Le tourisme ne peut plus, à lui seul, soutenir l’économie thaïlandaise, malgré les millions de visiteurs étrangers accueillis chaque année.
Un ancien gouverneur de l’Autorité du tourisme de Thaïlande alerte sur une crise structurelle du secteur, aggravée par la baisse des arrivées, l’endettement des ménages et la fuite d’une partie des recettes à l’étranger.
Le tourisme thaïlandais traverse une crise structurelle

Illustration associant une touriste avec un appareil photo, des bateaux traditionnels thaïlandais, un paysage tropical et des éléments graphiques représentant l’économie. Photo : The Nation Thailand
Dans une analyse publiée le 17 octobre 2026, Yuthasak Supasorn, ancien gouverneur de l’Autorité du tourisme de Thaïlande (TAT), estime que le royaume doit revoir en profondeur son modèle économique.
Selon lui, le pays traverse une « récession touristique structurelle », qui ne se résume pas à une diminution du nombre de visiteurs.
Pendant des décennies, le tourisme a constitué l’un des principaux moteurs de l’économie thaïlandaise, en soutenant l’emploi, les revenus et les entrées de devises étrangères.
Mais la croissance du produit intérieur brut (PIB) reste faible, autour de 1,5 à 2,5 %.
Pour 2026, la Banque mondiale prévoit une croissance limitée à 1,6 %, bien en dessous du potentiel de long terme du pays, estimé entre 3 et 3,5 %.
Cette faiblesse économique s’accompagne d’un ralentissement de l’industrie manufacturière, qui représente environ 25 % du PIB et emploie plus de 6,2 millions de personnes.
Ce secteur se contracte pour la quatrième année consécutive.
Dans le même temps, l’endettement des ménages limite la consommation intérieure et les dépenses touristiques des Thaïlandais.
Pour Yuthasak Supasorn, le tourisme ne parvient plus à diffuser efficacement ses retombées vers les autres secteurs de l’économie.
La Thaïlande peine à retrouver les touristes d’avant la pandémie

Voyageurs dans l’aéroport de Suvarnabhumi. Photo : Somchai Poomlard
En 2019, avant la pandémie de Covid-19, la Thaïlande avait accueilli un nombre record de 39,9 millions de touristes étrangers.
Après la reprise des voyages internationaux, le pays a enregistré environ 28 millions de visiteurs en 2023, puis 35,5 millions en 2024.
Mais cette progression s’est interrompue en 2025, avec 32,97 millions d’arrivées internationales, soit une baisse de 7,23 % sur un an.
Les recettes du tourisme étranger ont également reculé de 4,71 %, à environ 1 530 milliards de bahts.
Pour 2026, la TAT s’est fixé un objectif de 34,9 millions de visiteurs internationaux et de 2 790 milliards de bahts de recettes touristiques totales, en incluant les voyageurs thaïlandais.
Les prévisions du centre de recherche Kasikorn (KResearch) sont toutefois moins optimistes.
L’organisme anticipe 31,36 millions de touristes étrangers sur l’ensemble de l’année, soit une nouvelle baisse de 4,9 % par rapport à 2025.
Les recettes internationales atteindraient environ 1 540 milliards de bahts.
Selon l’ancien gouverneur de la TAT, ces chiffres montrent que le tourisme thaïlandais ne peut plus espérer un retour automatique à sa croissance passée.
La baisse des touristes chinois fragilise le secteur

