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Les responsables d’un massacre en Thaïlande vont ils échapper à la justice ?

Publié : Dernière mise à jour le 2 commentaires 6 minutes à lire
Les responsables d'un massacre en Thaïlande vont ils échapper à la justice ?

Les responsables d’un massacre qui a causé la mort de 85 personnes, ne seront plus inquiétés à la fin du délai de prescription, le 25 octobre 2024.

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Une affaire qui hante la Thaïlande fait actuellement la une des médias, alors que certains des accusés sont en voyage à l’étranger attendant la fin du délai de prescription, la semaine prochaine.

Le massacre de Tak Bai

Les responsables d'un massacre en Thaïlande vont ils échapper à la justice ?

Arrestation des manifestants par les militaires à Tak Bai. Photo : AFP.

Le 19 octobre 2004, la police de Tak Bai a arrêté sept personnes, des volontaires de la défense du village, accusés d’avoir remis à des criminels des fusils de chasse fournis par le gouvernement.

Ils ont aussi été accusés d’avoir faussement déclaré que les armes avaient été volées.

Ces arrestations, fortement contestées par la population, ont suscité une vague d’indignation.

Le 25 octobre 2004, une manifestation d’environ 1 500 personnes s’est rassemblée devant le poste de police de Tak Bai pour protester.

Plusieurs heures après le début de la manifestation, la foule a tenté de franchir la barrière de police pour pénétrer dans le commissariat.

La police a répondu par des gaz lacrymogènes et des canons à eau, et la foule a répliqué en lançant des pierres.

La police a ensuite tiré en l’air puis sur la foule à hauteur de tête, tuant sept personnes.

Près de 1 300 manifestants ont été arrêtés sur les lieux.

On leur a ordonné de se déshabiller jusqu’à la taille, de se coucher sur le ventre et de ramper jusqu’à des camions proches qui les transporteraient vers un autre site.

Des images prises par des journalistes ont confirmé les allégations selon lesquelles de nombreux manifestants ont reçu des coups de pied et des coups de bâton même après avoir obéi à l’ordre de se coucher sur le sol.

Les détenus ont ensuite été empilés dans des camions et transportés au camp militaire d’Inkayut, dans la province de Pattani.

Le trajet a duré cinq heures et, lorsque les camions sont arrivés à destination, 78 détenus étaient morts de suffocation ou d’effondrement d’organes.

Lors de l’enquête menée par le tribunal provincial de Songkhla, il a été conclu que la cause de la mort était « l’asphyxie sous la garde d’officiers dans l’exercice de leurs fonctions. »

Après ce massacre, il y a eu une augmentation spectaculaire de la violence dans les provinces de Pattani, Narathiwat, Yala et quatre districts de la province de Songkhla, qui sont communément appelés le sud profond.

Carte des provinces dangereuses dans le Sud de la Thaïlande

Ces quatre provinces font depuis partie des zones de Thaïlande que les voyageurs devraient éviter selon le Département d’État américain.

Les décès survenus lors du massacre de Tak Bai sont restés de puissants outils de recrutement pour les groupes insurgés séparatistes de la région.

Les responsables tardivement jugés

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Un article de journal sur le massacre de Tak Bai, le 25 octobre 2004, est exposé au Centre d’anthropologie Princess Maha Chakri Sirindhorn le 23 avril 2024. Photo Pattarapong Chatpattarasill.

Dix-neuf ans plus tard, le 23 août 2024, le tribunal provincial de Narathiwat a accepté le premier lot d’accusations dans l’affaire Tak Bai impliquant sept accusés.

L’un des accusés, le général Pisal, est l’ancien commandant de la quatrième région de l’armée et actuel membre du Parlement pour le parti Pheu Thai.

C’est un très proche de Thaksin Shinawatra (voir ci-dessous) et il n’a surement fait qu’obéir aux ordres.

Le 12 septembre, le procureur général a ordonné une deuxième série d’inculpations concernant huit accusés.

Il ne reste que quelques jours avant l’expiration du délai de prescription, le 25 octobre.

Le long délai qui s’est écoulé avant que ces accusés ne soient traduits en justice a donné lieu à des accusations de blocage de l’affaire en raison de l’implication d’anciens officiers de haut rang de l’armée et de la police, sans oublier un politicien très influent, père de l’actuelle Première ministre.

Le mardi 15 octobre, les sept accusés faisant l’objet d’un mandat d’arrêt, y compris le général Pisal, ne se sont pas présentés au tribunal pour reconnaître les charges retenues contre eux.

Pisal est actuellement à l’étranger, il a déclaré qu’il avait dû partir pour « suivre des soins médicaux ».

Thaksin Shinawatra ne fait pas partie des accusés

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L’ancien Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra, à gauche, avec sa fille Paetongtarn, l’actuelle Première ministre. Photo : AP/Sakchai Lalit.

