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Pourquoi la Banque mondiale pousse la Thaïlande à investir hors de Bangkok

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Vue de Bangkok et du fleuve Chao Phraya

La Banque mondiale estime que la Thaïlande doit mieux répartir ses investissements urbains pour espérer devenir une économie à revenu élevé d’ici 2037.

Voir : Comment la Thaïlande veut devenir un pays riche d’ici 2038

Au-delà d’un seuil d’environ 20 milliards de dollars d’investissements urbains par an, consacrer davantage de moyens aux villes secondaires pourrait devenir plus avantageux à long terme qu’une stratégie principalement centrée sur Bangkok.

La croissance de Bangkok devient de plus en plus coûteuse

Vue de Bangkok la nuit

Vue de Bangkok la nuit.

Bangkok génère près de la moitié de la production économique nationale et domine très largement le réseau urbain thaïlandais.

Sa population est près de 27 fois supérieure à celle de Chiang Mai, deuxième ville du pays.

Dans les économies à revenu élevé, le rapport entre la première et la deuxième ville se situe généralement entre 4 et 6.

Cette domination a cependant un coût.

Les embouteillages représenteraient chaque année une perte équivalente à 7 à 10 % du produit régional brut de Bangkok.

Les habitants de la capitale perdraient en moyenne 96 heures par an dans les ralentissements.

L’accès au réseau ferroviaire reste également limité : seulement 28,9 % des citadins vivent à moins d’un kilomètre d’une gare, soit moins de la moitié des niveaux observés à Singapour, Séoul ou Hong Kong.

Les risques climatiques accentuent encore les difficultés.

Les inondations provoqueraient déjà environ 18 milliards de dollars de pertes par an en Thaïlande, soit près de 3 % du PIB national.

D’ici le milieu du siècle, le nombre de journées dépassant 35 °C pourrait approcher les 300 par an.

Steven Rubinyi, auteur principal du rapport, résume le problème en estimant que la croissance de Bangkok « est devenue plus coûteuse ».

Un seuil de 20 milliards de dollars par an

Banque mondiale

Banque mondiale. Photo : Land Portal

La Banque mondiale a modélisé le développement de 75 centres urbains thaïlandais jusqu’en 2050.

Ses calculs indiquent que le seuil se situe à environ 2,1 % du PIB urbain, c’est-à-dire la richesse produite dans les zones urbaines, soit près de 20 milliards de dollars par an.

Au-delà de ce niveau d’investissement, accorder davantage de moyens aux villes secondaires pourrait devenir plus avantageux qu’une politique principalement axée sur Bangkok.

Dans ce scénario, environ 80 % des investissements urbains seraient dirigés vers les villes secondaires.

En dessous de ce seuil, privilégier Bangkok donnerait de meilleurs résultats.

Le modèle examine également un scénario dans lequel les ressources sont partagées à parts égales entre Bangkok et les villes secondaires.

Celui-ci obtient de moins bons résultats que les deux autres options, aucun des deux niveaux n’atteignant alors la taille critique nécessaire pour maximiser les gains économiques.

Poon Thiengburanathum, directeur adjoint de la PMU-A, chargé de la planification et de la gestion stratégique, s’est également exprimé lors du lancement du rapport.

Il a appelé à éviter de disperser les ressources entre un trop grand nombre de villes.

Un potentiel encore largement inexploité dans les villes secondaires

La ville de Chiang Mai

La ville de Chiang Mai. Photo : Nuwat Chanthachanthuek

La densité des villes secondaires thaïlandaises a approximativement doublé au cours des vingt dernières années sans entraîner de hausse comparable de leur productivité.

Une étude publiée en 2024 sur Bangkok, Chiang Mai, Khon Kaen et Songkhla a estimé à 8,9 % l’élasticité entre densité urbaine et salaires.

Autrement dit, une hausse de 10 % de la densité est associée à une augmentation d’environ 0,89 % des salaires.