Des groupes de touristes, dont de nombreux visiteurs chinois, au Grand Palais de Bangkok. Photo : The Nation Thailand
La diminution du nombre de visiteurs chinois représente l’un des principaux problèmes du tourisme thaïlandais.
Avant la pandémie, le royaume accueillait plus de 11 millions de touristes chinois par an.
Ce marché serait tombé autour de 4,5 à 5,5 millions de visiteurs par an sur la période 2025-2026, selon les estimations citées par Yuthasak Supasorn.
L’ancien responsable attribue notamment cette baisse aux inquiétudes concernant la sécurité en Thaïlande et aux politiques chinoises encourageant le tourisme intérieur.
Voir : Enlèvements de touristes en Thaïlande : la Chine lance une nouvelle alerte
Les voyages organisés de touristes chinois n’auraient retrouvé qu’environ 45 % de leur niveau antérieur.
Selon les données du Conseil national de développement économique et social (NESDC), les visiteurs étrangers dépensaient en moyenne 52 833 bahts par personne et par séjour au premier semestre 2026.
Les touristes effectuant des voyages long-courriers dépensent nettement plus : environ 80 137 bahts pour ceux du Moyen-Orient et entre 55 000 et 62 000 bahts pour les Européens.
Mais leur nombre reste insuffisant pour compenser entièrement le recul des visiteurs d’Asie de l’Est.
Voir : Forte hausse des vols européens vers la Thaïlande mais chute des vols russes
Par ailleurs, les voyageurs se montrent plus prudents dans leurs dépenses.
Ils réduisent notamment leurs achats de souvenirs et de produits non essentiels.
Pour Yuthasak Supasorn, la stratégie visant à privilégier la valeur économique des séjours plutôt que le nombre de touristes ne compense donc pas encore la diminution des arrivées.
Près de 30 % de l’argent des touristes repartirait à l’étranger

Réservation d’hôtel en ligne.
Le nombre de visiteurs n’est pas le seul problème.
Une partie importante de leurs dépenses échappe également à l’économie thaïlandaise.
Selon des recherches citées par Yuthasak Supasorn, 28,37 % des dépenses touristiques pourraient finalement repartir vers l’étranger.
Autrement dit, lorsqu’un touriste dépense 100 bahts en Thaïlande, près de 30 bahts pourraient quitter l’économie nationale.
Ce phénomène, appelé « fuite des revenus touristiques », s’explique par plusieurs mécanismes :
- Les hôtels et autres établissements touristiques achètent une partie de leurs équipements et fournitures à l’étranger.
- Les entreprises étrangères peuvent transférer une partie de leurs bénéfices vers leur pays d’origine.
- Les plateformes internationales de réservation prélèvent des commissions sur les hôtels et les hébergements thaïlandais.
Ainsi, même lorsqu’un visiteur paie son hébergement, ses repas ou ses activités dans le royaume, une partie de cet argent peut finalement être transférée hors du pays.
Ce taux de 28,37 % est une estimation issue de travaux de recherche, et non une mesure officielle des pertes.
Pour l’ancien gouverneur, cette fuite affaiblit l’effet multiplicateur du tourisme : les recettes générées par les visiteurs ne se traduisent pas intégralement par des revenus supplémentaires pour les entreprises et les travailleurs thaïlandais.
Le problème s’inscrit dans un contexte de déséquilibres économiques plus larges.
Selon des données de la Banque de Thaïlande citées dans l’analyse, le pays enregistre un déficit de sa balance des services depuis six années consécutives.
Au deuxième trimestre 2026, le déficit de la balance courante aurait atteint 17,7 milliards de dollars.
Plusieurs facteurs contribuent à ces pressions, notamment la hausse de 31,2 % des coûts de fret, les importations d’énergie représentant 5,3 % du PIB et les transferts de bénéfices des investisseurs étrangers.
Yuthasak Supasorn estime que conserver une plus grande part des dépenses touristiques dans le pays contribuerait aussi à stabiliser la balance courante.
Le Vietnam et le Japon attirent une partie des voyageurs

Vue de Hô Chi Minh-Ville au Vietnam. Photo : Lê Minh Phát
La Thaïlande doit également faire face à une concurrence croissante d’autres destinations asiatiques.
Le Vietnam constitue l’un de ses principaux concurrents grâce à des prix jugés plus compétitifs.
Selon les estimations citées dans l’analyse, les biens et services y seraient en moyenne 25 % moins chers qu’en Thaïlande.
Le pays propose également une exemption de visa de 45 jours à certaines nationalités, renforçant son attractivité touristique.
En 2025, il a accueilli 21,2 millions de visiteurs internationaux, dont environ 5,3 millions de Chinois.
Voir : Tourisme : la Thaïlande chute face au Vietnam dans le transport aérien
De son côté, le Japon profite de la faiblesse du yen, qui rend les séjours et les achats plus accessibles aux voyageurs étrangers.
En 2024, l’archipel avait reçu 36,87 millions de touristes internationaux, dépassant ainsi la Thaïlande.
Voir : La Thaïlande redoute le retour massif des touristes chinois au Japon
Les Thaïlandais sont également de plus en plus nombreux à voyager et à dépenser au Japon.
Le royaume subit donc une double pression : ses recettes touristiques reculent, tandis qu’une part croissante des budgets voyage des Thaïlandais part à l’étranger.
La dette des ménages pénalise le tourisme intérieur

