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La tension monte en Thaïlande entre les manifestants et les royalistes

Publié : Dernière mise à jour le 3 commentaires 5 minutes à lire
La Thaïlande n'a pas besoin de vous" : les royalistes repoussent les manifestants

La tension entre les manifestants étudiants et les royalistes monte en Thaïlande, laissant craindre le pire. 

Photos de cercueils et d’armes, menaces de mort et de violence : les protestations visant le gouvernement et la monarchie thaïlandaise ont endurci les sentiments des royalistes, qui ripostent par des propos agressifs sur Internet.

Voir : Manifestation en Thaïlande : tout ce que vous devez savoir

Ces messages, dont certains ont reçu des milliers de likes, sont un signe de danger pour certains, qui évoquent les violents affrontements qui ont secoué la Thaïlande par le passé.

Cette rhétorique menaçante fait suite à des mois de rassemblements dirigés par des étudiants qui ont attiré des dizaines de milliers de personnes, appelant à une réforme démocratique et à des changements dans la monarchie – un sujet auparavant tabou.

« Les gens qui insultent la monarchie méritent de mourir », a écrit un utilisateur de Facebook, en lançant des insultes à l’activiste Anon Numpa, une figure clé qui milite pour une réforme de la monarchie.

Anon Numpa milite pour l’ association «Thai Lawyers for Human Rights» (TLHR) qui est financé en partie par le National Endowment for Democracy (NED) américain.

Voir aussi : L’ambassade américaine rejette les allégations selon lesquelles elle soutient les manifestations étudiantes

Certains messages circulant sur les médias sociaux menacent de violence, qu’il s’agisse d’un homme armé d’un fusil affirmant que la monarchie doit être « défendue à tout prix » ou d’une photo d’un cercueil prise à côté d’un militant.

L’ancien député Warong Dechgitvigrom, qui a fondé le groupe pro-monarchie Thai Pakdee (Thais Loyal ), insiste sur le fait que ses compatriotes sont pacifiques.

« Nous n’avons pas l’intention de recourir à la violence », a déclaré à l’AFP le gynécologue retraité de 59 ans.

« La monarchie est nécessaire à la stabilité », insiste-t-il, en fustigeant la jeunesse thaïlandaise « victime d’un lavage de cerveau ».

« Ils ne veulent pas réformer la royauté, ils veulent la détruire », dit M. Warong.

« Sans monarchie, il y aurait une guerre civile. »

Rama X félicite un militant royaliste

Le roi Maha Vajiralongkorn siège au sommet du pouvoir thaïlandais, aux côtés des militaires et d’une partie du milieu des affaires du pays.

Son influence – et celle de son défunt père le roi Bhumibol Adulyadej, qui a régné pendant 70 ans – imprègne tous les aspects de la société thaïlandaise.

La famille royale de Thaïlande est protégée des critiques par une loi stricte de lèse majesté qui prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans, mais le Premier ministre, Prayuth Chan-ocha, a déclaré que le roi avait demandé que personne ne soit poursuivi en vertu de cette loi.

Les étudiants profitent de la porte ouverte aux critiques pour demander une réforme de la monarchie.

Certains manifestants portent même des pancartes « République de Thaïlande » lors des rassemblements.

De nombreux manifestants n’ont même pas réussi à s’agenouiller au début de ce mois lorsqu’un cortège royal est passé – comme le veut la tradition séculaire – et ont plutôt brandi un salut à trois doigts.

Bien qu’il n’ait pas commenté publiquement le mouvement de protestation, le roi a récemment fait des apparitions publiques parmi les partisans — une rare offensive de charme pour le monarque, qui passe de longues périodes en Europe.

Vendredi, après une cérémonie officielle, le roi et sa femme, la reine Suthida, ont rompu avec le protocole royal pour louer un partisan qui avait présenté un portrait du roi Rama IX et de la reine mère, lors d’une manifestation étudiante.

Manifestant pro monarchie

Un homme montre le portrait de Rama IX et de son épouse lors d’une manifestation étudiante, il est ensuite félicité par le roi Rama X.

« Très courageux. Si bon. Merci », a déclaré le roi à l’homme, selon une vidéo publiée sur Facebook.

Cette citation était en vogue comme hashtag sur Twitter pendant le week-end, ainsi que #fightonmajesty.

« Nous aimons le roi »

Certains royalistes ont demandé que des mesures supplémentaires soient prises contre le mouvement des étudiants en pleine expansion.

Décrivant les manifestants comme des « ordures dont il faut se débarrasser », un ancien général militaire a lancé un groupe Facebook ciblant ceux qui ont appelé à la réforme.

