En Thaïlande, cinq provinces concentrent environ 70 % des revenus touristiques, laissant les 72 autres se partager seulement 30 % des recettes.
Ce déséquilibre, dénoncé lors d’un forum organisé le 20 octobre 2026 à Bangkok, pousse les responsables du tourisme à envisager un modèle plus équitable pour les années à venir.
Bangkok, Phuket et trois autres provinces concentrent les recettes

Une touriste boit un verre en face du Wat Arun à Bangkok.
Lors du forum « Nation Forum 2027: Thailand’s Agenda », l’ancien chef du parti Move Forward, Pita Limjaroenrat, aujourd’hui chercheur à la Harvard Kennedy School, a souligné les fortes disparités dans la répartition des revenus touristiques du pays.
Selon lui, cinq provinces captent environ 70 % des recettes du secteur :
- Bangkok, la capitale ;
- Phuket, principale destination balnéaire internationale ;
- Chonburi, qui comprend Pattaya ;
- Surat Thani, dont dépendent Koh Samui, Koh Phangan et Koh Tao ;
- Chiang Mai, grande destination touristique du Nord.
Les 72 autres provinces thaïlandaises doivent se partager les 30 % restants.
Cette concentration est confirmée par les données touristiques de 2025, présentées en mars par l’ancien gouverneur de l’Autorité du tourisme de Thaïlande (TAT), Yuthasak Supasorn.
Sur les quelque 2 860 milliards de bahts générés par le tourisme cette année-là, les cinq premières provinces ont perçu 2 010 milliards de bahts, soit 70,25 % du total.
Bangkok a capté près de 900 milliards de bahts, soit 31,4 % du total.
Plus frappant encore, Phuket a généré 540 milliards de bahts, davantage que les 50 provinces les moins bien classées réunies.
À l’échelle régionale, les 20 provinces du Nord-Est, pourtant situées dans la région la plus peuplée du pays, ne représentent que 4,1 % du marché touristique national.
Les touristes voyagent dans le pays, mais dépensent très inégalement

Touristes dans un aéroport. Photo : Bangkok Post
L’analyse de Yuthasak Supasorn révèle un autre déséquilibre, mesuré à l’aide du coefficient de Gini, un indicateur statistique d’inégalité allant de 0 à 1.
Pour la répartition des visiteurs entre les provinces, ce coefficient atteint 0,55. Mais il grimpe à 0,82 lorsqu’il s’agit des revenus touristiques.
Autrement dit, les touristes sont moins concentrés géographiquement que les sommes qu’ils dépensent.
Les grandes destinations attirent davantage de touristes étrangers, qui génèrent des recettes nettement plus importantes.
À Phuket, où les visiteurs étrangers représentent 92 % des revenus touristiques, un touriste rapporte en moyenne 38 651 bahts, contre seulement 1 246 bahts à Nong Bua Lamphu, dans le Nord-Est.
Pour Pita Limjaroenrat, cette concentration a aussi un coût pour les populations locales.
Dans certaines destinations, le développement touristique entraîne une hausse des loyers, une accumulation des déchets et une pression accrue sur l’environnement.
Voir : Thaïlande : l’afflux de touristes à Phuket aggrave la crise des déchets
Pourtant, les habitants ne bénéficient pas toujours proportionnellement des revenus générés par les visiteurs.
Il estime que la réussite touristique du pays ne devrait plus être mesurée uniquement au nombre d’arrivées internationales.
Il propose de prendre davantage en compte les dépenses par visiteur, la durée des séjours et la répartition des revenus entre les provinces.
Pour illustrer le changement nécessaire, Pita invite la Thaïlande à dépasser le modèle traditionnel du « soleil, mer et sable » pour privilégier les « dents, santé et cœur », en misant davantage sur les soins dentaires et médicaux, le bien-être et les expériences humaines.
La Thaïlande veut privilégier la valeur plutôt que le nombre de visiteurs

