Des entrepreneurs, politiciens et prostituées de Patong à Phuket dans le sud de la Thaïlande, soutiennent la légalisation du commerce du sexe.
Ils affirment que cela renforcera la sécurité et la protection de la santé des travailleurs du sexe et de leurs clients.
Les patrons des entreprises de divertissement pour la légalisation

Touristes dans la rue Bangla à Patong, sur l’île de Phuket.
Le président de l’Association des entreprises de divertissement de Patong (PEBA), Weerawit Kreuasombat, a souligné le paradoxe actuel de la position de la Thaïlande à l’égard de sa célèbre industrie du sexe.
« La Thaïlande est connue pour son industrie du sexe, mais elle adopte une attitude hypocrite à son égard ».
Voir : La prostitution en Thaïlande, ce qu’il faut savoir
Weerawit a ajouté que des zones comme Patpong à Bangkok, Pattaya et Patong à Phuket, sont largement reconnues pour ces activités, mais que les fonctionnaires et la police ferment les yeux (souvent en échange de pot-de-vin).
En octobre dernier, le mouvement en faveur de la légalisation du commerce du sexe a pris de l’ampleur lorsque l’ancien Premier ministre, Srettha Thavisin, s’était engagé à faire adopter trois projets de loi importants.
L’un d’eux visait à modifier la loi de 1996 sur la répression et la prévention de la prostitution illégale.
Les autres lois promises étaient le projet de loi sur l’égalité du mariage, adopté par le Sénat le 18 juin, et un projet de loi autorisant les personnes transgenres à modifier leur marqueur de genre sur les documents officiels, qui doit encore être ratifié.
Toutefois, les discussions sont depuis lors au point mort.
Paetongtarn Shinawatra, qui a récemment été choisie comme 31ᵉ Premier ministre de Thaïlande, n’a pas encore dévoilé sa politique en la matière.
Voir : La Thaïlande a une nouvelle Première ministre qui va gouverner avec l’aide de son papa
La dernière visite de Paetongtarn à Phuket remonte au mois de juin, à l’occasion de la parade de la fierté à Patong.
Weerawit a insisté sur le caractère pratique de la légalisation du commerce du sexe, en soulignant les avantages économiques et le potentiel de revenus imposables.
« La légalisation du commerce du sexe est une question de bon sens.
Au-delà des avantages économiques, elle aurait un impact positif sur la sécurité et la protection des travailleurs du sexe et des clients. »
Le président de la PEBA a également mentionné que les lieux réglementés fournissant des travailleurs du sexe seraient confinés dans des zones spécifiques, ce qui les soumettrait à des inspections gouvernementales, y compris des contrôles sanitaires.
« Tout comme les zones de divertissement autorisées à rester ouvertes jusqu’à 4 heures du matin, nous pouvons nous assurer qu’aucun lieu de ce type ne se trouve à proximité d’une école ou d’un temple. »
M. Weerawit a souligné que la légalisation du commerce du sexe permettrait de mieux faire connaître les maladies sexuellement transmissibles (MST) et de veiller à ce que les exploitants de lieux et les travailleurs du sexe soient informés des possibilités de prévention et de traitement.
« La PEBA rend déjà visite aux propriétaires de bars pour encourager les travailleurs du sexe à passer des examens de santé.
Si des zones réservées au travail du sexe sont créées, nous pourrons faire en sorte que tous les travailleurs du sexe bénéficient de contrôles médicaux gratuits chaque mois. »
Le maire et la maire adjointe de Patong soutiennent la légalisation

Des touristes sur la plage de Patong à Phuket. Photo : KhaoPhuket
Le maire de Patong, Chalermsak Maneesri, et sa sœur, la maire adjointe Lalita, accordent tous deux la priorité aux questions de santé.
Le maire Chalermsak estime que la légalisation permettrait d’améliorer le contrôle et la sécurité des travailleurs du sexe et des touristes.
« Elle permettra de suivre et d’améliorer la sécurité, et d’intégrer davantage de travailleurs du sexe dans le système pour qu’ils bénéficient de contrôles sanitaires et de mesures de protection adéquats. »
Le maire adjoint Lalita s’est dit préoccupé par l’augmentation du nombre de cas de SIDA à Phuket, notant qu’en 2022, il y avait 5 542 cas connus, dont 714 à Patong.
En 2023, le nombre est passé à 5 922 à Phuket, dont 785 à Patong.
Cette année, les chiffres ont encore augmenté, passant à 6 283 à Phuket et 822 à Patong.