Passants dans une rue commerçante de Thaïlande.
Les difficultés ne concernent pas uniquement les visiteurs étrangers.
En 2026, la dette des ménages thaïlandais représente entre 85,9 et 86,7 % du PIB, soit environ 16 440 milliards de bahts, selon les données citées dans l’analyse.
Malgré un recul de ce ratio, la situation financière des ménages ne s’est pas nécessairement améliorée.
Le durcissement des conditions de crédit empêche par ailleurs de nombreux consommateurs d’obtenir de nouveaux prêts.
Dans le même temps, le revenu moyen des ménages a diminué de 2,5 %, pour atteindre 28 308 bahts.
Cette baisse limite leur pouvoir d’achat et leurs dépenses consacrées aux vacances.
Les Thaïlandais devraient effectuer entre 277,1 et 282,6 millions de voyages intérieurs en 2026, mais privilégient de plus en plus des déplacements courts et peu coûteux.
Certains choisissent de voyager sans passer la nuit à l’hôtel ou se tournent vers des hébergements moins chers.
En dehors des grandes destinations touristiques comme Bangkok, Phuket et Chonburi (Pattaya), les petits établissements hôteliers sont confrontés à une offre de chambres supérieure à la demande.
Même si le taux d’occupation national se maintient autour de 71 à 72 %, les prix moyens des chambres subissent des pressions à la baisse.
Cette érosion des prix fragilise les petits hôteliers et accroît leurs difficultés à rembourser leurs emprunts.
Quels nouveaux moteurs pour l’économie thaïlandaise ?

Des enfants s’amusent au bord d’une plage de Phuket, tandis qu’un avion de ligne survole la mer. Photo : The Nation Thailand
Pour Yuthasak Supasorn, la solution ne consiste pas simplement à multiplier les campagnes promotionnelles pour attirer toujours plus de visiteurs.
Il plaide pour un modèle économique plus équilibré, associant le tourisme à l’industrie de pointe, aux investissements verts et aux services à forte valeur ajoutée.
Dans son rapport consacré à l’industrie verte, la Banque mondiale identifie plusieurs secteurs prometteurs pour la Thaïlande : batteries, véhicules électriques, technologies solaires, électronique avancée et infrastructures numériques.
Ces activités pourraient renforcer la productivité du pays et créer des emplois mieux rémunérés.
Les produits liés aux technologies vertes représentent déjà près de 10 % des exportations thaïlandaises.
Autre signe encourageant : les demandes de soutien à l’investissement dans les industries émergentes ont presque doublé au cours des neuf premiers mois de 2025, selon la Banque mondiale.
Mais l’ancien gouverneur estime également nécessaire de transformer le secteur touristique lui-même.
Il recommande d’encourager les hôtels et les entreprises touristiques à utiliser plus de produits, de matériaux et de technologies fabriqués en Thaïlande.
Le développement de plateformes de réservation et de services numériques nationaux permettrait aussi de limiter les commissions versées aux entreprises étrangères.
Une meilleure coopération entre le tourisme, l’agriculture, l’industrie et les nouvelles technologies favoriserait la redistribution des revenus aux producteurs et aux travailleurs du pays.
Pour Yuthasak Supasorn, l’avenir économique de la Thaïlande dépendra donc moins du nombre de visiteurs accueillis que de sa capacité à créer davantage de valeur et à diversifier ses sources de croissance.
Voir aussi :
- Voyage en Thaïlande : vos valises peuvent être ouvertes sans votre accord
- Taxe touristique en Thaïlande : le financement de l’assurance fait débat
- Thaïlande : la taxe de départ pourrait coûter 150 milliards de bahts au tourisme
Sources : Thansettakij, The Nation Thailand
Liens utiles pour préparer votre voyage en Thaïlande
Souscrire une assurance voyage
Réserver bus, train et bateau en Thaïlande
Gérer son argent en voyage avec Wise
Voyage sur mesure avec Evaneos
Vous pouvez nous suivre sur :
Twitter, LinkedIn, Facebook, Google News