Thaksin Shinawatra, qui était Premier ministre (du 9 février 2001 au 19 septembre 2006) au moment des faits, n’a pas encore été accusé.

Il faut se souvenir qu’avant l’arrivée au pouvoir de Thaksin, Prem Tinsulanonda, un ancien Premier ministre mort en mai 2019, avait réussi à calmer les tensions dans le sud musulman en créant un système de collaboration entre les autorités thaïlandaise et les dignitaires musulmans.

Ce travail lui avait valu d’être nommé conseillé du roi Rama IX.

Mais quand Thaksin était arrivé au pouvoir, il avait mis fin à ce système pourtant efficace et choisi la ligne dure contre les rebelles musulmans.

Après le massacre de Tak Bai, les tensions avaient rapidement empiré dans la région et les rebelles musulmans indépendantistes ont été remplacés par des groupes djihadistes salafistes plus violents.

Il faut se souvenir qu’à l’époque, Thaksin se décrivait comme un grand ami de la famille Bush et avait promis de servir d’entremetteur entre les intérêts des États-Unis et les ressources de la Thaïlande.

En 2003, Thaksin avait accepté d’envoyer des troupes de l’armée thaïlandaise pour l’invasion en Irak, malgré de violentes protestations à la fois de l’opinion publique thaïlandaise et de l’armée elle-même.

Il fut aussi celui qui donna l’autorisation à la CIA d’utiliser le territoire national pour son programme d’enlèvement-torture dans le réseau de prisons secrètes à travers le monde.

Il suivait donc une politique alignée sur les intérêts des États-Unis.

Thaksin a été accusé par certaines personnes d’avoir aggravé les tensions dans le sud afin d’empêcher le projet de construction du canal de Kra.

Ce canal, à l’image du canal de Suez ou du canal de Panama, aurait renforcé la puissance économique de la Chine, ce que les américains ne pouvaient pas accepter.

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Plan du projet de canal de Kra et détroit de Malacca. Photo : theaseanpost.com

Comme l’avait déclaré feu le roi Rama IX, il était impossible de créer ce canal, qui aurait coupé le pays en deux, si les tensions persistaient dans le sud.

La forte aggravation des tensions dans le sud lors du mandat de Thaksin a mis fin au projet qui a depuis été remplacé par un projet de pont terrestre, beaucoup moins avantageux pour la Chine.

Voir : Le projet de pont terrestre en Thaïlande face à des défis considérables


Source : The Nation Thailand, The Diplomat

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2 commentaires

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HANSSON 21 octobre, 2024 - 9 h 48 min

Sans rentrer dans une analyse des causes et responsabilité qui ont conduit à l’escalade de la violence et des conséquences meurtrières qui ont suivi, voici un nouvel exemple de la passivité et de la collusion coupable entre des hauts gradés de la police, de l’Armée, de la machine judiciaire thaïlandaise et de la complicité bienveillante de certains de ses responsables judiciaires, enquêteurs, procureurs et juges chargés de faire fonctionner l’appareil judiciaire du pays !

Si je comprends bien, en fin de cette semaine, si rien de bouge et que le délai de prescription n’est pas prolongé par décision judiciaire, les responsables militaires de cette tuerie, de ces « meurtres en série » pourront rentrer en Thaïlande, lavés de toute accusation, en toute impunité…

Je ne voudrais quand même pas être à la place de ce général et des autres responsables militaires inculpés, qui, même en dehors de toute poursuite pénale « légale » sur le sol thaïlandais, vivront avec le stress, la hantise, la volonté et la menace constante des familles et groupes musulmans salafistes radicaux d’assouvir leur vengeance des membres de leurs familles décédés sous les balles ou étouffés sous les corps amassés dans les camions qui les ont transportés pendant 5 longues heures d’agonie !

Quand à l’influence supposée exercée par Taksin Shinawatra en 2004 au moment des faits pour protéger « ses » forces de l’ordre contre des « terroristes musulmans », je doute qu’un juge prendra la responsabilité et le risque de perdre sa toge en inculpant le père de la Première Ministre actuelle dans cette affaire tronquée et manipulée il y a maintenant 20 ans…

Encore 4 jours à attendre avant l’échéance finale de la prescription pour constater l’évolution du dossier, la fin possible des poursuites et la déclaration éventuelle d’un non-lieu pour délai de prescription ou du report et de la prolongation de ce délai !!!

Amen !

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Leon 21 octobre, 2024 - 15 h 07 min

Avant de quitter le pays pour échapper à la justice, il vivait tranquillement en Thaïlande.

Je ne pense pas que Les musulmans islamistes du sud puissent s’en prendre à lui, je pense qu’ils n’ont rien à faire de lui.

Et les familles des victimes sont surement des gens simples, innocents, qui ont autres choses à faire.

Comme nous le rappel souvent Vu Son, c’est plutôt de son karma qu’il devrait avoir peur.

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