Beaucoup pensent que le mot thaï « farang » est né en Thaïlande, mais son histoire remonte en réalité bien au-delà des frontières du royaume.
Aujourd’hui utilisé pour désigner les Occidentaux, ce terme possède une origine ancienne et fait l’objet de plusieurs théories.
L’explication la plus largement admise le relie à des mots utilisés depuis des siècles au Moyen-Orient et en Asie pour désigner les Européens.
L’origine du mot farang

En thaï, le mot « farang » peut désigner à la fois les Occidentaux et la goyave. L’origine du terme fait l’objet de plusieurs théories, même si son étymologie est généralement associée à d’anciens mots utilisés pour désigner les Européens. Photo : The Nation Thailand
Selon l’étymologie la plus couramment admise, le mot thaï farang dérive de termes tels que « Franj » en arabe et « Farangi » en persan, eux-mêmes issus du mot « Frank », qui désignait les Francs d’Europe occidentale.
Au Moyen Âge, les échanges commerciaux, diplomatiques et culturels entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie ont favorisé la diffusion de ces termes vers l’est.
Ils ont progressivement été adoptés sous différentes formes dans plusieurs langues asiatiques avant d’entrer dans la langue thaïe.
Au fil du temps, leur signification s’est élargie pour désigner non seulement les Francs, mais plus largement les Européens puis les Occidentaux.
Durant les croisades, les musulmans utilisaient notamment les termes « Franj » ou « Franji » (فرنج) pour désigner les combattants chrétiens venus d’Europe.
Ces armées regroupaient pourtant des Français, des Normands, des Allemands, des Anglais ou encore des Italiens, mais le terme était souvent employé comme une désignation générale des Européens.
On retrouve d’ailleurs des mots très proches dans plusieurs langues asiatiques, notamment firangi en hindi et en ourdou, firingi en bengali, ou encore barang en khmer, ce qui renforce l’idée d’une origine bien antérieure à l’époque coloniale.
La théorie liée au mot « Français »

Drapeaux de la Thaïlande et de la France.
Une autre théorie populaire associe l’origine de farang au mot thaï « farangset » (ฝรั่งเศส), qui signifie « France » ou « français ».
Cette hypothèse repose notamment sur la proximité historique du Siam avec les territoires de l’Indochine française, ainsi que sur la ressemblance entre les mots « farang » et « farangset » (France).
Certains estiment ainsi que le terme aurait évolué à partir d’une adaptation du mot « Français ».
Toutefois, cette explication est généralement moins retenue par les linguistes.
Des termes très proches de farang existaient déjà dans de nombreuses langues d’Asie avant la période coloniale française, ce qui laisse penser que le mot était déjà présent dans la région bien avant l’apparition du terme farangset.
Quel est le rapport avec le fruit « farang » ?

En thaï, la goyave est appelée « farang », le même mot utilisé pour désigner les Occidentaux. Selon l’explication la plus répandue, ce fruit aurait été introduit au Siam par des commerçants européens aux XVIe et XVIIe siècles.
Le fruit connu en thaï sous le nom de « farang », ou goyave (Psidium guajava), est originaire d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.
Les historiens estiment qu’il a été introduit en Asie par les commerçants portugais aux XVIe et XVIIe siècles.
Lorsque ce fruit est arrivé au Siam, les habitants l’ont associé aux Européens qui l’avaient apporté et ont commencé à le désigner comme le « fruit des étrangers ».
Avec le temps, cette appellation aurait été raccourcie pour devenir simplement farang.
Selon cette explication, c’est donc la goyave qui a été nommée d’après les étrangers occidentaux, et non l’inverse.
Et le terme « bak si da » en Isan ?

