Le mercredi 14 août, la Cour constitutionnelle décidera du sort du Premier ministre thaïlandais, Srettha Thavisin, qui pourrait perdre son poste.
Voir : Thaïlande : le Premier ministre pourrait être destitué
Après la dissolution du parti Move Forward, le 7 août par cette même cour, c’est au tour du Premier ministre d’attendre son verdict.
Voir : Thaïlande : la Cour dissout le parti d’opposition Move Forward
Son avenir est remis en question par sa décision de nommer l’ex-détenu Pichit Chuenban au poste de ministre du gouvernement.
Olarn Thinbangtieo, professeur de sciences politiques à l’université de Burapha, dans la province de Chon Buri, a déclaré qu’il pensait que la Cour se prononcerait en faveur de M. Srettha.
« Le Premier ministre a souligné que la nomination de Pichit était conforme à la loi, car il avait demandé un avis juridique sur la question.
En outre, le gouvernement tente de maintenir son pouvoir.
Le Premier ministre doit également défendre les politiques clés du gouvernement, tandis que le partage des bénéfices entre les partis de la coalition semble se faire sans heurts.
Si la Cour statue en faveur de M. Srettha, le Premier ministre devra mettre en œuvre des politiques clés, y compris le programme de portefeuille numérique, aussi rapidement que possible pour regagner la confiance du public suite à la baisse de popularité du gouvernement, a déclaré M. Olarn.
Voir : La Thaïlande va mettre en place l’aide de 10 000 bahts pour stimuler la croissance
Il a ajouté qu’un remaniement ministériel devrait également s’ensuivre pour réaffecter les postes du gouvernement :
« Si M. Srettha est démis de ses fonctions par la Cour, un nouveau Premier ministre sera choisi parmi les candidats au poste de Premier ministre.
Dont la leader du Pheu Thai, Paetongtarn Shinawatra, le leader du parti Bhumjaithai, Anutin Charnvirakul, et le leader du parti Palang Pracharath, Prawit Wongsuwon ».
Stithorn Thananithichot, directeur du Bureau de l’innovation pour la démocratie à l’Institut du roi Prajadhipok, a déclaré :
« M. Srettha avait fait valoir qu’il avait respecté les règles en vérifiant les qualifications de Pichit et en demandant l’avis du Conseil d’État avant la nomination. »
M. Stithorn s’est fait l’écho de l’opinion selon laquelle si M. Srettha survit à l’affaire portée devant la Cour, il procédera probablement à un remaniement du gouvernement.

Le Premier ministre Srettha Thavisin verse de l’eau sur les mains en signe de respect à Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre et ancien policier, lors du Nouvel An thaïlandais, le Songkran 2024.
M. Srettha avait déjà déclaré qu’il était prêt à envisager un remaniement de son gouvernement si la Cour lui donnait raison.
Il a fait cette remarque après que Pirapan Salirathavibhaga, le leader du parti de coalition United Thai Nation (UTN), a proposé un remaniement pour permettre à son secrétaire général, Akanat Promphan, d’occuper un poste ministériel qui reste vacant dans le cadre du quota du parti.
Pornamrin Promgird, maître de conférences à la faculté des sciences humaines et sociales de l’université de Khon Kaen, a déclaré que la Cour constitutionnelle devrait prendre en compte les conséquences politiques avant de rendre sa décision.
« Si M. Srettha est démis de ses fonctions, il faudra tout reprendre à zéro.
Il faudra du temps pour former un nouveau gouvernement alors que le pays est aux prises avec un ralentissement économique.
Le tribunal devrait également se pencher sur cette question », a déclaré M. Pornamrin.
S’exprimant au siège du gouvernement le mardi 13 août, M. Srettha a déclaré qu’il ne se présenterait pas à la Cour constitutionnelle pour entendre la décision de la Cour en raison de son emploi du temps serré mercredi.
C’est son secrétaire général, Prommin Lertsuridej, qui sera présent pour entendre la décision de la Cour en son nom.
« J’ai déjà envoyé une déclaration finale à la Cour il y a deux semaines.
J’ai fait de mon mieux.
C’est maintenant au tour de la procédure judiciaire », a déclaré le Premier ministre.
En mai, un groupe de 40 anciens sénateurs a déposé une requête visant à destituer Srettha, estimant que M. Pichit n’aurait pas dû être retenu pour ce poste, car il a été condamné pour outrage à la Cour suprême pour avoir tenté de corrompre des fonctionnaires de la Cour suprême en 2008.
À l’époque, il représentait l’ancien Premier ministre, Thaksin Shinawatra, dans le cadre d’une affaire foncière controversée.
Voir aussi : Guerre des polices en Thaïlande : l’ombre de Thaksin Shinawatra ?
M. Pichit a démissionné de son poste de ministre du cabinet du Premier ministre juste avant que la Cour n’accepte la requête, ce qui a été perçu par les observateurs comme une tentative d’épargner à M. Srettha une querelle juridique.
