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Crise hôtelière en Thaïlande : les fermetures bondissent de 42 %

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Illustration d'un hôtel avec un graphique financier rouge en baisse et des flèches descendantes

Les radiations d’entreprises hôtelières ont bondi de 42 % en Thaïlande en neuf mois, et plus de la moitié des exploitants étaient déficitaires en 2025.

Une étude publiée le 26 octobre par le centre de recherche Kasikorn (KResearch) révèle la fragilité du secteur, notamment des petits établissements, et met en garde contre de nouvelles fermetures en 2027.

148 entreprises hôtelières ont cessé leur activité

Vue aérienne de plusieurs hôtels et complexes touristiques en bord de mer à Pattaya, en Thaïlande

Plusieurs hôtels et complexes touristiques sur le front de mer de Pattaya, en Thaïlande. Photo : Khaosod English

Selon les données du Département du développement des entreprises, citées par KResearch, 148 entreprises du secteur hôtelier et de l’hébergement ont été radiées entre janvier et septembre 2026, soit une hausse de 42 % par rapport à la même période de 2025.

Ce chiffre correspond aux cessations d’activité officiellement enregistrées, et pas nécessairement à 148 établissements physiques ayant fermé leurs portes.

Dans le même temps, 779 nouvelles entreprises ont été créées, un recul de 31,2 % sur un an.

Cette baisse s’explique en partie par le nombre exceptionnellement élevé de créations en 2025.

Les nouvelles immatriculations restent plus nombreuses qu’en 2024.

Ces chiffres illustrent les difficultés d’une partie du secteur hôtelier, malgré la hausse globale de ses revenus.

KResearch estime que le marché thaïlandais de l’hôtellerie et de l’hébergement devrait atteindre environ 1 100 milliards de bahts en 2026, soit une progression de 2,6 % sur un an.

Le secteur représente environ 5,7 % du produit intérieur brut (PIB) et emploie quelque 430 000 personnes, soit près de 1 % de l’emploi total.

La Thaïlande compte environ 15 000 entreprises dans ce secteur, dont plus de 98 % sont des petites et moyennes entreprises.

Plus d’un hôtelier sur deux dans le rouge

Réceptionnistes d'un hôtel en Thaïlande

Des réceptionnistes derrière le comptoir d’accueil d’un hôtel en Thaïlande.

La situation financière des exploitants est préoccupante.

D’après KResearch, 51 % des entreprises hôtelières et d’hébergement ont enregistré des pertes en 2025.

Cette proportion atteint 54 % parmi les petits exploitants, les plus vulnérables.

Ces pertes ne sont pas récentes : 38 % des entreprises du secteur ont affiché des résultats déficitaires pendant trois années consécutives, entre 2023 et 2025.

Cette proportion grimpe à 42 % parmi les petites structures.

La fréquentation ne suffit pas à améliorer leur situation.

Sur les neuf premiers mois de 2026, le taux d’occupation des hébergements n’a progressé que de 0,18 % sur un an, tandis qu’il reculait dans 19 provinces.

Selon KResearch, les exploitants qui ne parviennent pas à adapter leur activité pourraient être contraints de fermer ou de vendre leur établissement.

Voir : La crise frappe les hôtels de Thaïlande, les PME au bord de l’asphyxie

Toujours plus de chambres, mais pas assez de clients

Chambre de l’OASIS Phuket Airport

Une chambre de l’OASIS Phuket Airport, près de l’aéroport de Phuket. Photo : Agoda

L’un des principaux problèmes réside dans le déséquilibre entre l’offre d’hébergement et la demande touristique.

Au premier semestre 2026, la Thaïlande disposait d’environ 876 000 chambres d’hôtel et d’hébergement, soit 11,7 % de plus qu’en 2019, avant la pandémie, et 3,4 % de plus qu’à la fin de 2025.

Le nombre de chambres a augmenté dans 64 provinces, notamment dans les grandes destinations touristiques comme Bangkok, Phuket, Chiang Mai et Surat Thani (Koh Samui, Koh Phangan).

Mais la fréquentation ne progresse pas au même rythme.

Selon KResearch, le nombre annuel de visiteurs passant au moins une nuit sur place, rapporté au nombre de chambres, est passé de 249 en 2019 à une estimation de 228 en 2026.

En 2025, 29 provinces accueillaient encore moins de visiteurs séjournant au moins une nuit qu’en 2019. Dans 17 d’entre elles, le recul dépassait 10 %.

Plus révélateur encore, 20 provinces ont vu leur capacité d’hébergement augmenter alors que leur fréquentation n’avait toujours pas retrouvé son niveau d’avant la pandémie.

Phuket, Chiang Mai, Songkhla, Rayong et Khon Kaen figurent parmi les territoires concernés.

Cette situation accentue la concurrence entre établissements et pousse certains exploitants à réduire leurs tarifs.

Avec le recul des arrivées internationales et le ralentissement du tourisme intérieur, KResearch prévoit une baisse de 0,8 % du prix moyen des chambres en 2026, après une hausse limitée à 0,1 % en 2025.

Les locations touristiques de courte durée renforcent cette pression.

Selon les données d’AirDNA citées par KResearch, environ 50 000 logements étaient proposés en octobre 2026 dans cinq provinces : Bangkok, Phuket, Chonburi (Pattaya), Chiang Mai et Surat Thani.

Cette offre représente environ 10 % des chambres d’hébergement officiellement enregistrées dans ces provinces.

Son taux d’occupation moyen atteignait environ 60 % sur les douze derniers mois.