Touriste dans le marché de Chatuchak à Bangkok.
Lors du même forum, Thapanee Kiatphaibool, gouverneure de la TAT, a présenté les orientations du secteur pour 2027.
La nouvelle approche, baptisée « Values over Volume » (la valeur plutôt que le volume), met l’accent sur l’emploi, les revenus locaux et la préservation des ressources culturelles et naturelles.
La TAT vise une hausse des recettes touristiques d’au moins 5 % en 2027, et jusqu’à 10 %, en encourageant les voyageurs à prolonger leurs séjours, à dépenser davantage et à découvrir des régions moins fréquentées.
Dans sa feuille de route publiée en août, elle souhaite aussi répartir les visiteurs à 60 % dans les grandes destinations et à 40 % dans les destinations émergentes.
Cinq grandes priorités ont été définies :
- Le tourisme de santé et de bien-être, associant médecine, prévention et traditions thaïlandaises.
- Les festivals, événements culturels et activités nocturnes, pour donner aux visiteurs des raisons de rester et d’explorer davantage de provinces.
- Le tourisme créatif, mettant en valeur l’artisanat, la gastronomie et les traditions locales.
- Le tourisme durable et régénératif, qui invite les visiteurs à contribuer à la préservation de la nature et du patrimoine local.
- La confiance des voyageurs, à travers le programme « Trusted Thailand », fondée sur l’honnêteté, la sécurité et la fiabilité des services.
La gouverneure a notamment averti que les surfacturations et les escroqueries visant les touristes pouvaient nuire à la réputation de l’ensemble du secteur.
Voir : Chute du tourisme en Thaïlande : double tarification et arnaques en cause ?
La TAT entend également évaluer sa stratégie à partir du nombre de visiteurs, mais aussi de la dépense moyenne, de la durée des séjours et de la répartition des revenus vers les communautés locales.
Des critères proches de ceux défendus par Pita Limjaroenrat.
Plus de 55 destinations locales concernées par la stratégie pour 2027

Le temple blanc Wat Rong Khun, à Chiang Rai. Photo : Arian Zwegers
Pour mieux répartir les revenus, les autorités souhaitent valoriser les traditions, les produits locaux et les événements régionaux afin d’attirer les visiteurs au-delà des destinations habituelles.
La TAT travaille notamment avec des partenaires locaux sur plus de 55 destinations communautaires, en s’appuyant sur le patrimoine culturel et naturel du pays.
Elle souhaite également développer des circuits touristiques autour des neuf sites thaïlandais inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Un projet pilote de promotion, baptisé « Signature Destination Branding », est envisagé dans cinq provinces : Chiang Rai, Ubon Ratchathani, Songkhla, Trat et Samut Songkhram.
Il reste toutefois soumis à un examen et à l’obtention d’un budget.
Parallèlement, le Bureau thaïlandais des congrès et des expositions (TCEB) souhaite encourager l’organisation de conférences et d’événements internationaux dans davantage de provinces.
La Thaïlande compte actuellement 16 destinations certifiées pour accueillir réunions, congrès, salons et voyages de récompense d’entreprise.
Mais la promotion touristique ne suffira pas à elle seule.
La gouverneure de la TAT a reconnu que celle-ci devait s’accompagner d’investissements dans les infrastructures, tandis que Pita Limjaroenrat a pointé la faiblesse des liaisons entre les grandes destinations et les provinces secondaires.
Le défi pour 2027 ne consiste donc plus seulement à attirer des visiteurs, mais à faire en sorte que leurs dépenses profitent à une plus grande partie du pays.
Voir aussi :
- Les arrivées de touristes étrangers en Thaïlande reculent de 4,12 %
- La Thaïlande ne peut plus compter sur le tourisme pour sauver son économie
- Le tourisme en Thaïlande menacé par les manifestations en France
Sources : The Nation Thailand, The Nation Thailand, The Nation Thailand, TAT Newsroom
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