« Le fait de voir ces chiffres augmenter constamment m’inquiète. »
Le maire Chalermsak et la maire adjointe Lalita sont tous deux conscients de la stigmatisation, du manque d’accès aux soins de santé et des difficultés rencontrées par les travailleurs du sexe pour obtenir de l’aide auprès des services publics.
« Le problème est que les groupes de travailleurs du sexe se sentent souvent mal à l’aise ou gênés de demander de l’aide aux agences gouvernementales et préfèrent le soutien des ONG. »
Le maire Chalermsak a fait remarquer que la lutte contre les maladies était mieux gérée lorsque des réglementations plus strictes étaient en vigueur dans les bars.
« Aujourd’hui, le commerce du sexe est plus accessible et davantage de personnes peuvent travailler librement dans ce secteur sans être surveillées par les propriétaires de bars. »
Lalita a souligné que les ONG sont plus efficaces pour soutenir les travailleurs du sexe que les services gouvernementaux.
« Les ONG sont plus compréhensives, savent comment approcher ce groupe et reçoivent une bonne formation.
Les prestataires de services gouvernementaux ont besoin d’une meilleure formation et de directives claires. »
Elle a ajouté que le gouvernement devrait prendre l’initiative d’aller à la rencontre des travailleurs du sexe et veiller à ce que leurs informations soient protégées.
Lalita s’est également inquiétée de l’exploitation des travailleurs du sexe indépendants et du nombre croissant de jeunes adolescents qui entrent volontairement dans ce secteur.
« La légalisation du commerce du sexe pourrait améliorer la réglementation, en permettant un meilleur suivi et une meilleure surveillance, ce qui renforcerait la sécurité des touristes et des travailleurs du sexe. »
Le chef de la police de Patong, Chalermchai Hersawat, a indiqué que ses agents se concentraient sur la protection des mineurs, comme en témoignent les récentes descentes et arrestations de propriétaires de bars qui employaient des travailleurs du sexe mineurs.
De nombreux avantages pour les travailleurs du sexe

Hôtesses devant un gogo bar de Thaïlande. Photo : Crazy Asia – Flickr
Une travailleuse du sexe de 23 ans de Phuket Town s’est félicitée de l’évolution vers la légalisation, déclarant qu’elle améliorerait l’accès aux soins de santé et réduirait les coûts.
Une travailleuse du sexe de 31 ans a suggéré que cela pourrait réduire les cas de viol.
Une travailleuse du sexe de 28 ans à Patong a affirmé que la légalisation garantirait l’amélioration des services de santé et des mesures de sécurité.
Les trois travailleurs du sexe ont convenu que la légalisation de leur profession garantirait une meilleure protection et une meilleure sécurité, tant sur le plan physique que sur le plan sanitaire.
Voir aussi :
Les travailleurs du sexe en danger en Thaïlande
La Thaïlande classée dans le top 10 mondial des travailleurs du sexe
Quand Renault se moque de la taille du sexe des coréens sans le savoir
L’assurance-maladie de Thaïlande couvre les opérations de changement de sexe
Source : The Phuket News
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6 commentaires
Les différentes déclarations des nombreu(se)s intervenant(e)s dans cet article, politiques ou personnes de terrain, et mentionnant beaucoup d’aspects positifs d’une possible légalisation de la prostitution, des établissements et des métiers liés au sexe qui y seraient exercés sont suffisamment explicites et évidents que cette légalisation est non seulement nécessaire, mais socialement indispensable pour faire disparaître une série de points négatifs qui contraignent les travailleurs et travailleuses du sexe à œuvrer en marge d’une société, dans une insécurité constante et une certaine clandestinité, surtout au niveau des MST et de l’accès aux soins, ainsi que les dangers liés au proxénétisme et à la traite des êtres humains.
Et que l’on ne vienne pas hisser le drapeau moraliste que d’aucuns opposeront à cette légalisation dans un excès d’hypocrisie obsolète en ce 21ᵉ siècle, et en adoptant des attitudes négationnistes qui n’ont jamais rien résolu et qui se limitent à détourner le regard sans apporter de solutions concrètes et durables…
Et quand à l’argument de la sacro-sainte « morale », qu’elle soit laïque ou religieuse, ce qui est le plus remarquable dans les discours moralisateurs, c’est que c’est toujours de la morale des autres dont ces gens parlent !!!
Il est urgent d’abolir la prostitution !
Soutenons Amnesty International dans son combat.
