Les produits chinois envahissent le marché thaïlandais, menaçant les entreprises locales incapables de rivaliser avec leurs prix.
Le déficit commercial de la Thaïlande avec la Chine a bondi de 53 % sur les neuf premiers mois de 2026, atteignant 2 430 milliards de bahts.
Face à cette concurrence, certaines entreprises thaïlandaises abandonnent leur production pour importer directement des marchandises chinoises.
Les importations chinoises explosent en Thaïlande

Balance commerciale illustrant le déficit de la Thaïlande face à la hausse des importations chinoises. Photo : Thansettakij
Selon Aat Pisanwanich, économiste à l’université Rangsit, la Thaïlande a importé pour 3 520 milliards de bahts de marchandises chinoises entre janvier et septembre 2026, soit une augmentation de 39 % sur un an.
Un an plus tôt, sur la même période, le déficit commercial avec la Chine s’élevait à 1 590 milliards de bahts.
Les principales importations concernent les machines électriques, les machines mécaniques et leurs pièces, les ordinateurs, les produits chimiques et les appareils électroménagers.
Les produits industriels représentent 86 % des marchandises importées, contre 14 % pour les produits agricoles.
Parmi ces importations industrielles, 52 % correspondent à des composants et des matériaux utilisés dans la fabrication, 38 % à des produits finis et 10 % à des biens d’équipement.
Pour l’économiste, ce sont surtout les produits finis qui posent problème : la Thaïlande sait en fabriquer une grande partie, mais ne peut pas s’aligner sur les prix chinois.
Aat Pisanwanich estime que le déficit commercial annuel avec la Chine pourrait dépasser 2 500 milliards de bahts en 2026, soit son niveau le plus élevé depuis au moins 12 ans.
En 2014, ce déficit était d’environ 445 milliards de bahts, soit une augmentation de plus de 400 % en douze ans.
Il pourrait ensuite atteindre 2 600 à 2 700 milliards de bahts en 2027, puis franchir les 3 000 milliards de bahts dans les années suivantes si aucune mesure efficace n’est adoptée.
Des entreprises thaïlandaises renoncent à fabriquer leurs produits
Aat Pisanwanich identifie trois principaux circuits par lesquels les marchandises chinoises gagnent du terrain sur le marché thaïlandais.
Le premier passe par les plateformes de commerce électronique, qui permettent aux consommateurs de commander en ligne des produits chinois à bas prix.
Le deuxième repose sur des commerçants chinois qui créent leur entreprise en Thaïlande pour importer directement des marchandises.
Le troisième phénomène est particulièrement préoccupant : certains fabricants thaïlandais abandonnent leur activité de production pour devenir eux-mêmes importateurs de produits chinois.
Incapables de rivaliser sur les coûts de fabrication, ces entreprises préfèrent revendre des marchandises achetées en Chine plutôt que de continuer à les produire en Thaïlande.
Selon l’économiste, six facteurs accélèrent cet afflux :
- Les prix particulièrement bas des produits chinois.
- Le développement rapide des plateformes de commerce électronique.
- L’accord de libre-échange ASEAN-Chine, qui supprime les droits de douane sur de nombreux produits.
- Les entrepôts installés dans les zones franches thaïlandaises, permettant des livraisons en un ou deux jours.
- La liaison ferroviaire Chine-Laos, qui facilite l’acheminement des marchandises vers le nord-est de la Thaïlande.
- Les investissements venus de Chine continentale et de Hong Kong, dont les entreprises continuent souvent d’importer leurs machines et leurs matériaux depuis la Chine.
Cette concurrence contribue à la fermeture de PME thaïlandaises incapables de résister à la guerre des prix.
Les importations chinoises permettent certes aux consommateurs et aux entreprises d’accéder à des produits et des machines moins chers.
Mais pour Aat Pisanwanich, les inconvénients l’emportent : sortie de capitaux, disparition d’entreprises locales et transferts de technologie insuffisants.
La Thaïlande risque également des pressions américaines

Conteneurs maritimes et ruban “Tariffs” avec drapeaux américains symbolisant les droits de douane des États-Unis. Photo : Bangkok Post
L’afflux de produits chinois pourrait en outre compliquer les relations commerciales entre la Thaïlande et les États-Unis.
