Accueil Actualités en ThaïlandeTaxe touristique en Thaïlande : le financement de l’assurance fait débat

Taxe touristique en Thaïlande : le financement de l’assurance fait débat

0 commentaires 9 minutes à lire
Montage montrant des touristes au comptoir d'enregistrement d'un aéroport et un médecin examinant un patient hospitalisé

Les professionnels du tourisme thaïlandais soutiennent la future taxe de 450 bahts (environ 12 euros), mais contestent le financement d’une assurance pour les visiteurs étrangers.

Ils remettent en question les 7 milliards de bahts de factures hospitalières impayées évoqués par les autorités et réclament une autre utilisation des recettes.

Voir : La Thaïlande vise début 2027 pour sa taxe touristique de 450 bahts

Une taxe acceptée, mais des désaccords sur son utilisation

Tuk-tuks devant un temple en Thaïlande

Des tuk-tuks circulent devant un temple en Thaïlande. Photo : icon0

Lors d’une consultation organisée le 6 octobre 2026, l’Association des hôtels thaïlandais (THA) et l’Association des agents de voyages thaïlandais (ATTA) ont soutenu le principe de la taxe.

Les deux organisations rejettent en revanche l’idée d’en consacrer une partie à une assurance pour les touristes.

Le projet prévoit de prélever initialement 450 bahts par entrée sur les touristes étrangers arrivant par avion.

Les entrées terrestres et maritimes seraient concernées un an plus tard.

Les recettes doivent alimenter le Fonds de promotion du tourisme.

Une partie servirait à assurer les visiteurs, le reste au développement, à la préservation et à la restauration des sites touristiques.

Avec plus de 30 millions d’arrivées internationales par an, la taxe pourrait rapporter plus de 10 milliards de bahts, selon les calculs de la THA.

Les 7 milliards de bahts d’impayés hospitaliers remis en cause

Hôpital Vachira à Phuket

Hôpital Vachira à Phuket. Photo : Vachira Phuket Hospital

Les professionnels contestent aussi les chiffres présentés par le ministère de la Santé publique pour justifier l’assurance.

Selon les données communiquées lors des discussions, les hôpitaux publics thaïlandais ont comptabilisé 1,12 million de prises en charge de patients étrangers.

Le montant total des frais médicaux atteignait 16,957 milliards de bahts.

Sur cette somme, les établissements auraient récupéré 9,935 milliards de bahts, laissant environ 7,021 milliards de bahts de factures impayées.

Or, ces statistiques concernent l’ensemble des patients étrangers, et pas uniquement les touristes internationaux.

Les principales nationalités représentées seraient celles de la Birmanie, du Cambodge et du Laos.

Les données pourraient donc inclure de nombreux travailleurs migrants et des habitants des pays voisins venus spécialement en Thaïlande pour recevoir des soins.

Pour les représentants du secteur, ces patients ne doivent pas être automatiquement comptés comme des touristes.

Adith Chairattananon, secrétaire général honoraire de l’ATTA, souligne également l’écart avec les précédentes estimations, qui faisaient état de quelques centaines de millions de bahts de factures médicales impayées par an.

Il réclame des données détaillées permettant de déterminer quelle part de ces dépenses concerne réellement les touristes.

Autre incohérence soulevée : les statistiques hospitalières couvrent les patients étrangers arrivés par toutes les frontières, alors que la taxe concernerait initialement les seules entrées aériennes.

Les professionnels craignent qu’une surestimation des dépenses médicales conduise à consacrer une part excessive du fonds touristique à l’assurance, au détriment des investissements dans le secteur.

La plupart des touristes seraient déjà assurés

Illustration sur l’assurance voyage pour les touristes internationaux

L’assurance voyage fait partie du dispositif associé à la future taxe touristique de 450 bahts en Thaïlande.

Thienprasit Chaiyapatranun, président de la THA, estime que l’assurance voyage doit principalement rester à la charge des visiteurs.

Selon lui, de nombreux touristes à fort pouvoir d’achat, notamment les Européens et les voyageurs en circuits organisés, disposent déjà d’une assurance.

Adith Chairattananon avance une estimation encore plus précise.

Il considère que 80 à 90 % des touristes étrangers possèdent déjà une assurance santé ou accident.

Le secteur estime donc qu’une grande partie des visiteurs n’a pas besoin d’une assurance supplémentaire financée par le gouvernement.