Frédéric…
Moi je veux bien envisager l’abolition de la prostitution, et vous trouvez qu’il est « urgent » de le faire en soutenant le combat d’Amnesty, alors que la prostitution est présente depuis les civilisations antiques jusqu’à nos jours, bien avant l’ère chrétienne, à travers les Égyptiens, les Romains, les Grecs, etc, etc…
Ça fait donc plus de 3 000 ans que c’est urgent et je crois qu’il est raisonnable de penser que ni notre civilisation actuelle, ni celles qui nous suivront dans les siècles à venir ne verront votre honorable souhait se réaliser, ce qui ne veut pas dire qu’il faut laisser faire n’importe quoi, et n’importe comment !
C’est un phénomène de société qui au fil des époques, au fil des siècles, des régimes politiques et des règles économiques et sociales a pris des visages différents, a évolué et n’a jamais disparu, s’est toujours adapté, avec les excès et dérives inhérentes à ce genre d’activité, tout comme la criminalité organisée, les trafics d’êtres humains, trafics d’armes, de drogues, etc…
Je crois que lutter pour abolir la prostitution, est une utopie, identique à celles qui voudraient voir disparaître tous les autres fléaux de société énumérées ci-avant…
Je trouve plus judicieux de lutter contre tous les excès et les dérives qui apparaissent quand la prostitution reste en marge de la société et garde son caractère illégal, sauvage et anarchique.
À défaut d’avoir les moyens de l’abolir, comme essaient de le faire sans succès les pires régimes politiques et idéologiques au monde (Corée du Nord, Afghanistan, certains pays arabes et autres régimes islamistes purs et durs, entre autres…) certains de nos pays occidentaux ont opté pour des lois qui, en légalisant cette profession, permettent d’avoir un contrôle, un suivi, une protection physique et sociale des professionnel (le)s du sexe et de lutter efficacement contre le proxénétisme, la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle de mineur(e)s qui gangrènent cette profession qui, quand elle est pratiquée dans un cadre légal et protégé, permet à une personne adulte consentante d’avoir la liberté de disposer de son corps comme elle l’entend sans contrainte morale et physique de quelque individualité ou association que ce soit et d’agir en justice contre les pressions que pourraient exercer certaines personnes ou groupes œuvrant dans l’illégalité.
À l’heure actuelle, et devant le constat que depuis plus de 3 000 ans, cette profession perdure à travers des siècles de guerres, de civilisations abolitionnistes, de dictatures politiques et sociales et de dégradations des valeurs de certaines morales ultraconservatrices, ayant, par opposition, leur revers de la médaille par l’apparition d’autres principes moraux de dépravations qui échappent à tout contrôle d’un ordre établi et imposé par la force, je crois qu’il est préférable d’opter vers des solutions qui permettent de gérer la prostitution dans des normes qui protègent la dignité humaine en garantissant l’exercice de cette profession dans le respect de toute personne désirant le faire en pleine conscience et toute liberté physique et intellectuelle.
Et de ce côté-là, comme du côté de la lutte de tous les extrêmes, il y a encore beaucoup à faire dans de nombreux systèmes politiques, pays et idéologies dans le monde.
Vous parlez de dignité. Vous connaissez beaucoup de femmes qui rêvent de finir prostituée ?
Quel fils aimerait que sa mère fasse cette activité ?
Quel père révérait de ça pour sa fille ?
On utilisait les mêmes arguments que vous utilisez sur l’esclavage.
Frédéric, tu utilises des arguments naïfs sans tenir compte du contexte de ces pays.
Il faut prendre d’autres choses en compte comme la pauvreté.
Oui, beaucoup de femmes qui sont belles peuvent avoir une vie plus facile en couchant ou se mariant avec un étrangers ou un thaïlandais riche.
Cela arrive aussi en occident.
Dans les régions pauvres, sinon, elles n’auront d’autres choix que de travailler durement pour gagner un maigre salaire, alors la notion d’esclavage ne tient pas, soit un dur labeur sous le soleil dans la pauvreté, soit une vie facile avec un étranger dans la richesse et le confort.
Donc, oui, elles peuvent en rêver et leurs parents aussi !
Il ne faut pas lutter contre la prostitution, mais contre la pauvreté, une fois la pauvreté éradiquée une part de la prostitution disparaîtra.
Malheureusement, on est loin d’y arriver, mais le combat contre la prostitution est stupide tant que l’autre mal, qui conduit aussi aux vols, aux agressions, drogues, violences et autres, n’est pas gagné !
@ FREDERIC NAKKACHE On évoque ici des gens qui font ça de leur plein gré, donc la comparaison avec l’esclavage est infondée et une escroquerie intellectuelle.
Et vous n’avez pas à imposer votre morale à des gens qui font un choix de vie.
Ce contre quoi il faut combattre sont les maquereaux et autres personnes qui forcent à la prostitution et avec des peines très sévères.