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Thaïlande : son fils la fait interner dans un centre pour lui voler son entreprise

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Lits entourés de structures métalliques dans un centre de soins à Kanchanaburi en Thaïlande

Une Thaïlandaise accuse son fils de l’avoir fait enfermer pendant plus de deux ans dans un centre aux lits entourés de grilles.

La police enquête sur les conditions de son placement et sur le fonctionnement de l’établissement.

À sa sortie, elle affirme avoir découvert que le contrôle de son entreprise de cosmétiques avait changé de mains et que des biens conservés chez elle et dans son coffre-fort avaient disparu.

Une mère dit avoir été emmenée de force dans un centre

Phat témoigne dans l’émission Hone Krasae après son placement dans un centre de Kanchanaburi

Phat affirme, dans l’émission Hone Krasae, avoir été placée contre son gré pendant plus de deux ans dans un établissement de Kanchanaburi. Photo : Hone Krasae

L’affaire a éclaté après le témoignage de « Phat », 63 ans, dans l’émission télévisée thaïlandaise Hone Krasae le 5 octobre.

Le 21 février 2024, son fils serait venu chez elle avec deux hommes, officiellement pour discuter de son entreprise de cosmétiques.

Selon son récit, les deux hommes l’auraient maîtrisée, empêchée de crier puis installée dans une ambulance privée, sous prétexte qu’elle souffrait de troubles psychiatriques.

Phat accuse son fils et sa belle-fille d’avoir organisé son transfert contre sa volonté vers un établissement situé à Tha Muang, dans la province de Kanchanaburi.

La propriétaire du centre confirme que son fils avait organisé son admission et qu’il avait signalé l’existence de violences au sein de la famille.

Elle reconnaît aussi que Phat ne souhaitait pas rester dans l’établissement, mais explique qu’un contrat avait été conclu avec son fils pour sa prise en charge, moyennant 20 000 bahts par mois.

Elle affirme avoir été attachée de 7 h à 16 h pendant près d’un an

Policiers du CIB inspectant une chambre grillagée dans le centre de Kanchanaburi

Une membre du personnel échange avec des policiers du CIB lors de l’inspection du centre de Kanchanaburi. Photo : CIB

Phat accuse le personnel de l’avoir déshabillée, menottée à un lit, forcée à prendre des médicaments pour dormir et contrainte à porter une couche.

Elle affirme avoir d’abord été enfermée seule pendant environ un mois dans une pièce dépourvue de toilettes.

Elle aurait ensuite été attachée à une chaise de 7 h à 16 h chaque jour pendant environ un an.

La direction conteste plusieurs éléments de ce récit, notamment l’affirmation selon laquelle Phat aurait été déshabillée.

La propriétaire explique par ailleurs que des chambres séparées peuvent être utilisées pour certains patients psychiatriques et indique que l’établissement avait déjà fait l’objet d’un contrôle des autorités sanitaires.

Phat serait restée dans le centre pendant plus de deux ans et demi.

Elle raconte être finalement parvenue à transmettre le numéro de téléphone de sa sœur cadette, surnommée Ee, à un autre pensionnaire qui quittait les lieux.

Après avoir été alertée, Ee aurait demandé au fils de Phat de faire sortir sa mère du centre.

Il aurait d’abord refusé avant de finalement l’accompagner pour aller la chercher.

Après sa sortie, Phat dit avoir subi une évaluation psychiatrique et présenté un certificat médical lors de son passage dans Hone Krasae.

Elle a également déposé une plainte concernant les conditions de son transfert et de son maintien présumé contre son gré.

Sa fille dit avoir commencé à s’inquiéter après plusieurs mois

Agents du Bureau central d’enquête et journalistes inspectant le centre de Kanchanaburi

Des agents du Bureau central d’enquête (CIB) et des journalistes inspectent l’établissement de Kanchanaburi après le témoignage d’une ancienne pensionnaire. Photo : CIB

La fille de Phat, surnommée Beam, a également témoigné.

Elle explique avoir d’abord cru que son frère avait emmené leur mère pour recevoir un traitement psychiatrique.