Autre risque : certains touristes pourraient renoncer à souscrire une assurance personnelle, en se croyant suffisamment protégés par le nouveau dispositif.

Ils pourraient découvrir, après un accident ou une maladie, que cette couverture ne suffit pas.

La THA propose plutôt une assurance complémentaire facultative, vendue aux postes d’immigration, pour les visiteurs arrivant sans couverture.

Un système similaire avait déjà été utilisé à la fin de la pandémie de Covid-19.

L’ATTA va plus loin : elle propose d’exiger des visiteurs une preuve d’assurance, ou l’achat d’une couverture à leur arrivée.

Des touristes face à des factures médicales vertigineuses

Montage montrant Jack Heathcock avant son accident et hospitalisé après une chute d'un balcon à Chiang Mai, en Thaïlande

Jack Heathcock, un Britannique de 21 ans, avant et après sa chute d’un balcon à Chiang Mai en 2023. Son assurance avait refusé de prendre en charge ses frais médicaux.

La question de l’assurance reste pourtant cruciale pour les voyageurs.

Chaque année, des touristes accidentés en Thaïlande se retrouvent face à des factures hospitalières impossibles à payer.

En 2025, le cas de Liam Gibson, un Britannique de 23 ans blessé après une chute dans une cascade à Koh Samui, illustrait ce problème.

Sa facture médicale atteignait 118 230 euros.

Voir : En Thaïlande, le moindre accident coûte une fortune et GoFundMe paie la note

En 2023, Jack Heathcock, un étudiant britannique de 21 ans, avait été grièvement blessé après une chute d’un balcon à Chiang Mai.

Bien qu’il ait souscrit une assurance voyage, son assureur avait refusé de prendre en charge les soins en raison des circonstances de la chute, selon sa famille.

Les frais médicaux devaient dépasser 46 000 euros.

Ses proches avaient lancé une collecte de fonds pour financer son hospitalisation et son éventuel rapatriement.

Voir : Un touriste tombé d’un balcon en Thaïlande lutte pour sa vie, sa famille lutte pour payer l’hôpital

Une autre Britannique, Jo Hoffman, avait subi de graves blessures au visage après un accident de scooter à Koh Samui, en décembre 2022.

Elle avait découvert que ni ses assurances ni sa carte bancaire ne la couvraient, contrairement à ce qu’elle pensait.

Ses frais médicaux risquaient d’atteindre 57 000 euros.

Voir : Le double châtiment d’une touriste en Thaïlande après un accident de moto

Un touriste décédé après un refus présumé de soins

Secouristes tentant de réanimer un touriste taïwanais gravement blessé dans un accident de la route à Bangkok

Des secouristes tentent de réanimer un touriste taïwanais gravement blessé à Bangkok en décembre 2023. Il est décédé après un refus de prise en charge par un hôpital privé. Photo : The Nation Thailand

Les conséquences peuvent être encore plus graves.

En décembre 2023, un touriste taïwanais gravement blessé dans un accident de la route à Bangkok est décédé lors de son transfert vers un autre établissement.

Selon les secouristes, un premier hôpital privé aurait refusé de le prendre en charge faute de garanties financières, notamment en l’absence de proches pouvant régler les frais.

Les autorités thaïlandaises avaient ordonné une enquête sur ce refus de soins, rappelant que les hôpitaux sont tenus de prendre en charge les patients en situation d’urgence.

Voir : Un touriste gravement blessé en Thaïlande meurt après avoir été refusé par un hôpital

Ces affaires montrent les limites d’une approche fondée uniquement sur le pourcentage de voyageurs déjà assurés.

Une assurance peut comporter des exclusions, notamment pour certains accidents de deux-roues, et les garanties souscrites ne couvrent pas toujours l’ensemble des dépenses.

Une analyse publiée en 2023 s’était intéressée à 67 Britanniques blessés en Thaïlande ayant lancé des appels aux dons.

Le montant moyen réclamé atteignait environ 29 000 euros.

Voir : Pourquoi l’appel aux dons est le dernier recours pour des touristes accidentés en Thaïlande ?

Ces situations ne prouvent pas que l’assurance financée par la taxe de 450 bahts serait suffisante pour éviter de tels drames.

Elles rappellent toutefois qu’une couverture insuffisante peut laisser les visiteurs sans protection réelle en cas d’accident grave.

