Bangkok accueille du 12 au 18 octobre 2026 les assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.
Guerre au Moyen-Orient, dette mondiale, investissements, vieillissement de la population et sécurité figurent parmi les grands enjeux de cette rencontre internationale.
Bangkok au centre des enjeux économiques mondiaux

Une installation géante aux couleurs des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, au parc Benjakitti de Bangkok. Photo : Annual Meetings 2026
Les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale se déroulent au Centre national de conventions Reine Sirikit, dans la capitale thaïlandaise.
L’événement réunit des ministres des Finances, des gouverneurs de banques centrales, des responsables d’institutions financières, des dirigeants d’entreprises et des représentants de la société civile.
Selon Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, 18 000 personnes se sont inscrites à l’événement, soit environ 4 000 de plus que lors des précédentes assemblées organisées hors de Washington, au Maroc en 2023.
La Thaïlande accueille cet événement pour la deuxième fois, après une première édition organisée en 1991.
Cette réunion intervient près de trente ans après la crise financière asiatique de 1997, qui avait contraint le royaume à solliciter une aide du FMI.
Guerre contre l’Iran et dette mondiale au programme

Drapeau de l’Iran sous un ciel orageux.
Les discussions s’ouvrent dans un contexte économique international particulièrement difficile.
La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, entrée dans son huitième mois, constitue l’une des principales préoccupations.
L’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial, provoquant d’importantes perturbations des approvisionnements énergétiques.
La flambée du diesel et la hausse des prix des engrais alimentent les risques d’inflation et pèsent sur la croissance mondiale.
La dette publique constitue une autre inquiétude majeure.
Selon le FMI, l’endettement public mondial atteint des niveaux inégalés depuis la Seconde Guerre mondiale et devrait dépasser 100 % du produit intérieur brut mondial avant 2030.
Les pays en développement doivent notamment faire face à environ 400 milliards de dollars de paiements à leurs créanciers extérieurs en 2026.
Leurs charges d’intérêts représentent déjà, en moyenne, plus de 10 % de leurs recettes publiques.
Malgré ces difficultés, le FMI maintient une prévision de croissance mondiale proche de 3 % pour 2026.
Avant l’ouverture des réunions, Kristalina Georgieva avait averti que l’économie mondiale était menacée par des prix de l’énergie durablement élevés, une dette publique record et les risques liés à la course aux investissements dans l’intelligence artificielle.
L’événement est également marqué par l’absence du secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, remplacé par deux hauts responsables de son administration.
Le président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, doit en revanche participer aux réunions et intervenir aux côtés de Kristalina Georgieva le 16 octobre.
La Thaïlande veut relancer sa croissance grâce aux investissements

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances thaïlandais, Ekniti Nitithanprapas, avant un entretien avec Reuters à Bangkok, le 25 septembre 2026. Photo : Reuters/Athit Perawongmetha
Pour le gouvernement thaïlandais, l’organisation de ces réunions représente une occasion de promouvoir le pays auprès des investisseurs étrangers.
Selon le ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, l’investissement est tombé depuis la crise de 1997 à environ 22 à 23 % du PIB, ce qui explique en partie la faiblesse de la croissance.
Au cours des cinq dernières années, l’économie thaïlandaise n’a progressé que de 2,34 % par an en moyenne.
Le gouvernement espère porter cette croissance à 3 % d’ici trois ans, notamment en attirant des capitaux dans plusieurs secteurs :
- L’intelligence artificielle et les infrastructures numériques.
- Les véhicules électriques.
- Les énergies propres.
- Les semi-conducteurs, les centres de données et l’industrie de pointe.
La Banque de Thaïlande se montre toutefois plus prudente.
Elle estime la croissance potentielle du pays à 2,7 % par an et considère qu’il faudra au moins quatre ans pour atteindre ce rythme.
La dette publique thaïlandaise approche par ailleurs le plafond officiel de 70 % du PIB, limitant les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement.
Le pays doit également composer avec l’endettement élevé des ménages, les difficultés du secteur touristique et l’absence d’accord commercial définitif avec Washington.
Pour attirer les investisseurs, Ekniti souhaite présenter la Thaïlande comme une destination neutre et sûre, capable de servir de « connecteur de confiance » dans une économie mondiale de plus en plus fragmentée.
Signe encourageant, l’agence Fitch Ratings a relevé en septembre de « négative » à « stable » la perspective associée à la note souveraine thaïlandaise.
Voir : Bonne nouvelle pour la Thaïlande : Fitch relève sa perspective
Le FMI alerte sur le vieillissement de la population thaïlandaise

