Plusieurs attaques violentes ont été menées dans le sud de la Thaïlande alors que les responsables d’un massacre vont s’en tirer sans dommages.
Trois attaques violentes ont secoué les provinces de Pattani et Narathiwat le mercredi 23 octobre au soir et tôt jeudi dans ce qui est soupçonné d’être des attaques symboliques liées à l’affaire du massacre de Tak Bai.
Une bombe artisanale a explosé à Narathiwat, blessant trois personnes, tandis que des insurgés ont attaqué le bureau de l’organisation administrative de Pattani.
La première attaque a eu lieu dans la commune de Chalerm, dans le district de Rangae à Narathiwat, mercredi soir.
Selon la police, trois patrouilleurs ont été blessés lorsque des insurgés ont fait exploser une bombe artisanale placée dans un égout sous la route entre les villages de Ban Kujing Luepah et Ban Bango Luhboh.
L’explosion a creusé un trou d’un mètre de profondeur et de deux mètres de large dans la route.
Ensuite, environ 20 minutes après minuit, une explosion s’est produite dans la ruelle Chang dans le village de Ban Na Prao dans le district de Panare à Pattani.

Voiture et bâtiment détruits après les attaques terroristes dans le sud de la Thaïlande.
La police a déclaré qu’aucune victime n’avait été signalée jusqu’à présent.
Vers 1 h 05 du matin, une dizaine d’insurgés présumés ont fait irruption dans l’organisation administrative de la commune de Ban Nam, dans le district de Panare.
Ils ont ligoté quatre employés de la Ban Nam TAO qui gardaient l’enceinte et se sont emparés d’une camionnette qui aurait été utilisée plus tard dans un attentat à la bombe.
Srisompop Jitpirom, universitaire à l’université Prince of Songkla, avait prédit que les insurgés intensifieraient leurs attaques avant et après l’expiration de l’affaire Tak Bai, ce vendredi 25 octobre.

Véhicule détruit sur une route après les attaques dans le sud de la Thaïlande.
Les insurgés expriment leur mécontentement quant au fait qu’aucun fonctionnaire n’a été traduit en justice pour la mort de 85 manifestants musulmans il y a 20 ans.
Le 25 octobre 2004, plus d’un millier de musulmans se sont rassemblés devant le poste de police du district de Tak Bai, à Narathiwat, pour demander la libération de certains musulmans arrêtés parce qu’ils étaient soupçonnés d’être des insurgés ou des sympathisants.
L’armée du sud a déployé des troupes pour disperser les manifestants et a ensuite tiré sur la foule, ce qui a entraîné la mort de sept personnes sur place.
78 autres manifestants sont morts asphyxiés après avoir été forcés de monter dans des camions bondés, où ils ont été empilés les uns sur les autres, pour être transportés vers une base militaire à Pattani.
Suite à ce massacre, les attaques dans le sud du pays ont fortement augmenté.
Les procureurs et les proches des victimes ont intenté deux actions en justice contre 14 suspects, mais aucun d’entre eux n’a été traduit en justice.
Sans leur présence au tribunal, le délai de prescription de l’affaire expirera ce vendredi.
La Première ministre présente ses excuses pour le massacre de Tak Bai

Des villageois musulmans déchargent les corps des manifestants décédés, dans la province de Narathiwat, le 28 octobre 2004. Photo : Apichart Weerawong/AP.
Alors que des organisations comme Amnesty International et de nombreuses personnalités demandaient à ce que les responsables soient jugés dans l’espoir de calmer les violences, la Première ministre, Paetongtarn Shinawatra, a choisi de juste s’excuser.
Il faut dire que de nombreuses personnalités, comme Thaksin Shinawatra, son père, qui était Premier ministre à l’époque des faits ou le général Pisal, l’ancien commandant de la quatrième région de l’armée et membre de son parti, le Pheu Thai, sont impliqués.
Pisal, un proche de Thaksin, était membre du Parlement pour le parti Pheu Thai avant d’être accusé.
Il a ensuite démissionné et s’est enfui à l’étranger, officiellement pour « recevoir des soins médicaux » alors qu’un mandat d’arrêt a été lancé contre lui.
Il pourra revenir demain avec les autres accusés, car le délai de prescription aura pris fin.
Le jeudi 24 octobre, la Première ministre a exprimé son profond regret pour l’incident de Tak Bai et s’est engagée à faire tout son possible pour éviter qu’il ne se reproduise.
« Je m’excuse au nom du gouvernement pour ce qui s’est passé à Tak Bai il y a 20 ans.
Je suis désolée pour les personnes touchées », a-t-elle déclaré.
Aucun accusé ne s’étant rendu ou n’ayant été arrêté, personne n’assumera la responsabilité de la mort des 85 musulmans thaïlandais.
Tous les accusés se sont en fait enfuis à l’étranger, attendant tranquillement la fin du délai de prescription.
Selon Paetongtarn, les anciens Premiers ministres Thaksin Shinawatra, son père, et Yingluck Shinawatra, sa tante, ont également présenté des excuses concernant ces décès.

