurs doivent pouvoir connaître le niveau de risque de leurs parcelles pour adapter leurs cultures.

Il recommande de poursuivre normalement l’agriculture dans les zones vertes et d’orienter les exploitants des zones jaunes vers des cultures adaptées, notamment non alimentaires, mais toujours rémunératrices.

Dans les zones rouges, les cultures alimentaires devraient être abandonnées et les sols contaminés traités pour éviter que les métaux lourds continuent de s’y accumuler.

L’universitaire reproche aussi au Département de l’aménagement des terres de ne pas rendre publics les résultats des analyses de sols.

Il réclame également des aides financières pour les agriculteurs contraints d’abandonner leurs cultures habituelles, sur le modèle des mesures de soutien accordées aux zones touchées par la pollution aux particules fines PM2,5.

La situation est particulièrement préoccupante dans le système d’irrigation de Mae Sai, où des dépassements des normes concernant l’arsenic et le plomb ont été signalés.

Une pollution liée aux activités minières en Birmanie

Exploitation minière des terres rares dans la région de Kachin en Birmanie

Exploitation minière des terres rares dans l’État Kachin en Birmanie.

Cette découverte intervient alors que plusieurs rivières du nord de la Thaïlande sont confrontées à une pollution à l’arsenic détectée dès 2024.

Les activités minières situées en amont, dans l’État Shan en Birmanie, sont mises en cause.

Une enquête de Reuters publiée en juin 2025 avait notamment révélé le développement de mines de terres rares exploitées par des intérêts chinois dans des territoires contrôlés par des groupes armés.

Voir : La ruée chinoise sur les terres rares en Birmanie empoisonne la Thaïlande

La pollution a également été détectée dans le Mékong, faisant craindre une contamination plus étendue des écosystèmes aquatiques.

Voir : Pollution à l’arsenic en Thaïlande : inquiétante découverte dans le Mékong

L’affaire a provoqué des tensions autour du rôle des entreprises chinoises dans l’exploitation minière en Birmanie.

Voir : Pollution à l’arsenic en Thaïlande : la colère monte contre la Chine

Que faire des sols et sédiments contaminés ?

Le Département de contrôle de la pollution et le groupe industriel Siam Cement Group (SCG) étudient la possibilité d’intégrer des matériaux contaminés à des produits à base de ciment.

Pour Sathian Chanta, cette solution pourrait être envisagée, à condition de préciser l’utilisation finale des matériaux et de vérifier qu’ils ne présentent aucun risque pour les logements et l’environnement.

Suebsakul Kitnukorn, universitaire spécialisé en innovation sociale à l’université Mae Fah Luang, insiste sur la nécessité d’une gestion transparente du projet, associant dès le départ les administrations, les chercheurs, les entreprises et les communautés concernées.

Il demande également des études pour déterminer comment transformer les sédiments et le sable récupérés à Mae Sai, ainsi que les boues de traitement de l’Autorité provinciale des eaux, en matériaux de construction.

Ces études devront notamment évaluer les risques liés à leur utilisation.

Les experts réclament enfin un suivi continu de la qualité de l’environnement et des produits agricoles, ainsi qu’une information accessible au public pour protéger les agriculteurs et les consommateurs.

La pollution à l’arsenic pourrait désormais affecter durablement les cultures, les revenus des agriculteurs et la santé des consommateurs.

Les prochaines analyses devront permettre de mieux délimiter les zones à risque et d’adapter les mesures de protection.

Voir aussi


Sources : Khaosod English, Organisation mondiale de la santé

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