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La Thaïlande sous le choc après l’affaire du centre-prison pour personnes âgées

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Pensionnaires dans des lits entourés de grilles métalliques au centre de Kanchanaburi

L’affaire du centre pour personnes âgées de Kanchanaburi aux lits entourés de grilles provoque une vive émotion en Thaïlande.

Les révélations ont poussé les autorités à renforcer leurs contrôles.

De nouvelles investigations révèlent que l’établissement accueille environ 100 pensionnaires, dont 92 patients psychiatriques, alors qu’il dispose d’une autorisation pour seulement 50 lits.

Une affaire qui dépasse désormais le cas de Phat

Phat témoigne dans l’émission Hone Krasae après son placement dans un centre de Kanchanaburi

Phat témoigne dans l’émission Hone Krasae après avoir affirmé avoir été placée contre son gré pendant plus de deux ans dans un établissement de Kanchanaburi. Photo : Hone Krasae

L’enquête sur le centre de soins de Kanchanaburi a débuté après le témoignage de « Phat », une Thaïlandaise de 63 ans qui affirme y avoir été placée contre son gré par son fils et être restée enfermée pendant plus de deux ans.

Elle a raconté avoir d’abord été isolée seule pendant environ un mois dans une pièce sans toilettes, puis attachée chaque jour à une chaise de 7 h à 16 h pendant près d’un an.

Voir : Thaïlande : son fils la fait interner dans un centre pour lui voler son entreprise

Les images diffusées après l’intervention du Bureau central d’enquête (CIB) ont montré des chambres et des espaces de couchage équipés de structures métalliques, dont certaines étaient verrouillées depuis l’extérieur.

Plusieurs lits étaient entièrement entourés de grilles métalliques fixées directement aux cadres.

Le périmètre du centre comportait également plusieurs rangées de fil barbelé et des structures métalliques renforcées.

Environ 100 pensionnaires pour une autorisation de 50 lits

Policiers du CIB inspectant une chambre grillagée dans le centre de Kanchanaburi

Une membre du personnel échange avec des policiers du CIB lors de l’inspection du centre de Kanchanaburi. Photo : CIB

Le Département de soutien aux services de santé, rattaché au ministère thaïlandais de la Santé publique, a depuis procédé à un examen plus approfondi de l’établissement.

Le centre est autorisé à accueillir des personnes âgées et dépendantes, avec une capacité de 50 lits.

Il compte pourtant actuellement environ 100 pensionnaires enregistrés, dont 92 patients psychiatriques.

Les premiers chiffres communiqués après l’inspection du 5 octobre faisaient état de 92 pensionnaires au total, dont 81 patients psychiatriques.

Aucune explication n’a été donnée sur cet écart.

Des patients psychiatriques soumis à des conditions précises

Chambre grillagée dans le centre de Kanchanaburi inspecté par la police

Une chambre entourée de grillages métalliques dans l’établissement de Kanchanaburi inspecté par les autorités. Photo : CIB

La licence du centre lui permet d’accueillir certains patients psychiatriques, mais uniquement lorsque leur état est classé au niveau « vert », c’est-à-dire sans agitation sévère ni comportement violent nécessitant une prise en charge spécialisée.

Selon le directeur général du département, le Dr Phuwadet Surakot, les personnes présentant notamment une agitation sévère, des troubles importants ou un comportement violent dépassent le niveau de prise en charge autorisé.

Elles doivent alors être transférées vers un établissement médical ou psychiatrique adapté.

Lors de l’inspection du 5 octobre, la propriétaire avait pourtant expliqué que les chambres grillagées étaient réservées à certains pensionnaires souffrant de troubles psychiatriques sévères.

Le Département de la santé mentale doit désormais évaluer individuellement les patients afin de déterminer si leur état correspond aux critères autorisés.

Les familles des personnes répondant aux critères peuvent choisir de les laisser dans l’établissement, de les reprendre à leur domicile ou de les transférer vers un autre centre.

Les inspecteurs ont également relevé des écarts avec les plans approuvés, notamment concernant le nombre de personnes prises en charge et certaines modifications apportées aux bâtiments.

Le fils de la propriétaire reconnaît avoir conçu les lits-cages

Lits entourés de grilles dans le centre de Kanchanaburi avec le fils de la propriétaire en médaillon

Les lits entourés de structures métalliques dans le centre de Kanchanaburi, avec Teerapop Rangsisukanon, fils de la propriétaire, qui reconnaît avoir conçu ce dispositif.