Un homme occidental et une femme thaïlandaise dans la campagne thaïlandaise. Photo : Sasint
Dans le nord-est de la Thaïlande, où l’on parle également l’isan, une langue très proche du lao, la goyave est souvent appelée « bak si da » (ou mak sida en lao) plutôt que « farang ».
Ce terme désigne traditionnellement le fruit et reste largement utilisé au Laos ainsi que dans les provinces isan de Thaïlande.
Par extension, certains habitants de l’Isan utilisent parfois de manière humoristique ou moqueuse le terme « bak si da » pour désigner des étrangers occidentaux.
Cet usage reste toutefois informel et n’est pas aussi répandu que le mot thaï « farang », qui demeure le terme le plus couramment employé dans l’ensemble du pays.
Un mot toujours utilisé aujourd’hui
Aujourd’hui, le mot farang est couramment employé en Thaïlande pour désigner une personne occidentale.
Selon le contexte, il peut également désigner la goyave.
Son usage est généralement neutre, même si sa connotation peut varier selon la situation, le ton et l’intention de la personne qui l’utilise.
D’autres expressions dérivées du mot « farang »

Touristes visitant un temple bouddhiste en Thaïlande.
Le mot farang a également donné naissance à plusieurs expressions utilisées dans la langue thaïe.
Parmi elles figure notamment « set farang » (เศษฝรั่ง).
Le mot thaï set signifie « fragment », « reste » ou « petite partie ».
Selon le contexte, elle peut être utilisée pour désigner une personne métisse ou ayant une ascendance occidentale partielle.
Dans certains cas, elle peut également être employée de façon moqueuse ou péjorative pour parler d’un étranger perçu négativement, d’un Occidental considéré comme marginal ou d’une personne jugée « moins qu’un vrai farang ».
Comme de nombreuses expressions populaires, sa signification exacte dépend souvent du ton employé et du contexte.
Une autre expression connue est « farang khi nok » (ฝรั่งขี้นก), littéralement « goyave des fientes d’oiseaux ».
À l’origine, ce terme désigne une petite variété de goyave sauvage.
Toutefois, dans l’usage populaire, notamment parmi les expatriés, l’expression est souvent comprise comme une façon péjorative de désigner un Occidental pauvre, fauché ou marginal.
Selon le contexte, elle peut également être utilisée pour critiquer le comportement d’un étranger jugé peu respectable.
Le mot farang est également présent dans le nom de plusieurs plantes, fruits ou aliments introduits au Siam par des étrangers.
La goyave est l’exemple le plus connu, mais on retrouve aussi des termes comme « man farang » (มันฝรั่ง), qui signifie littéralement « tubercule des étrangers » et désigne la pomme de terre, ou encore « phak chi farang » (ผักชีฝรั่ง), pour la coriandre longue.
Ces appellations témoignent de l’influence des premiers contacts entre le Siam et les Européens.
À retenir
- La théorie la plus largement admise fait remonter farang aux termes arabes et persans dérivés du mot « Frank ».
- Une autre théorie populaire relie le mot à farangset, dérivé de « Français », mais elle est moins retenue par les linguistes.
- La goyave a probablement été appelée farang parce qu’elle a été introduite au Siam par des Européens.
- Aujourd’hui, le mot peut désigner soit un Occidental, soit le fruit selon le contexte.
Questions fréquentes sur le mot farang
Que signifie le mot farang en thaï ?
Le mot farang désigne généralement un Occidental, mais il peut aussi désigner la goyave selon le contexte.
Le mot farang est-il insultant ?
Non. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un terme neutre utilisé pour désigner les étrangers occidentaux.
Pourquoi la goyave s’appelle-t-elle farang ?
Selon l’explication la plus répandue, ce fruit aurait été introduit au Siam par des commerçants européens.
Farang vient-il du mot Français ?
Cette théorie existe, mais la plupart des linguistes privilégient une origine plus ancienne liée aux termes Franj et Farangi dérivés du mot Frank.
Voir aussi :
- Pourquoi des Occidentaux en Thaïlande sont offensés par le mot farang ?
- Langue thaï, le vocabulaire minimum à connaître lors du premier voyage
Source : The Nation Thailand
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