Un « rat géant » d’environ 30 kg vivait en Thaïlande il y a 35 millions d’années, selon une étude scientifique réalisée à partir de fossiles trouvés à Krabi.
Cette espèce préhistorique, jusqu’ici inconnue, a été identifiée grâce à deux dents fossilisées mises au jour dans une mine de charbon.
Les résultats, annoncés le 4 novembre 2026, pourraient modifier les connaissances sur l’évolution des rongeurs géants.
Deux dents géantes découvertes dans une mine de charbon

Comparaison de molaires fossilisées de Yakamys sirindhornae et d’autres rongeurs préhistoriques, illustrant la taille exceptionnelle de cette espèce. Photo : Scientific Reports
Baptisé Yakamys sirindhornae, cet animal vivait dans le sud de l’actuelle Thaïlande il y a environ 33 à 35 millions d’années, durant l’Éocène supérieur.
Ses fossiles ont été retrouvés en 2004 dans la mine de charbon de Bang Mark, dans la province de Krabi.
Pannipa Tian, géologue au Département thaïlandais des ressources minérales, se souvient avoir découvert une incisive de couleur crème qui ressortait sur le charbon sombre.
Surprise par ses dimensions, la scientifique, aujourd’hui âgée de 51 ans, a d’abord pensé qu’il s’agissait d’un os.
Elle a montré le fossile à son supérieur, qui y a reconnu une dent de rat géant.
Le même jour, un autre membre de l’expédition mettait la main sur une molaire de couleur sombre.
À l’époque, les chercheurs ne disposaient ni d’éléments suffisants ni de la technologie nécessaire pour identifier précisément l’animal.
Il aura fallu plus de vingt ans et de nouvelles analyses pour établir qu’il appartenait à un genre et à une espèce encore inconnus.
Son poids est estimé à environ 30 kg, soit près de la moitié de celui d’un grand capybara, le plus gros rongeur vivant actuellement.
Cette estimation reste toutefois approximative : selon les méthodes de calcul utilisées à partir des dents, les chercheurs obtiennent des valeurs comprises entre 21,4 et 47,3 kg.
Une découverte qui bouscule l’histoire des rongeurs géants

Reconstitution artistique d’un écosystème préhistorique en Thaïlande, avec un rongeur géant, des mammifères et des crocodiles dans un paysage de lacs et de forêts. L’apparence réelle de Yakamys sirindhornae reste inconnue.
Selon le ministre thaïlandais des Ressources naturelles et de l’Environnement, Suchart Chomklin, il s’agit du plus grand rongeur découvert à ce jour pour le Paléogène, une période qui s’étend d’environ 66 à 23 millions d’années.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser son surnom de « rat géant », Yakamys sirindhornae n’était pas un rat au sens actuel du terme.
Il appartenait à la famille aujourd’hui disparue des Ischyromyidae, l’un des premiers grands groupes de rongeurs.
Cette découverte apporte la preuve que certains rongeurs avaient déjà atteint une taille exceptionnelle à la fin de l’Éocène.
Selon le ministère thaïlandais, le gigantisme chez les rongeurs serait ainsi apparu au moins 15 à 20 millions d’années plus tôt que ce qui était admis, bien avant l’essor des grands rongeurs d’Amérique du Sud.
La comparaison avec les autres fossiles connus est frappante : Hulgana, jusqu’ici considéré comme le plus grand représentant asiatique de cette famille, possédait des molaires mesurant moins de la moitié de la longueur et de la largeur de celles de Yakamys.
L’étude, publiée dans la revue scientifique Scientific Reports, a été menée par une équipe de chercheurs thaïlandais, français et canadiens.
Les travaux ont été dirigés par Yaowalak Chaimanee, spécialiste des mammifères fossiles au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en France.
Les scientifiques restent cependant prudents : avec seulement deux dents disponibles, il est impossible de reconstituer avec certitude l’apparence, l’alimentation ou le comportement de cet animal préhistorique.
Les fossiles proviennent de couches d’argile déposées dans un ancien lac.
L’animal évoluait donc dans un environnement comprenant des étendues d’eau, mais rien ne permet d’affirmer qu’il menait une vie semi-aquatique comme le capybara.
Un nom en hommage à la princesse Sirindhorn
Le nom scientifique Yakamys sirindhornae fait à la fois référence à la taille de l’animal et à la famille royale thaïlandaise.
Le terme yak signifie « géant » en thaï, tandis que mys désigne une souris ou un rat en grec.
La seconde partie du nom rend hommage à la princesse Maha Chakri Sirindhorn, reconnue pour son soutien aux recherches scientifiques et paléontologiques en Thaïlande.
Selon le ministre Suchart Chomklin, il s’agit de la cinquième espèce fossile à recevoir un nom accordé avec une autorisation royale.
Les fossiles sont actuellement conservés au Département thaïlandais des ressources minérales.
Cette découverte souligne également l’importance scientifique du bassin de Krabi, où des fossiles de primates, de carnivores et d’ongulés préhistoriques ont déjà été mis au jour.
Pour Pannipa Tian, ces vestiges témoignent de la richesse de la vie animale passée.
La géologue avance également l’hypothèse que certains rongeurs anciens auraient pu évoluer dans l’actuelle Thaïlande avant de se répandre dans d’autres régions du monde.
De nouvelles fouilles seront nécessaires pour mieux comprendre l’évolution de ces animaux qui peuplaient l’Asie du Sud-Est il y a plusieurs dizaines de millions d’années.
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Sources : Khaosod English, AFP, Scientific Reports
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