Ses inquiétudes auraient commencé lorsque l’absence de Phat s’est prolongée pendant plusieurs mois.

Selon Beam, son frère se mettait en colère lorsqu’elle lui demandait des explications sur la situation de leur mère.

La police découvre des lits et des chambres entourés de grilles

Chambre grillagée dans le centre de Kanchanaburi inspecté par la police

Une chambre entourée de grillages métalliques dans l’établissement de Kanchanaburi inspecté par les autorités. Photo : CIB

Dans la soirée du 5 octobre, des policiers de la 5e sous-division de la Division de répression du crime (CSD), placée sous l’autorité du Bureau central d’enquête (CIB), se sont rendus dans le centre.

L’équipe de Hone Krasae accompagnait également les enquêteurs.

Les images publiées par le CIB montrent un établissement fortement sécurisé.

Des structures métalliques et du fil barbelé entourent certaines parties des bâtiments.

À l’intérieur, les policiers ont découvert des chambres équipées de grilles et verrouillées depuis l’extérieur, ainsi que plusieurs lits surmontés de structures métalliques ressemblant à des cages.

Le CIB a indiqué vouloir établir rapidement les faits et engager les poursuites appropriées si des infractions étaient constatées.

Une nouvelle inspection conjointe avec les services locaux compétents était prévue le 6 octobre à 9 h.

81 des 92 patients sont suivis pour des troubles psychiatriques

Fil barbelé et grilles de sécurité autour du centre inspecté à Kanchanaburi

Des grilles métalliques et du fil barbelé entourent une partie de l’établissement de Kanchanaburi inspecté par la police. Photo : CIB

L’établissement accueillait 92 patients, dont 81 patients psychiatriques, huit personnes âgées et trois patients en convalescence.

Parmi les 75 hommes présents, 68 étaient suivis pour des troubles psychiatriques, cinq étaient des personnes âgées et deux se trouvaient en convalescence.

Chez les 17 femmes, 13 étaient des patientes psychiatriques, trois étaient âgées et une se trouvait en convalescence.

Le centre comptait 19 employés, dont trois hommes et 16 femmes.

La direction explique pourquoi certaines chambres ressemblent à des cages

Responsable du centre de Kanchanaburi interrogée par un policier du CIB

La responsable du centre de Kanchanaburi répond aux questions d’un policier du Bureau central d’enquête lors du contrôle de l’établissement. Photo : CIB

La propriétaire affirme que les chambres renforcées sont réservées à certains patients psychiatriques présentant des troubles sévères.

Selon elle, certains peuvent casser du matériel, agresser d’autres personnes ou déambuler de manière incontrôlée.

Ces espaces plus résistants auraient donc été aménagés pour éviter des comportements susceptibles de mettre en danger les patients, les autres pensionnaires ou le personnel.

Elle précise aussi que les patients sont répartis selon leur état et leur profil entre chambres individuelles climatisées, chambres collectives climatisées et chambres individuelles équipées de ventilateurs.

À ce stade, la police n’a pas établi que les structures métalliques constituaient en elles-mêmes une infraction.

Une licence renouvelée deux mois avant le contrôle de police

La propriétaire, une ancienne infirmière formée dans l’armée de l’air, indique avoir travaillé dans un hôpital public avant de rejoindre un établissement privé de Kanchanaburi.

Elle dit avoir ouvert le centre vers 2006.

En 2021, l’établissement a évolué pour accueillir non seulement des personnes âgées, mais également des personnes dépendantes, des patients psychiatriques et des patients en convalescence.

Son fonctionnement doit être autorisé par le Centre de soutien aux services de santé de la région 5, rattaché au ministère de la Santé publique.

La licence est renouvelée chaque année et la dernière autorisation présentée aux enquêteurs avait été renouvelée le 3 août 2026.

Les policiers recueillent désormais les témoignages des responsables et des employés, examinent les images de vidéosurveillance et rassemblent les autres éléments susceptibles d’établir si une infraction a été commise.