Teerapop Rangsisukanon, fils de la propriétaire et cofondateur de l’entreprise exploitant le centre, a reconnu avoir lui-même conçu les structures métalliques entourant certains lits.

Interrogé le 6 octobre dans l’émission Ruang Den Yen Nee, il a expliqué avoir étudié les sciences de la santé à l’Université d’Auckland, en Nouvelle-Zélande.

Il affirme avoir développé ce dispositif après avoir observé différents incidents impliquant des patients et évalué leurs comportements.

Selon lui, les structures étaient destinées à empêcher certains pensionnaires de se blesser ou de blesser d’autres personnes.

Il reconnaît néanmoins des lacunes dans l’évaluation des patients et l’examen de leurs dossiers médicaux et se dit prêt à en assumer la responsabilité.

Teerapop Rangsisukanon assure également qu’il tiendra compte des recommandations des autorités et des réactions du public pour modifier les installations.

La licence pourrait être révoquée ou suspendue

Agents du Bureau central d’enquête et journalistes inspectant le centre de Kanchanaburi

Des agents du Bureau central d’enquête (CIB) et des journalistes inspectent l’établissement de Kanchanaburi après le témoignage d’une ancienne pensionnaire. Photo : CIB

Le Département de soutien aux services de santé envisage trois issues principales.

Si les investigations montrent que le centre exerce des activités illégales ou en dehors de son autorisation, sa licence pourrait être révoquée.

Si les problèmes constatés concernent des manquements aux normes, le département pourrait ordonner des corrections.

Une suspension de la licence serait possible si ces mesures ne sont pas appliquées.

Enfin, si aucune infraction n’est constatée, le centre pourra continuer à fonctionner normalement.

Parallèlement, la Division de répression du crime (CSD), qui dépend du Bureau central d’enquête (CIB), poursuit l’enquête pénale.

Les enquêteurs recueillent des témoignages auprès du personnel et des pensionnaires afin de déterminer si des poursuites pour détention illégale ou mauvais traitements doivent être engagées.

Une société créée en 2024 et en forte croissance

Couloir grillagé du centre de Kanchanaburi inspecté par des agents du CIB

Des agents du Bureau central d’enquête (CIB) inspectent l’établissement de Kanchanaburi. Photo : CIB

Le centre est exploité par la société Sothonchai Nursing Home Co Ltd.

L’entreprise a été enregistrée le 17 septembre 2024 avec un capital de 2 millions de bahts.

Elle a été fondée par la propriétaire du centre et son fils, Teerapop Rangsisukanon.

Ses derniers comptes font apparaître un chiffre d’affaires de 7,43 millions de bahts, en hausse de 756,05 % par rapport à l’année précédente, pour un bénéfice net de 474 102 bahts.

Cinq pensionnaires ont déjà quitté le centre

Depuis que l’affaire a éclaté, cinq pensionnaires ont quitté l’établissement, dont trois membres d’une même famille.

Le fils de la propriétaire affirme que le centre respecte leur décision.

Vers un renforcement des contrôles dans toute la Thaïlande

Fil barbelé et grilles de sécurité autour du centre inspecté à Kanchanaburi

Des grilles métalliques et du fil barbelé entourent une partie de l’établissement de Kanchanaburi inspecté par la police. Photo : CIB

L’affaire pourrait désormais avoir des conséquences bien au-delà de Kanchanaburi.

Le ministre du Développement social et de la Sécurité humaine, Nikorn Somklang, a annoncé un réexamen des mécanismes de contrôle des établissements accueillant des personnes âgées.

Il estime que l’obtention d’une licence ne suffit pas et que le respect des normes, de la sécurité et de la dignité des pensionnaires doit faire l’objet d’un suivi continu.

Le dossier doit être soumis au Comité national des personnes âgées afin d’examiner les mécanismes de surveillance des établissements publics et privés accueillant notamment des personnes dépendantes, atteintes de démence ou souffrant de troubles psychiatriques.

Les autorités souhaitent également renforcer le suivi des établissements privés grâce au système numérique Nirun.

Le ministère rappelle par ailleurs que les cas présumés de mauvais traitements, de négligence ou d’abus envers des personnes âgées peuvent être signalés via la hotline 1300.

Aucune décision judiciaire n’a encore établi la responsabilité du centre ou des personnes mises en cause dans les différentes accusations.

Voir aussi :


Sources : Khaosod English (1), Khaosod English (2), The Nation, Thai PBS World, Bangkok Post

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