Le projet de taxe de départ de 1 000 bahts (environ 26 euros) provoque des désaccords en Thaïlande, jusque dans les rangs du gouvernement.
Le ministre du Tourisme s’inquiète d’une double taxation des visiteurs étrangers, tandis que les professionnels du secteur demandent la suspension du projet.
Voir : La Thaïlande envisage une taxe de départ de 1 000 bahts pour les touristes
Le ministre du Tourisme surpris par le projet de taxe

Le ministre thaïlandais du Tourisme et des Sports, Surasak Phancharoenworakul. Photo : Thairath
Le ministre thaïlandais du Tourisme et des Sports, Surasak Phancharoenworakul, a déclaré le 8 octobre 2026 ne pas avoir été informé auparavant de la volonté du ministère des Finances d’étendre la taxe de départ aux voyageurs étrangers.
Il pensait que cette mesure concernerait uniquement les Thaïlandais voyageant à l’étranger.
D’après ce qu’avait compris le ministre du Tourisme, les recettes de cette taxe serviraient notamment à financer des programmes encourageant le tourisme intérieur, sans dépendre du budget de l’État.
Cette approche avait été défendue par le ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas.
Mais Surasak s’inquiète désormais de l’accumulation des prélèvements imposés aux visiteurs étrangers.
Le principe d’une taxe touristique de 450 bahts à l’entrée du pays a déjà été approuvé en Conseil des ministres, même si sa mise en application reste à venir.
Voir : La Thaïlande vise début 2027 pour sa taxe touristique de 450 bahts
Le ministre a comparé la nouvelle taxe de départ à la « Sayonara Tax » japonaise, un prélèvement appliqué aux voyageurs quittant le Japon.
Il estime que faire payer les touristes étrangers à l’entrée et à la sortie de la Thaïlande créerait de la confusion et risquerait de nuire à leur perception du pays.
Selon lui, les autorités devraient choisir entre ces deux prélèvements plutôt que les appliquer simultanément.
Il souhaite en discuter avec le ministre des Finances et examiner les dispositions légales permettant d’étendre cette taxe aux étrangers.
Les agences de voyages demandent la suspension du projet

Des représentants d’agences de voyages participent au salon Thailand Travel Mart. Photo : Thairath
Comme annoncé précédemment, l’Association thaïlandaise des agents de voyages (ATTA) a décidé de formaliser son opposition dans une lettre destinée au ministre des Finances.
Son président, Thanapol Cheewarattanaporn, demande au gouvernement de suspendre l’examen du projet jusqu’à la réalisation d’une étude approfondie de ses conséquences économiques.
L’association présente six arguments contre cette nouvelle taxe, qu’elle juge pénalisante pour les particuliers, les petites entreprises et l’industrie touristique.
Elle souligne notamment que les déplacements internationaux ne se limitent pas aux vacances.
Ils permettent aussi d’étudier, de travailler, de développer des activités commerciales et de créer des réseaux professionnels.
Une taxe forfaitaire de 1 000 bahts pèserait proportionnellement davantage sur les voyages à petit budget, particulièrement pour les familles, les étudiants et les petits entrepreneurs.
L’ATTA estime également que cette mesure intervient à un mauvais moment, alors que de nombreux ménages et entreprises doivent encore faire face aux dépenses liées aux récentes inondations.
Voir : Thaïlande : les inondations persistent, de nouvelles fortes pluies inquiètent
Une hausse cumulée pouvant atteindre 1 840 bahts

Une voyageuse avec son sac à dos dans une rue de Bangkok.
L’association a calculé l’augmentation potentielle des prélèvements supportés par les voyageurs.
Depuis le 20 juin 2026, la redevance aéroportuaire internationale dans les six principaux aéroports exploités par Airports of Thailand (AOT) est passée de 730 à 1 120 bahts.
Voir : Voyager depuis la Thaïlande coûtera plus cher dès le 20 juin 2026
En prenant cette ancienne redevance comme référence, et si les deux nouvelles taxes entraient en vigueur, la hausse cumulée atteindrait 1 840 bahts pour un touriste étranger et 1 390 bahts pour un voyageur thaïlandais.
Ces calculs concernent les voyageurs soumis aux prélèvements dans les aéroports d’AOT et restent hypothétiques.
Pour certains touristes étrangers, le total des taxes et redevances pourrait alors atteindre 2 570 bahts par voyage.
L’ATTA craint que ces dépenses supplémentaires réduisent les réservations ou contraignent les visiteurs à diminuer leur budget consacré aux hôtels, restaurants, activités et commerces locaux.
Les compagnies aériennes pourraient réduire leurs vols

