Pékin et Bangkok dédollarisent leurs échanges commerciaux en promouvant leurs monnaies nationales plutôt que le dollar.
Il ne se passe pas un mois sans que des pays ne prennent des mesures pour contourner le dollar dans leurs échanges bilatéraux.
L’Inde et le Nigeria ont conclu un accord similaire la semaine dernière.
La dédollarisation est une réalité et le président russe l’a encore souligné lors de sa récente visite d’État en Chine.
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La Thaïlande et la Chine ne veulent plus du dollar

Bahts et Yuans. Photo : CCN
Le mardi 21 mai, les banques centrales des deux pays ont signé un accord visant à renforcer la coopération pour faciliter les règlements transfrontaliers en monnaies locales.
Voir : Fin du dollar ? La Banque de Thaïlande veut soutenir les règlements en yuan-baht
Peu d’informations ont filtré sur la manière dont les deux pays asiatiques envisagent de faciliter leurs échanges commerciaux.
Nous savons cependant que la Thaïlande et la Chine travaillent ensemble sur le projet mBridge (multiple CBDC Bridge).
La monnaie numérique de banque centrale (CBDC) est une monnaie numérique émise par la banque centrale d’un pays.
Certains considèrent que ce projet de transactions CBDC internationales pourrait briser le monopole du réseau SWIFT.
Le projet implique la Banque des règlements internationaux (BRI) et les banques centrales de Chine, de Hong Kong, de Thaïlande et des Émirats arabes unis.
La Chine s’inquiète du fait que son économie dépende de réseaux de paiement contrôlés par l’Occident.
Rappelons que l’Iran et la Russie ont été déconnectés du réseau SWIFT.
Soit deux pays ouvertement hostiles au dollar…
Un système redondant ?

Image : The Nation Thailand
On peut se demander pourquoi la Chine travaille sur le projet mBridge alors qu’elle utilise déjà le CIPS (China’s Cross-border Interbank Payment System).
La croissance du CIPS a été explosive depuis son lancement en 2015.
Il a traité plus de 123 000 milliards de yuans en 2023, contre 10 000 milliards en 2021 et 2 000 milliards en 2017.
Il relie désormais près de 1 500 banques dans 114 pays.
Le CIPS ne constitue pas (encore) une menace pour le monopole du réseau SWIFT puisqu’il ne s’agit que d’un système de paiement en yuans.
SWIFT est un système de messagerie plus global qui sert d’intermédiaire pour les systèmes de paiement liés aux monnaies nationales.
Plus de 11 000 banques utilisent SWIFT dans le monde.
Le projet mBridge vise à créer un réseau de paiement international dans les CBDC qui n’aurait plus besoin d’un système de messagerie comme SWIFT.
Les banques se connecteraient directement via leur banque centrale.
En Chine, mBridge est connecté au système CBDC e-CNY.
Un système qui inquiètent les États-Unis

Drapeaux de la Thaïlande et des États-Unis. Photo : Ratchada Law firm
Certains responsables américains craignent que le réseau mBridge ne donne à Pékin un avantage dans l’utilisation des CBDC pour révolutionner les paiements internationaux.
Les États-Unis craignent que cela ne permette à d’autres monnaies d’éclipser le dollar, monnaie dans laquelle est libellée la moitié des quelque 32 000 milliards de dollars échangés chaque année dans le monde.
Josh Lipsky, directeur du GeoEconomics Center au sein du groupe de réflexion américain Atlantic Council, a déclaré que le fait que mBridge prenne forme sous les auspices de la BRI fait froncer les sourcils à Washington.
D’autant plus que la Chine se débarrasse du dollar à un rythme record.
mBridge face à la réalité

Selon deux personnes ayant une connaissance directe du projet, l’épine dorsale technologique est une blockchain construite par les Chinois.
Elle utilise notamment le langage de contrat intelligent Solidity d’Ethereum.
Son objectif est de concurrencer le système actuel.
Aujourd’hui, les paiements se font en deux étapes :
- Le message et le mouvement d’argent.
Par exemple, si je veux payer quelqu’un en Chine, ma banque doit avoir un compte (Nostro) dans une banque chinoise et demander via un message Swift de payer le destinataire. - Dès réception du message, la banque chinoise transfère l’argent au destinataire qui se trouve souvent dans une autre banque.
Dans ce cas, un transfert national chinois sera nécessaire, ce qui constitue une troisième étape.
De plus, si ma banque n’a pas de compte Nostro auprès d’une banque chinoise, elle devra faire transiter le paiement par une autre banque qui a un compte en Chine, ce qui entraîne des frais supplémentaires et une quatrième étape.
Avec mBridge, la promesse est que les banques n’auront plus besoin d’un compte dans une banque chinoise.
Les banques iraient directement sur mBridge pour acheter des e-CNY (CBDC en yuans) avant de les transférer directement à la banque du destinataire chinois.
La suppression des messages signifie que les banques n’ont plus besoin de détenir des comptes étrangers remplis de liquidités, ce qui réduit les coûts des paiements transfrontaliers.
Pas si vite…

Cryptomonnaies. Illustration : Photospirit
Pour que cela fonctionne, les taux de change sur mBridge doivent être très compétitifs.
Dans le cas contraire, les économies réalisées sur les comptes Nostro seront annulées.
Or, des taux de change compétitifs nécessitent des volumes importants.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le dollar est au cœur du système monétaire international.
Depuis les accords de Bretton Woods, le billet vert est l’étalon mondial par rapport auquel toutes les monnaies flottent.
Voir : Les fondamentaux du baht thaïlandais se sont détériorés
Ainsi, lorsqu’une entreprise péruvienne effectue un virement à un client kazakh, la conversion ne se fait pas par le biais d’une paire Sol/Tenge.
Le sol est d’abord converti en dollars, qui seront ensuite convertis en tenge.
Il est donc difficile d’imaginer comment mBridge et les CBDC à faible volume pourraient transformer les paiements internationaux.
À l’inverse, le bitcoin est un standard potentiel dont les volumes sont déjà impressionnants.
Ils ont représenté l’équivalent de 25 milliards de dollars le 22 mai selon le site onchainfx.
Le bitcoin a l’immense avantage d’être à la fois une monnaie et un système de paiement.
Deux en un.
De plus, c’est un système apatride, car il est décentralisé.
Il s’agit là d’un paramètre essentiel.
En effet, qui dit que mBridge ne sera pas utilisé à des fins politiques également ?
Les banques centrales peuvent se battre pour garder le contrôle sur les transferts internationaux, mais il est probablement impossible de surpasser la merveille technologique qu’est le Bitcoin.
Et compte tenu des vives tensions géopolitiques actuelles qui se transforment en guerre commerciale, le monde a plus que jamais besoin d’un système de paiement mondial à l’abri des caprices politiques.
Et pas les CBDC…
Voir aussi :
Les fondamentaux du baht thaïlandais se sont détériorés
La Thaïlande intéressée par un partenariat avec les BRICS
La Thaïlande exonère les transferts de cryptomonnaies de la TVA
Source : Cointribune
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La fin du monopole Dollar ?