La Cour a accepté d’entendre l’affaire contre M. Srettha, mais a rejeté l’affaire contre Pichit parce qu’il avait déjà démissionné.
Voir aussi :
Le Premier ministre thaïlandais au Forum économique mondial de Davos
La tension monte entre la banque de Thaïlande et le Premier ministre
Le Premier ministre de Thaïlande possède un patrimoine d’un milliard de bahts
Source : Bangkok Post
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5 commentaires
Si Pichit était resté en fonction au poste controversé de Ministre nommé par Srettha, la Cour constitutionnelle aurait peut-être trouvé là de l’eau au moulin pour sa destitution en tant que PM.
Mais puisque la très rapide et opportuniste destitution de Pichit de son poste ministériel a été actée dès l’annonce de la plainte portée au judiciaire, je doute que Srettha puisse faire l’objet d’une destitution, avec tous les problèmes politiques, parlementaires et gouvernementaux qui s’en suivront à brève échéance en premier lieu et à plus long terme pour la poursuite du programme gouvernemental jusqu’en 2028 ensuite…
Les enjeux sont importants et la stabilité politique est un élément essentiel en ces temps qui sont déjà bien assez agités politiquement et économiquement sans rajouter la goutte qui ferait déborder le vase, d’autant plus que le problème n’est plus d’actualité :
Pichit a été « démissionné » au lendemain du dépôt de la plainte revendiquant son inéligibilité et est donc hors circuit gouvernemental et l’objet initial de la plainte n’existe plus.
Reste à savoir si certaines tensions à l’intérieur de l’enceinte parlementaire et parmi la coalition au pouvoir, ainsi que les intentions affichées de Taksin Shinawatra de porter sa fille cadette au plus haut sommet du pouvoir dans un avenir plus proche que prévu pourraient influencer une Cour constitutionnelle réputée à tort ou à raison comme incorruptible, mais dont certaines décisions par le passé ont très souvent été en faveur des forces conservatrices et royalistes ainsi que des interventions de l’Armée dans la politique de la Thaïlande lorsque le statut inviolable de la Royauté semblait être l’objet d’une volonté de remise en question de la part d’une opposition politique issue des forces populaires et de la jeunesse du pays, aidé en cela par des influences occidentales et américaines.
Mais, dans ce domaine, nous sommes loin d’avoir affaire à une opposition politique pouvant s’assimiler à nos partis « de gauche » en Europe.
Chacun peut évidemment ne pas partager mon opinion, mais personnellement, je ne considère pas qu’il existe des partis de « gauche » à tendance « socialiste » en Thaïlande avec des programmes aux lignes directrices constantes comme chez nous entre les différentes orientations politiques présentes, allant d’un gauchisme pur jusqu’à une droite sans compromis, en passant par toutes les variantes des centre-droit et centre-gauche.
Je crois que de tels partis subiraient rapidement le même sort que le Move Forward de Pita, tout comme l’importance des syndicats thaïlandais dont le pouvoir de pression sur le gouvernement est très faible, que ce soit dans le domaine de l’emploi public ou privé et qui font l’objet d’interdictions lors de chaque coup d’État militaire et dont l’offre de protection sociale des travailleurs affiliés est loin d’être une réalité.
Il suffit de constater l’absence récurrente de manifestations et de mouvements de grève orchestrés par les syndicats autorisés qui ces 15 dernières années se comptent sur les doigts d’une seule main !
Voilà, c’est fait.
Et bien voilà… le verdict est tombé !
Moi qui croyais dans mon commentaire précédent que Srettha bénéficierait de circonstances atténuantes, je me suis mis le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate !!!
La Cour constitutionnelle a décidé que le Premier ministre était coupable d’avoir nommé Pichit Chuenban à un poste ministériel, alors que celui-ci avait été condamné au pénal antérieurement, dans une affaire de corruption et de pots-de-vin dans laquelle Taksin Shinawatra était impliqué directement, concernant l’achat de terrains.
Dans la foulée, la Cour constitutionnelle a décidé de la « démission forcée » de Srettha après moins d’un an à son poste de chef de gouvernement.
Voilà donc la Thaïlande sans Premier Ministre, ce qui va mettre toutes les affaires en cours en suspens (y compris le portefeuille numérique de 10.000 baths promis à 50 millions de thaïlandais) et retarder les prises de décisions politiques, économiques et financières nécessitant la conduite de l’État par un nouveau PM qui devra faire l’objet d’une élection au Parlement dans les prochaines semaines…
Le plus rapidement sera le mieux et les paris sont ouverts entre les ténors des différents partis au pouvoir !
Formidable en Thaïlande.
Il y a toujours une solution à chaque problème.
Je parie que les 10 000 baths tomberont définitivement à l’eau.
Bien joué les politiques !