Paetongtarn Shinawatra, Première ministre de Thaïlande.
Des compensations financières ont été versées, a ajouté Paetongtarn.
Le gouvernement de Yingluck a versé un total de 641,5 millions de bahts (17,56 millions d’euros) aux familles des victimes et aux blessés.
Mais le fait d’utiliser l’argent public pour compenser les familles des victimes est rarement efficace pour calmer la colère envers les responsables.
En ce qui concerne la proposition d’étendre le délai de prescription de l’affaire, Paetongtarn a déclaré que son gouvernement avait déjà demandé l’avis du Conseil d’état, qui a indiqué qu’une telle extension n’était pas autorisée par la Constitution.
« J’espère que tout le monde garde à l’esprit les violences qui se sont produites dans l’affaire Tak Bai.
Personne ne souhaite qu’un tel incident se reproduise.
Chaque partie, y compris le gouvernement, doit faire de son mieux pour s’assurer que cela ne se reproduise pas à l’avenir », a-t-elle déclaré.
Un peu plus tôt, le Premier ministre adjoint Anutin Charnvirakul avait déclaré que toutes les parties devaient aller de l’avant, pardonner et tirer les leçons de l’expérience.
Malheureusement, il sera difficile pour les proches des victimes et la population locale de pardonner alors que les responsables de ces horreurs s’en tirent sans être jugés.
Le massacre de Tak Bai va donc rester un crime impuni qui permettra aux islamistes de recruter de nouvelles recrues et les violences risquent donc de continuer dans le sud du royaume.
Voir aussi :
Les responsables d’un massacre en Thaïlande vont ils échapper à la justice ?
Source : The Nation Thailand, Thai PBS World
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1 commentaire
Le seul résultat que le gouvernement thaïlandais va obtenir, c’est (comme le suggère l’article) une recrudescence de la violence physique des groupes armés séparatistes musulmans qui vivent dans les 4 provinces de l’extrême sud de la Thaïlande et qui faisaient partie intégrante de la Malaisie, avant d’être annexé par l’État thaïlandais.
Depuis lors, les violences n’ont jamais vraiment cessé à des degrés divers, depuis les explosions de bâtiments officiels jusqu’à des actes de guérillas, entraînant la perte de vies humaines tant du côté de la population que des forces de police et de l’Armée, qui assurent le maintien du couvre-feu d’un état d’urgence permanent, depuis de nombreuses années, sans qu’une solution politique ne puisse aboutir.
Il est clair que l’impunité dont bénéficie les responsables de la tuerie de 2004 va remettre le feu aux poudres et attiser encore davantage la haine des thaïlandais de religion musulmane qui revendiquent le retour de ces provinces à la Malaisie voisine.
La Thaïlande ne pouvait pas mieux faire (ou faire pire, c’est selon…) pour que les milices séparatistes retrouvent des partisans prêts à se battre et des sympathisants de l’autre côté de la frontière, qui vont financièrement contribuer à les alimenter en armes et en logistique de guerre urbaine…
Merveilleuse justice thaïlandaise, pleine de bon sens, toujours à la recherche de la vérité et de l’application des lois dans le respect des droits humains, toujours prête à rendre justice aux victimes les plus faibles, poursuivant sans relâche les hauts dirigeants corrompus de ses instances policières et judiciaires…
Je doute que ce genre de pensées d’un idéalisme inexistant dans l’esprit et le comportement des appareils politique, policier et juridique thaïlandais puissent un jour germer pour trouver la véritable solution négociée, qui permettrait de mettre fin à ce conflit qui fera encore de nombreuses victimes, avant qu’enfin quelques hommes ou femmes de bonne volonté (…hein ? où ? quoi ? qui çà?…) et animés par une volonté d’aboutir à une solution pacifique, parviennent à faire pression tant sur la Nomenklatura thaïlandaise jusqu’à son sommet, qu’au niveau du noyau dur de l’insurrection musulmane pour que ce conflit régional prenne fin grâce à de réelles négociations et à une volonté d’aboutir de part et d’autre en acceptant des compromis bilatéraux.
Avec les derniers développements juridiques de cette affaire de Tak Bai, entachée d’injustice et de corruption au plus haut niveau, on est loin du compte…
La Thaïlande vient de rallumer le barbecue sur des cendres encore brûlantes !!!