Avions de différentes compagnies aériennes en Thaïlande. Photo : Fl360 Aero
Les professionnels du tourisme redoutent également des répercussions sur les liaisons aériennes internationales.
S’appuyant sur les analyses de l’Association internationale du transport aérien (IATA), l’ATTA souligne qu’une augmentation des taxes sur les billets peut réduire la demande, particulièrement chez les voyageurs sensibles aux prix.
Or, la rentabilité d’une ligne aérienne dépend des passagers voyageant dans les deux sens.
Une diminution du nombre de départs depuis la Thaïlande pourrait donc conduire certaines compagnies à réduire leurs fréquences ou leurs capacités.
Les nouvelles lignes aériennes et les marchés secondaires seraient particulièrement vulnérables.
L’association estime que cette évolution pourrait également pénaliser le tourisme réceptif, en réduisant les possibilités de rejoindre certaines destinations thaïlandaises depuis l’étranger.
Plus de 13 millions de Thaïlandais ont voyagé à l’étranger en 2025

Touristes dans une rue d’Osaka au Japon. Photo : Nikada
L’ATTA souligne aussi l’importance des déplacements internationaux pour les relations entre la Thaïlande et ses partenaires.
Selon des données de Bnomics citées par l’association, environ 13,06 millions de Thaïlandais ont effectué des voyages touristiques à l’étranger en 2025.
Ces déplacements favorisent la compréhension mutuelle entre les populations, le développement des réseaux d’affaires et la coopération commerciale.
L’ATTA s’appuie notamment sur les travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour souligner le rôle du tourisme dans les relations internationales et la diplomatie touristique.
Elle considère que limiter ces échanges par des taxes supplémentaires pourrait affaiblir les liens internationaux et la capacité du secteur touristique à résister aux crises.
L’ATTA réclame une étude complète avant toute décision

Adith Chairattananon, secrétaire général de l’ATTA, s’oppose au projet de taxe de départ de 1 000 bahts. Photo : The Nation Thailand
L’ATTA demande la suspension du projet afin de permettre aux ministères des Finances, du Tourisme et des Transports de travailler avec les entreprises concernées à une évaluation de ses conséquences économiques.
L’étude devrait notamment comparer le coût total d’un voyage en Thaïlande avec celui des destinations concurrentes, analyser les effets sur les compagnies aériennes et évaluer les pertes éventuelles de recettes dans les secteurs liés au tourisme.
L’association demande également que les résultats soient rendus publics et que d’autres solutions fiscales, moins pénalisantes pour la population et les petites et moyennes entreprises, soient examinées.
Elle précise soutenir la discipline budgétaire et les investissements destinés à renforcer le tourisme, à condition que leurs bénéfices économiques soient démontrés.
Une consultation publique jusqu’au 29 octobre

Touristes asiatiques en Thaïlande. Photo : Thai Rath
Le projet de taxe de départ reste soumis à une consultation publique organisée par le Département des recettes fiscales thaïlandais jusqu’au 29 octobre 2026.
Dans sa version actuelle, il prévoit un prélèvement de 1 000 bahts pour les départs internationaux en avion, applicable aux voyageurs thaïlandais comme étrangers, sous réserve des exemptions prévues.
Aucune date d’entrée en vigueur n’a encore été fixée.
Le gouvernement devra examiner les observations recueillies avant de décider s’il maintient, modifie ou abandonne le projet.
Les réserves du ministre du Tourisme et l’opposition officielle des professionnels pourraient désormais peser sur cette décision.
Voir aussi :
- Les inondations en Thaïlande commencent à peser sur le tourisme
- La Thaïlande lance une super-application pour les touristes et les expatriés
- Thaïlande : la flambée du pétrole menace la haute saison touristique
Sources : Thansettakij (1), Thansettakij (2), Daily News
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