Un groupe de personnes âgées fait de l’exercice dans un parc de Bangkok. Photo : Weerawong Wongpreedee
Les réunions de Bangkok sont également l’occasion pour le FMI de présenter, le 12 octobre, une étude intitulée Shaping the Future of Asia: Opportunities and Challenges.
L’institution souligne que le modèle de croissance asiatique, longtemps soutenu par une main-d’œuvre abondante, les exportations industrielles et le commerce international, montre des signes d’essoufflement.
La Thaïlande fait partie des économies dont la population en âge de travailler diminue déjà, aux côtés du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine.
Le pays risque ainsi de vieillir avant d’avoir atteint le niveau de richesse des économies développées.
Cette évolution accentue les difficultés de recrutement et devrait augmenter les dépenses publiques consacrées aux retraites et aux soins de santé.
Le FMI recommande notamment de favoriser l’emploi des personnes âgées, d’améliorer les compétences numériques et de faciliter l’accès des femmes au marché du travail.
L’intelligence artificielle pourrait contribuer à compenser une partie de la diminution de la population active grâce aux gains de productivité.
Ces gains de productivité pourraient toutefois mettre plusieurs années à se concrétiser.
Voir : La Thaïlande sera une société « super-âgée » d’ici 2029
Pavillon thaïlandais et rencontres bilatérales
Le gouvernement a inauguré un pavillon consacré aux ambitions économiques et technologiques du royaume.
Cette présentation s’articule autour de trois priorités :
- Le développement des infrastructures publiques numériques.
- La gestion des risques liés au changement climatique.
- La santé et la préparation de l’économie au vieillissement de la population.
L’objectif est de montrer comment la Thaïlande entend combiner innovation, développement durable et amélioration de la qualité de vie.
Des rencontres bilatérales sont également prévues avec plusieurs responsables d’institutions financières internationales.
Ekniti Nitithanprapas doit notamment rencontrer Muhammad Al Jasser, président du Groupe de la Banque islamique de développement, afin d’évoquer de nouvelles possibilités de coopération économique.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul souhaite que l’accueil des assemblées annuelles se traduise par des retombées concrètes pour le commerce, l’investissement et les entreprises thaïlandaises, au-delà de la seule organisation de l’événement.
Sécurité renforcée et manifestations interdites à Bangkok

Les dispositifs de contrôle de sécurité au Centre national de conventions Reine Sirikit à Bangkok, avant l’ouverture des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le 9 octobre 2026. Photo : Reuters/Athit Perawongmetha
L’organisation de ces assemblées entraîne des mesures de sécurité exceptionnelles dans la capitale.
Les manifestations et rassemblements de protestation sont interdits aux abords des principaux lieux accueillant les délégations jusqu’au 20 octobre.
Les restrictions concernent notamment le Centre national de conventions Reine Sirikit, le complexe One Bangkok et 22 hôtels hébergeant des participants.
Selon la police métropolitaine, ces mesures visent à assurer la sécurité des délégations étrangères et le bon déroulement des réunions.
Les autorités demandent aussi aux automobilistes d’éviter plusieurs secteurs de Bangkok jusqu’au 18 octobre :
- La route Ratchadaphisek, entre les intersections Rama IV et Asok, ainsi que les abords du parc Benjakitti.
- La route Sukhumvit, entre Nana et Phrom Phong.
- La route Rama IV, notamment près de Khlong Toei et du centre de conventions.
- Les itinéraires empruntés par les délégations entre les aéroports de Suvarnabhumi et Don Mueang et leurs hôtels.
Une partie du parc Benjakitti est fermée au public.
Ces mesures peuvent entraîner des ralentissements et des modifications temporaires de circulation dans plusieurs quartiers fréquentés par les habitants et les touristes.
La police invite la population à signaler tout incident ou objet suspect au numéro d’urgence 191.
Une semaine chargée pour la diplomatie financière
Plusieurs interventions importantes doivent rythmer les assemblées annuelles.
Le programme officiel prévoit des échanges sur l’intelligence artificielle et l’emploi le 12 octobre.
Le 13 octobre, le ministre thaïlandais des Finances participera à une discussion consacrée à la résilience économique dans un monde fragmenté.
Il sera accompagné de Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, d’Ajay Banga, président de la Banque mondiale, et de Riikka Purra, ministre finlandaise des Finances.
Une discussion sur la mobilisation des investissements privés est programmée le 14 octobre.
Trois rendez-vous institutionnels majeurs suivront :
- La réunion du Comité du développement le 15 octobre.
- La séance plénière des assemblées annuelles le 16 octobre.
- La séance plénière du Comité monétaire et financier international le 17 octobre.
Pour la Thaïlande, ces assemblées sont avant tout une vitrine économique.
Bangkok entend profiter de cette visibilité pour renforcer ses relations économiques et attirer de nouveaux capitaux.
Le pays doit toutefois faire face à plusieurs défis : le ralentissement de sa croissance, le vieillissement de sa population et les conséquences des tensions internationales.
Voir aussi :
- Pourquoi la Banque mondiale pousse la Thaïlande à investir hors de Bangkok
- La croissance de la Thaïlande revue à la baisse par la Banque mondiale
- Le FMI exhorte la Thaïlande à aider les ménages en difficulté
Sources : The Nation (1), The Nation (2), Thai PBS World, Reuters (1), Reuters (2), Banque mondiale.
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