Sur les neuf premiers mois de 2026, l’excédent commercial thaïlandais avec les États-Unis a atteint 1 670 milliards de bahts, en hausse de 38 %.
Cette progression s’explique notamment par les achats anticipés des importateurs américains face aux incertitudes sur les droits de douane, ainsi que par le déplacement d’une partie de leurs commandes de la Chine vers les pays de l’ASEAN.
Aat Pisanwanich décrit cette situation comme un « serpent qui se mord la queue ».
Alors que les importateurs américains réorientent une partie de leurs commandes hors de Chine, davantage de marchandises chinoises se retrouvent sur les marchés thaïlandais et sud-est asiatiques.
Parallèlement, les exportations thaïlandaises vers les États-Unis augmentent, creusant l’excédent commercial de Bangkok avec Washington.
Cette situation pourrait entraîner une surveillance américaine accrue, notamment concernant les marchandises chinoises transitant par des pays tiers pour contourner les restrictions commerciales.
Les surcapacités industrielles constituent une autre source de préoccupation.
Ces deux questions figurent parmi les enjeux des négociations sur l’accord commercial réciproque entre la Thaïlande et les États-Unis, également connu sous le sigle ART.
Quatre mesures pour protéger l’industrie thaïlandaise
Pour renforcer l’industrie thaïlandaise, Aat Pisanwanich recommande au gouvernement quatre mesures prioritaires.
1. Favoriser les fournisseurs thaïlandais. Les entreprises chinoises installées en Thaïlande devraient utiliser davantage de composants fabriqués localement et travailler avec les PME du pays.
L’économiste estime que la Thaïlande doit accepter d’importer certains biens d’équipement difficiles à produire à des coûts compétitifs, mais développer sa propre fabrication de composants électriques, de puces automobiles et de pièces de téléphones ou de machines.
Selon lui, faire travailler les entreprises locales favoriserait aussi la création d’emplois et les transferts de technologie.
2. Donner davantage de visibilité aux produits thaïlandais en ligne. Il propose de réserver des espaces aux marchandises locales sur les plateformes chinoises, d’imposer une part minimale de produits thaïlandais et d’encadrer les commissions pour préserver la compétitivité des vendeurs.
3. Limiter temporairement certaines importations agricoles. Les autorités pourraient suspendre pendant environ trois mois l’importation de produits comme les légumes et l’ail lors des récoltes thaïlandaises, en s’inspirant de mesures appliquées en Indonésie.
4. Renforcer les contrôles des normes industrielles thaïlandaises (TIS). Cette mesure viserait particulièrement l’acier importé, dont la concurrence menace les producteurs nationaux.
Selon l’économiste, les aciéries thaïlandaises ne fonctionnent actuellement qu’à environ 30 % de leur capacité de production.
Si ce taux tombait à 25 %, la survie de l’industrie sidérurgique locale pourrait être gravement menacée, permettant aux investisseurs chinois de prendre davantage le contrôle du marché.
Aat Pisanwanich invite également la Thaïlande à s’inspirer de certains pays asiatiques, notamment l’Inde, qui a refusé de rejoindre le Partenariat économique régional global (RCEP), et le Vietnam, qui impose un contenu local dans la sidérurgie.
Pour l’économiste, l’objectif n’est pas de bloquer les investissements chinois, mais de s’assurer qu’ils profitent réellement à l’économie thaïlandaise.
Sans création d’emplois, transferts de technologie et participation des fournisseurs locaux, la Thaïlande risque de devenir un simple marché de consommation pour les produits chinois, au détriment de sa propre industrie.
Voir aussi :
- La Thaïlande fait bondir à 35 % la taxe sur les voitures électriques importées
- Thaïlande : boom des panneaux solaires, 99% viennent de Chine
- La Thaïlande menacée par le boom des voitures électriques chinoises
- La Thaïlande prise en étau entre la Chine, le Japon et les États-Unis
Sources : The Nation Thailand, Thansettakij
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