« Je suis prêt à aller en prison pour mes actions parce que je dois protéger la monarchie à tout prix », a écrit Rienthong Nanna sur sa page, dans un message qui a reçu 13 000 likes et a été partagé 850 fois.

Une telle agression en ligne pourrait facilement se répercuter dans la vie réelle, s’inquiète Patrick Jory, un universitaire de l’université australienne du Queensland qui a étudié les précédents mouvements démocratiques en Thaïlande.

« Chaque fois que la monarchie s’est sentie menacée, (l’État) a toujours réagi par la violence », a-t-il déclaré, en notant les tendances des années 1970, 1990 et 2010.

Les puissants clans militaires et d’affaires thaïlandais ont tout intérêt à ce que le statu quo reste inchangé, ajoute-t-il.

« Tous les intérêts garantis par la monarchie, et en fait leur propre statut personnel dans la société thaïlandaise », seraient menacés s’il y avait une véritable réforme royale.

Mais dépeindre tous les royalistes comme des riches ou faisant partie d’une élite est injuste, a déclaré la royaliste Sirilak Kasemsawat, un guide touristique de la province d’Ubon Ratchathani.

« Je suis une personne ordinaire », a-t-elle déclaré à l’AFP alors qu’elle attendait de rendre hommage au cortège royal au début de ce mois.

« Nous voulons montrer que nous aimons le roi. »

Effectivement, il y a des royalistes dans toutes les couches de la société thaïlandaise et le mouvement des étudiants en Thaïlande n’est pas un mouvement de classe sociale, il ne représente pas les pauvres contre les riches et est soutenu par des millionnaires thaïlandais.

Voir aussi :

Il est temps pour la Thaïlande de regarder au-delà de l’industrie du tourisme

Manifestations en Thaïlande : le parlement prépare une session d’urgence

Le secteur du tourisme de Thaïlande risque de souffrir davantage à cause des manifestations

Un analyste du marché thaïlandais attribue la chute des actions aux protestations antigouvernementales

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3 commentaires

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HANSSON 26 octobre, 2020 - 16 h 30 min

Comme le souligne Patrick Jory dans votre article, le principal danger de dérapage se précise et je crains fort que la Thaïlande se dirige à nouveau d’ici quelques semaines et dans les mois à venir vers une situation de conflit civil plus violent entre les royalistes, la grande bourgeoisie et les élites économiques du Royaume, face aux activistes de la génération montante des 18/30 ans, fer de lance des réformateurs de la société thaïlandaise dans son ensemble. Le risque se précise en effet de voir se répéter les scènes de violences civiles entre « jaunes » monarchistes et « rouges » néo-démocrates qui ont conduit l’Armée à prendre le pouvoir en 2014 par un coup d’état militaire et l’installation d’une dictature qui a duré 4 ans et qui a enfanté le gouvernement actuel, en large partie composé de militaires toujours en fonction ou retraités et de proches de la maison royale. Le scénario est connu d’avance : affrontements de plus en plus violents parmi les 2 franges de la population, avec en point d’orgue des morts, des règlements de compte et une police débordée par la situation, justifiant en fin de compte l’instauration de la loi martiale, l’intervention de l’Armée dans tout le pays et le retour à un régime politique dominé par la droite royaliste et les généraux, une prise de pouvoir de type dictatorial : droits individuels suspendus, pouvoirs « spéciaux » des tribunaux militaires, mise à mal de la justice civile et des droits de l’homme, etc….. Jamais, jamais les hommes du pouvoir en place n’ont accepté de dialoguer pacifiquement avec l’opposition politique quand il en est encore temps afin d’amener le pays vers une paix sociale dont il a bien besoin en ces temps perturbés et déjà difficiles sans y ajouter les contraintes et restrictions d’un pouvoir absolu. Préparez-vous au pire : un retour à la situation de 2014….. répétition générale dans les semaines à venir et mise en place en fin d’année …. Joyeux Noël et Bonne Année 2021 !!!! J’espère de tout coeur me tromper ….

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Luc 27 octobre, 2020 - 9 h 08 min

Moi aussi j’espère que vous vous trompez….. Je garde espoir car contrairement à 2014 où c’était plus une lutte pour le pouvoir et donc l’argent . Aujourd’hui ce sont des jeunes qui réclament plus de démocratie , de liberté et d’égalité pour toutes les couches sociales du pays . Leurs revendications ne sont pas d’ordre financière ou de leadership mais d’un mieux vivre …. Ils ont une ouverture d’esprit et sur le monde extérieure bien plus grande que leurs ainés ….

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Pier 27 octobre, 2020 - 11 h 53 min

Sans vouloir interferer dans la politique siamoise…n etant pas citoyen du pays…
Je me pose la question : la base de l armee et de la police suivrait elle ses chefs ?( en cas de …..)

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