Dans les villes des pays en développement, cette élasticité se situe généralement entre 12 et 19 %, ce qui suggère que les villes thaïlandaises étudiées tirent encore relativement peu de bénéfices économiques de leur densification.

Plusieurs villes disposent pourtant de spécialisations susceptibles d’être renforcées.

Chonburi et Nakhon Pathom sont notamment liées à l’industrie et à la logistique, tandis que Chiang Mai et Phuket sont davantage tournées vers le tourisme et les industries créatives.

Khon Kaen, Nakhon Ratchasima et Ubon Ratchathani constituent pour leur part des centres régionaux de services, d’administration ou de santé.

Ennoo Suesuwan est membre du Conseil national de développement économique et social (NESDC) et président du groupe de suivi de la PMU-A.

Lors du lancement du rapport, il a notamment cité Khon Kaen, Nakhon Ratchasima, Songkhla et Phuket parmi les villes susceptibles d’occuper une place économique régionale plus forte.

La Thaïlande doit fortement accélérer sa croissance

Foule dense de piétons en Thaïlande

Foule dense de piétons en Thaïlande.

L’enjeu dépasse l’aménagement du territoire.

Entre 2010 et 2020, environ 89 % de la croissance du PIB thaïlandais provenait des districts urbains.

Près de six Thaïlandais sur dix vivent aujourd’hui en ville.

Or, le PIB réel par habitant n’a progressé que d’environ 2,2 % par an entre 2021 et 2024.

Pour atteindre le statut d’économie à revenu élevé en 2037, la croissance annuelle du PIB par habitant devrait se rapprocher de 5,4 % au cours de la prochaine décennie.

Le gouvernement thaïlandais a identifié cinq secteurs pour accompagner cette transition : l’industrie avancée, les services numériques, le tourisme durable et de bien-être, l’agroalimentaire et les industries créatives.

Le rapport souligne que leur développement dépendra largement de la capacité des villes à fournir les infrastructures, les compétences et les services nécessaires.

Une stratégie en trois volets

Vue sur les immeubles et tours de Bangkok en Thaïlande

Immeubles et tours de Bangkok. Photo : The Nation Thailand

La Banque mondiale préconise de mener simultanément trois types d’actions.

À Bangkok, il s’agirait moins d’accroître encore les capacités que de réorienter les investissements afin de réduire les embouteillages, d’améliorer l’efficacité des infrastructures, de développer les équipements numériques et de mieux protéger la capitale contre les inondations et la chaleur.

Le deuxième volet consiste à réaliser dans toutes les villes des investissements considérés comme « sans regret », notamment pour faire face aux risques climatiques.

Il prévoit également d’améliorer la planification, la connectivité ainsi que les capacités budgétaires et institutionnelles des collectivités locales.

Enfin, quelques villes secondaires présentant un fort potentiel seraient préparées à recevoir davantage de moyens afin de devenir de véritables moteurs économiques régionaux.

Le facteur temps reste déterminant.

Selon les projections, une stratégie privilégiant les villes secondaires pourrait produire des résultats inférieurs à une politique davantage centrée sur Bangkok pendant environ 15 ans, avant de devenir plus avantageuse à l’horizon 2050.

Une telle orientation nécessiterait donc un soutien politique durable, au-delà des cycles électoraux.

Le rapport souligne également l’intérêt d’intégrer les risques climatiques dès la conception des infrastructures. Cela augmenterait leur coût initial d’environ 3 %, alors qu’une adaptation réalisée après leur construction pourrait coûter environ dix fois plus cher.

Le rapport « Thailand Cities of the Future: Urban Foundations for a High-Income Economy » (« Les villes thaïlandaises du futur : les fondations urbaines d’une économie à revenu élevé ») a été présenté le 22 septembre 2026 à Bangkok.

Il a été élaboré par la Banque mondiale avec la Program Management Unit on Area-Based Development (PMU-A) et l’Urban Design and Development Center (UDDC).

Voir aussi :


Sources : Banque mondiale, The Nation Thailand

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