Une couverture à 200 bahts jugée insuffisante

Les discussions ont également porté sur la possibilité de consacrer environ 200 bahts, sur les 450 bahts prélevés, au financement d’une assurance.

Les représentants du tourisme doutent qu’un tel montant permette d’obtenir des garanties suffisantes, notamment si la couverture inclut les maladies et pas uniquement les accidents.

La THA met aussi en garde contre un effet pervers : une assurance médicale trop étendue pourrait encourager des habitants des pays voisins à payer les 450 bahts uniquement pour venir se faire soigner en Thaïlande.

La durée de protection envisagée soulève aussi des interrogations.

Le projet évoque une assurance valable pendant 30 jours, alors que de nombreux visiteurs ne restent que sept à dix jours dans le pays.

Autre point flou : les règles applicables aux touristes qui entrent plusieurs fois dans le pays.

Les professionnels demandent au gouvernement de préciser comment les 450 bahts seront répartis, et de définir clairement qui sera considéré comme touriste.

L’ATTA veut privilégier les infrastructures et la gestion des crises

Visiteurs dans le parc historique de Si Thep

Visiteurs dans le parc historique de Si Thep. Photo : Bangkok Post

Plutôt que de financer une assurance généralisée, l’ATTA souhaite consacrer l’essentiel des recettes au développement touristique.

Elle propose notamment la création d’un fonds de gestion des risques et des crises.

Celui-ci pourrait intervenir lors de catastrophes naturelles, d’inondations importantes ou d’accidents majeurs, lorsque les assurances habituelles ne suffisent pas.

L’association recommande également d’investir dans les infrastructures touristiques et l’amélioration des services aux visiteurs.

L’objectif serait de permettre aux touristes de constater concrètement les avantages de la taxe qu’ils doivent payer.

Si une partie des recettes devait malgré tout financer les soins médicaux et les accidents, l’ATTA souhaiterait limiter cette enveloppe à 3 à 5 % du fonds touristique, soit environ 200 à 300 millions de bahts selon ses estimations.

Un lancement toujours envisagé début 2027

Touristes faisant la queue dans la zone des arrivées d'un aéroport thaïlandais

Touristes faisant la queue dans la zone des arrivées d’un aéroport thaïlandais. Photo : Bangkok Post

Malgré ces désaccords, le gouvernement thaïlandais maintient son objectif de commencer à percevoir la taxe touristique au premier trimestre 2027.

Plusieurs éléments restent toutefois à arrêter : les exemptions, les modalités de paiement, l’assurance et la répartition des recettes.

Le ministère du Tourisme et des Sports a indiqué qu’il examinerait les remarques formulées lors de la consultation du 6 octobre avant de finaliser le projet.

Le texte doit encore être soumis au Comité national de la politique touristique, puis au Conseil des ministres.

Cette taxe de 450 bahts est distincte du projet de taxe de départ de 1 000 bahts, qui suscite lui aussi des inquiétudes dans le secteur touristique.

Voir : Thaïlande : la taxe de départ pourrait coûter 150 milliards de bahts au tourisme

À ce stade, aucune date définitive d’entrée en vigueur n’a été annoncée.

Voir aussi :


Source : The Nation Thailand

Est-ce que cet article vous a été utile ?

Cliquez sur les étoiles pour le noter !

Note moyenne 4.8 / 5. Décompte des votes : 17

Aucun vote jusqu'à présent ! Soyez le premier à noter ce billet.

Comme vous avez trouvé ce post utile....

Partagez le sur les médias sociaux ! 😉

Vous vous intéressez à la Thaïlande ?
Ajoutez Toute la Thaïlande à vos sources préférées sur Google pour retrouver plus facilement nos articles.
▼ Cliquez ici ▼

Liens utiles pour préparer votre voyage en Thaïlande

Souscrire une assurance voyage

Réserver un billet d'avion

Réserver bus, train et bateau en Thaïlande

Réserver un hôtel

Réserver des activités

Gérer son argent en voyage avec Wise

Voyage sur mesure avec Evaneos

Newsletter Form (#11)

S'abonner à notre lettre d'information

Restez informé sur la Thaïlande : vous recevrez un e-mail avec nos derniers articles une fois par semaine.



Vous pouvez nous suivre sur :

Twitter, LinkedIn, Facebook, Google News


Vous pourriez aussi aimer

Laissez un commentaire

À savoir : les commentaires sur les articles récents sont modérés le lendemain.
* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site web.