La concurrence touche les hôtels économiques et de milieu de gamme, à moins de 3 000 bahts (environ 80 euros) la nuit, mais aussi certains resorts haut de gamme de stations balnéaires, face aux villas privées avec piscine.

Une année 2027 encore incertaine pour le tourisme

Un touriste admire le coucher du soleil depuis sa chambre d'hôtel à Phang Nga

Un touriste admire le coucher du soleil depuis sa chambre d’hôtel à Phang Nga. Photo : Sametnangshe Boutique Hotel à Phang Nga

Les perspectives ne laissent pas entrevoir de redressement rapide.

KResearch prévoit environ 31,4 millions de visiteurs étrangers en Thaïlande en 2026, soit une baisse de 4 % par rapport à 2025.

Il s’agirait d’une deuxième année consécutive de recul, avec une fréquentation internationale représentant seulement 79 % de son niveau de 2019.

Pour 2027, ses estimations se situent entre 31 et 33 millions de visiteurs internationaux, soit une évolution comprise entre une baisse de 1 % et une hausse de 5 %.

Plusieurs facteurs entretiennent cette incertitude :

  • la concurrence accrue entre destinations touristiques
  • la fragilité économique des pays d’origine des visiteurs
  • l’image de la Thaïlande en matière de sécurité
  • les tensions géopolitiques

Le conflit au Moyen-Orient constitue un risque majeur.

Les prévisions de KResearch supposent que les tensions ne s’étendent pas au point de perturber les principales routes aériennes internationales.

Voir : Thaïlande : la guerre au Moyen-Orient fait chuter les réservations d’hôtels

Le centre de recherche appelle à surveiller en particulier les marchés lointains, comme l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient, dont les visiteurs séjournent généralement plus longtemps dans le pays que ceux des marchés voisins.

Le tourisme intérieur devrait rester relativement stable, avec 205,5 à 208 millions de voyages prévus en 2027, soit une hausse de 0,5 à 1,8 %.

Dans ce contexte, le taux d’occupation moyen des hébergements en 2027 pourrait se situer entre 69,58 % et 71,69 %, soit une évolution comprise entre −2 % et +1 %, après un recul attendu de 0,1 % sur l’ensemble de 2026.

De nouvelles règles en préparation

Hall de réception d'un hôtel en Thaïlande, avec plusieurs clients au comptoir d'accueil, des fauteuils et un espace salon

Des clients au comptoir de réception d’un hôtel moderne, avec un espace salon sur la gauche. Photo : The Nation Thailand

Les professionnels devront également s’adapter à plusieurs évolutions réglementaires.

Un projet de loi sur les établissements d’hébergement prévoit de remplacer la législation hôtelière de 2004.

Il vise à intégrer dans un même cadre les hôtels traditionnels, les auberges de jeunesse, les hôtels boutiques, les chambres chez l’habitant et certaines locations touristiques entre particuliers.

Le futur dispositif prévoit des obligations adaptées à la taille et aux risques de chaque activité, ainsi qu’un système d’autorisation destiné à simplifier les démarches administratives.

Selon KResearch, cette réforme pourrait toutefois accroître la concurrence et alourdir les exigences en matière de sécurité.

Le texte est actuellement examiné par le Conseil d’État thaïlandais avant son éventuelle transmission au Parlement.

Les critères environnementaux deviennent également un enjeu commercial.

Depuis le 27 septembre 2026, de nouvelles règles européennes encadrent plus strictement les allégations environnementales et les labels de durabilité présentés aux consommateurs.

Le centre de recherche estime que les nouvelles exigences environnementales pourraient compliquer la commercialisation de certains hébergements, notamment sur les plateformes de réservation, lorsque leurs engagements en matière de durabilité ne peuvent être justifiés.

Des coûts en hausse, des hôteliers contraints de s’adapter

Villas du complexe hôtelier Banyan Tree Koh Samui

Villas du complexe hôtelier Banyan Tree Koh Samui nichées sur les collines verdoyantes surplombant une plage de l’île thaïlandaise de Koh Samui

À ces contraintes s’ajoutent les risques de hausse des coûts de fonctionnement.

KResearch estime que les dépenses variables représentent environ 40 à 45 % des charges des établissements, selon leur modèle économique.

Les prix de l’énergie, le transport des marchandises, l’alimentation et les commissions prélevées par les plateformes de réservation pourraient peser davantage sur leur rentabilité en 2027.

Les aléas climatiques constituent une autre menace. Ils alourdissent la facture d’électricité lors des fortes chaleurs, ainsi que les coûts de gestion de l’eau et d’assurance.

Les inondations menacent aussi les bâtiments, et l’incertitude météorologique pousse les voyageurs à réserver à la dernière minute.

Pour faire face à cette situation, KResearch recommande aux hôteliers de diversifier leurs sources de revenus et de ne pas miser uniquement sur la baisse des prix.

Le développement de séjours longue durée, d’espaces de travail partagés, de cafés ou de services de réunion, ainsi qu’un meilleur ciblage des voyageurs thaïlandais, figurent parmi les pistes proposées.

Le recours aux technologies, aux énergies renouvelables et aux produits locaux pourrait également contribuer à limiter les charges.

Pour les futurs investisseurs, le centre de recherche appelle à examiner la densité hôtelière de chaque destination, à ne pas dépendre d’un seul marché et à intégrer la durabilité dès la conception des projets.

Le défi du secteur hôtelier thaïlandais n’est donc plus seulement d’attirer davantage de touristes, mais de parvenir à rentabiliser une offre d’hébergement qui continue de s’étendre.

Voir aussi :


Sources : Kasikorn Research Center, The Nation, The Standard.

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