Les autorités thaïlandaises ont ordonné, le mercredi 7 octobre, la fermeture du centre de Kanchanaburi où des pensionnaires étaient enfermés dans des lits grillagés.
L’inspection a révélé de nombreuses irrégularités.
Au total, 92 pensionnaires ont été transférés ou repris par leurs familles.
Voir : La Thaïlande sous le choc après l’affaire du centre-prison pour personnes âgées
Le centre de Kanchanaburi perd son autorisation d’exploitation

La responsable de l’établissement échange avec des policiers du CIB lors de l’inspection du centre de Kanchanaburi. Photo : CIB
Le Département de soutien aux services de santé, rattaché au ministère thaïlandais de la Santé publique, a ordonné le 7 octobre 2026 la fermeture du Sothonchai Nursing Home.
Son directeur général, le Dr Puwadet Surakhot, avait personnellement inspecté l’établissement la veille, avant de signer la décision de révocation de sa licence d’exploitation.
La procédure concerne également la licence de gestion, détenue par la même personne.
Les inspecteurs ont découvert 129 lits alors que seulement 50 étaient autorisés.
L’établissement occupait également environ 4 300 m², contre 1 600 m² déclarés lors de la demande d’autorisation, soit près de trois fois la surface prévue.
Les autorités ont aussi relevé des locaux et des soins non conformes, des dossiers médicaux incomplets ou inexacts et des cas d’enfermement illégal de pensionnaires.
Un centre pour personnes âgées accueillant surtout des adultes de 18 à 59 ans

Une chambre entourée de grillages métalliques dans l’établissement de Kanchanaburi inspecté par les autorités. Photo : CIB
Autre découverte majeure : l’établissement, autorisé à accueillir des personnes âgées ou dépendantes, hébergeait principalement des adultes âgés de 18 à 59 ans.
Plus de 90 patients souffraient de troubles psychiatriques.
La plupart étaient classés au niveau « vert », correspondant à des troubles considérés comme stabilisés ou présentant un faible niveau de risque.
Leur prise en charge dépassait toutefois les conditions autorisées par la licence de l’établissement.
Les images diffusées précédemment par la police avaient également révélé des chambres entourées de grilles métalliques, des lits transformés en cages et des installations surmontées de barbelés.
Le Dr Kittisak Aksornwong, directeur général du Département de la santé mentale, a précisé que les patients agressifs ou très agités nécessitant un contrôle de leur comportement doivent disposer de chambres d’isolement spécialement aménagées.
Celles-ci doivent comporter des portes renforcées, pouvant présenter un aspect grillagé, et des parois conçues pour éviter les blessures.
En revanche, pour les patients ne présentant aucun symptôme anormal, l’enfermement dans des cages ou des lits grillagés ne constitue pas un traitement standard et ne peut en aucun cas être utilisé.
Les 92 pensionnaires transférés dans la soirée du 7 octobre
L’opération de transfert, dirigée par le vice-gouverneur de Kanchanaburi, Tharat Lueangsa-ard, a débuté vers 17 h et duré plus de deux heures.
Elle a mobilisé les autorités provinciales, les services sanitaires, le Département de la santé mentale et le ministère du Développement social et de la Sécurité humaine.
Le Dr Akom Praditsuwan, directeur général adjoint du Département de soutien aux services de santé, avait expliqué dans l’émission Hone Krasae que les pensionnaires seraient orientés selon leurs besoins et leur situation familiale.
Selon le bilan, 58 personnes ont été transférées vers des établissements médicaux, cinq confiées aux services sociaux et 29 reprises par leurs familles.
Parmi les établissements d’accueil figurent l’Institut Kalyarajanakarin (25 patients), l’hôpital Srithanya (22) et l’hôpital Somdet Chaopraya (9).
Deux autres personnes ont été transférées à l’hôpital de Tha Muang.
Cinq pensionnaires ont été confiés aux services sociaux de Kanchanaburi et de Ratchaburi.
Toutes les familles ont été contactées.
Les patients qui ne peuvent pas être repris par leurs proches resteront dans les établissements spécialisés chargés de leur prise en charge.
Pour certains pensionnaires, présents depuis de nombreuses années, parfois jusqu’à 17 ans, le départ a été particulièrement difficile.
Une équipe de soutien psychologique a accompagné les personnes désorientées par ce changement.
Certaines ont dû se séparer d’amis.
Des embrassades d’adieu avec le personnel ont également marqué leur départ.
Une réouverture du centre reste possible

Des agents du Bureau central d’enquête (CIB) et des journalistes inspectent l’établissement de Kanchanaburi après le témoignage d’une ancienne pensionnaire. Photo : CIB
Malgré la révocation de la licence annoncée par les autorités, une réouverture reste envisageable après une mise en conformité.
Mme Maew et son fils ont accepté la décision et pleinement coopéré avec les services chargés des transferts.
La propriétaire est autorisée à rester sur place.
Toute reprise d’activité devra recevoir l’accord du Bureau régional de soutien aux services de santé de la région 5 et disposer des autorisations nécessaires.
Pourquoi les irrégularités n’avaient-elles pas été détectées ?
L’affaire soulève également des questions sur les procédures de contrôle des établissements privés.
Selon le Dr Puwadet Surakhot, la licence du centre avait été renouvelée en ligne, conformément aux règles de simplification administrative.
Les inspections physiques sont normalement effectuées chaque année, mais la prochaine visite sur place était prévue en novembre 2026.
Le Département de soutien aux services de santé a désormais annoncé une campagne d’inspection des 1 200 centres pour personnes âgées enregistrés auprès de ses services dans toute la Thaïlande.
Ces vérifications doivent être réalisées dans un délai de deux mois.
Phat en larmes après l’annonce de la fermeture

Phat, émue aux larmes lors de l’émission Hone Krasae. Photo : Hone Krasae
La décision des autorités a particulièrement ému « Phat », la Thaïlandaise de 63 ans dont le témoignage avait contribué à révéler les pratiques du centre.
Voir : Thaïlande : son fils la fait interner dans un centre pour lui voler son entreprise
Lors de l’émission Hone Krasae, elle a fondu en larmes en apprenant la fermeture, avant de joindre les mains dans un wai exprimant son soulagement et sa joie.
Elle affirme avoir été placée contre son gré dans cet établissement par son fils et y être restée pendant plus de deux ans.
Lors de son témoignage du 6 octobre dans l’émission Hone Krasae, elle a notamment raconté avoir passé environ 11 mois enfermée dans ce qu’elle appelle une « cage pour chiens », avec un lit rouillé et un simple seau pour faire ses besoins.
Elle affirme également avoir subi des violences et des privations de nourriture chaque fois que sa fille ou sa sœur tentaient de contacter un avocat pour obtenir sa libération.
Le ministre de la Santé publique, Pattana Promphat, a indiqué avoir été informé que des victimes avaient porté plainte auprès de la police.
Si les pensionnaires ont désormais quitté le centre, les responsabilités pénales éventuelles restent à établir.
Voir aussi :
- Un Thaïlandais accuse son fils de l’avoir drogué et tué sa femme pour lui voler son argent
- Une mère avoue avoir commandité le meurtre de son fils toxicomane en Thaïlande
- Le côté obscur de la crise de la drogue en Thaïlande
- Une Thaïlandaise fait tuer son mari pour 11 euros et… sa fille
Sources : Khaosod English, The Nation, Thairath (1), Thairath (2).
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