À sa sortie, elle affirme avoir perdu le contrôle de son entreprise

Phat témoigne dans Hone Krasae sur son placement et son entreprise de cosmétiques

Phat témoigne dans l’émission Hone Krasae, qui revient sur son placement dans un établissement de Kanchanaburi et sur le conflit autour de son entreprise de cosmétiques. Photo : Hone Krasae

Le conflit prend une autre dimension avec les accusations concernant l’entreprise de cosmétiques de Phat.

Elle explique avoir commencé à travailler dans ce secteur en 2012 avant de faire construire sa propre usine à Lat Phrao, à Bangkok, achevée en 2017.

En 2022, elle avait confié la gestion de l’activité à son fils et à sa belle-fille.

Phat et sa fille Beam auraient alors continué à percevoir chacune un salaire mensuel de 50 000 bahts.

Phat affirme que le nom de l’entreprise a ensuite été changé sans qu’elle en soit immédiatement informée.

Début 2024, son fils lui aurait annoncé que l’usine perdait de l’argent et qu’il ne souhaitait plus la gérer.

Elle aurait alors décidé de reprendre elle-même les commandes de la société.

Quelques semaines plus tard, elle affirme avoir été emmenée dans le centre de Kanchanaburi.

Après sa sortie, Phat dit avoir découvert que le contrôle de son usine était passé à son fils et à sa belle-fille.

Elle affirme également que des biens conservés à son domicile et dans son coffre-fort avaient disparu.

Selon son témoignage, le coffre contenait notamment environ 1,52 kg de lingots d’or, des bijoux en or évalués à environ 9 millions de bahts, ainsi que des diamants et des sacs de luxe.

Une plainte distincte a été déposée concernant la disparition de ces biens.

À ce stade, aucune décision judiciaire n’a établi que le placement de Phat avait été organisé dans le but de prendre le contrôle de son entreprise ou de son patrimoine.

La contention des patients au cœur des interrogations

Couloir grillagé du centre de Kanchanaburi inspecté par des agents du CIB

Des agents du Bureau central d’enquête (CIB) inspectent l’établissement de Kanchanaburi. Photo : CIB

Le secrétaire général du Conseil médical de Thaïlande, le général de l’air et médecin Ittaporn Kanacharoen, dit ne pas vouloir tirer de conclusions prématurées sur l’établissement tant que l’enquête n’est pas achevée.

Il estime cependant que l’affaire doit conduire à examiner les conditions dans lesquelles des moyens de contention et des restrictions de mouvement sont utilisés dans les établissements de soins.

Il rappelle que ces dispositifs doivent constituer un dernier recours, après une évaluation des risques, pendant une durée limitée et avec une surveillance appropriée.

Une immobilisation prolongée peut provoquer des escarres, des raideurs articulaires, une perte musculaire, des blessures, de la confusion et des conséquences psychologiques, mais aussi porter atteinte à la dignité de la personne.

Le Conseil médical appelle à renforcer les contrôles

Le Dr Ittaporn résume son inquiétude par une formule forte : les personnes âgées ne sont pas des prisonniers et un lit de soins ne devrait pas devenir une cage.

Il rappelle que la Thaïlande dispose déjà d’un cadre légal pour les établissements accueillant des personnes âgées et dépendantes, notamment la loi de 2016 sur les établissements de santé et les règles adoptées en 2020.

Pour les patients psychiatriques, la loi sur la santé mentale prévoit aussi des dispositions spécifiques concernant la contention, l’isolement et les restrictions de mouvement.

Le médecin appelle néanmoins à renforcer les contrôles après l’obtention des licences, les mécanismes de plainte, les effectifs et les normes appliquées dans les établissements.

La question devient particulièrement importante dans une Thaïlande vieillissante : en 2025, le pays comptait environ 14,68 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit 20,9 % de la population.

L’enquête devra désormais déterminer les conditions exactes dans lesquelles Phat a été admise et maintenue dans l’établissement, vérifier ses accusations de mauvais traitements et établir ce qu’il est advenu de son entreprise et de ses biens pendant son absence.

Voir aussi :


Sources : Daily News (1), Daily News (2), Thai PBS, Khaosod English, The Thaiger, Hfocus

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